Pour Jean-Jacques Rousseau, une crise indique le moment décisif, dans l’évolution d’un processus incertain, qui va permettre le diagnostic, le pronostic et éventuellement la rupture d'avec un régime social et politique vécu comme injuste et intenable.

Opposition républicaine masquée ou Résistance institutionnelle, à quoi joue réellement Adolphe Muzito ?

Quand on observe l'Histoire, on se rend compte que, bien souvent, la réponse à une crise est la révolution !

Au Congo, les échéances électorales de 2016 ont été précédées par une crise sociale générale d’une ampleur inouïe. En jouant des prolongations, Hyppolite Kanambe, alias Joseph Kabila, alors chef de l'Etat, a profondément aiguisé, amplifié et empiré cette crise. Le déroulement finalement catastrophique des scrutins plus de deux ans après leurs échéances légales et le retrait ambigu de l’imposteur à sa propre succession ont ouvert la boite de Pandore congolaise pour libérer tous les maux, certes, mais leurs contraires aussi. Ainsi, la parole, les mots, le courage de dénoncer des faits de déviance sociale ou la détermination à exiger ce que la Constitution et les lois garantissent se sont libérés également. Toutefois, les maux et les souffrances d'une population en agonie, eux surtout, se sont aggravés. Maux et souffrances dans un pays au paroxysme de la surchauffe, dont des leaders avisés de l'opposition politique seraient inspirés à tout exploiter pour conduire le peuple à une radicale révolution. Mais des Ngbanda, Muzito et autres, prétendument en quête de l’alternance, ont profité de la péjoration de la situation par la crise au Coronavirus pour s’illustrer par la recherche insolite des compromis avec les usurpateurs ; allant jusqu'aux éloges pour saluer, comme exploits, des initiatives, somme toute terre-à-terre d'un gouvernement des corrompus et des occupants. Est-ce de la simple malchance pour le Congo ou s'agit-il d'une équation propre au contexte congolais ?

Les tâtonnements politiques déconcertants de Muzito !

Opposition républicaine camouflée : Lorsque Muzito emboîte le pas à Ngbanda !

Il est évident qu'une partie de la communauté internationale aurait été prête à soutenir et aider, avec plus de conviction et de fermeté, le vainqueur réel de la présidentielle congolaise du 30 décembre 2018 à jouir de sa victoire ; si, autour de celui-ci, il y avait davantage des signes de détermination et de constance dans une ligne politique forte exigeante du respect de la Vérité des urnes. De même, médiatrice par sa présence nombreuse dans les principaux pays les plus déterminants sur la politique congolaise et par la vitalité de sa forte mobilisation face aux événements, la diaspora congolaise serait restée optimiste, motivée et résolue à accompagner cette légitime revendication. Mais, par des divergences multiples au sein de Lamuka ainsi que par des messages doubles, voire triples, de tous ses auto-proclamés leaders, l’effritement de cette plate-forme semble immuable jusqu’à la désintégration totale de l’ensemble du courant qui, il y a encore peu de temps, a fait rêver ceux qui aspirent à l’alternance politique au Congo. Peut-être que la volonté politique de rétablir la Vérité des urnes demeure encore ; mais, l'exploitation médiatique, qu’en expriment ceux qui devraient en être les principaux promoteurs, plonge tout le monde dans l’ambiguïté et dans la confusion. Tantôt prêt à mourir pour la Vérité des urnes, tantôt porte-étendard de la Résistance institutionnelle, tantôt un va-t'en-guerre séduisant, tantôt conseiller à distance du gouvernement des dealeurs à Kinshasa, le Premier-ministre honoraire du Raïs, Adolphe Muzito, par exemple, semble en perpétuel tâtonnement stratégique et navigue à vue ; oscillant alors en permanence entre la quête de dialogue avec la mangeoire, au risque de ruiner toute la crédibilité et l’aura conquises de haute lutte auprès du peuple, et une radicalité de façade sous la pression de la rue, au nom d’une solidarité étriquée. Il peut dérouter bon nombre des partisans de cette majeure exigence du rétablissement de la Vérité des urnes.

En effet, à l’instar de la Révolution bolchévique et de la montée du Troisième Reich sous l'égide d'Adolphe Hitler au lendemain de la Première-Guerre mondiale ou de la conquête socialiste de l’Elisée à la suite de la crise pétrolière des années « 70 », les crises ont toujours inspiré les fins stratèges politiques pour renverser l’ordre socio-politique qu’ils reprouvaient. Au Congo, c’est juste le parfait contraire ! Empirant un marasme socio-économique déjà extrêmement aigu, la crise annoncée au Coronavirus a été le prétexte exploité par certains pseudos patriotes prétendument combattants pour jouer, de manière choquante, à l’Union Sacrée avec les Occupants, leurs collabos et les traîtres de tout bord à la Nation congolaise. Alors que le cataclysme sanitaire prédit n’a pas eu lieu, ce sont plutôt les stratèges de l’Occupation qui ont mis à contribution le contexte d’angoisse généralisée pour avancer leurs pions et déstabiliser la Résistance congolaise par des plans plus affinés encore de diversion.

L’hyper-théâtralisation en cours du pouvoir judiciaire, la mise en scène des cours et tribunaux, la banalisation des faits ou actes judiciaires participent à cette stratégie de la confusion, de la distraction et du chaos pour reprendre, en mains plus fermes encore, une situation qui, ici et là, commençait à échapper au contrôle de l’Occupant. Même l'impénitent jouisseur Tshilombo, pourtant sous-estimé et qualifié d’inculte, a su saisir l’opportunité de tirer profit de la crise sanitaire. Alors que nos pseudos Résistants, toujours et sempiternellement en mal d’inspiration, enferment la population dans la psychose d’une épidémie allégorique et d’une débâcle illusoire. Certains, à l’instar du Professeur Matthieu Kalele Ka- Bilai, nonobstant la sagacité de sociologue qui aurait dû caractériser ses prises de position, invitent paradoxalement la population à l’obéissance béate à des injonctions injustes et liberticides des kleptocrates et justifient même des amandes exorbitantes pour sanctionner des comportements désespérés des Congolais appauvris et en quête de survie. Pendant ces errements, l’Occupation développent ses nouveaux tentacules dans la perspective de mieux s’enraciner pour tout régenter dans la durée. Mais, jusqu’à quel degré et jusqu’où peut encore s’illustrer ce tragique trouble de discernement ?

La notion de crise s’inscrit dans une temporalité et indique le moment décisif pour prendre de déterminantes décisions !

C’est en tout cas précisément la dimension et la fonction politiques de la crise que dévoile, avec une solide conviction, Jean-Jacques Rousseau. Pour l’auteur d’« Emile », une crise offre l’occasion et les opportunités d’opérer une rupture. Lui-même l’affirme en mettant l’accent sur le rôle de la contingence et sur la conflictualité politique et sociale : « Vous vous fiez à l’ordre actuel de la société sans songer que cet ordre est sujet à des révolutions inévitables, et qu’il vous est impossible de prévoir ni de prévenir celle qui peut regarder vos enfants. Le grand devient petit, le riche devient pauvre, le monarque devient sujet : les coups du sort sont-ils si rares que vous puissiez compter d’en être exempt ? Nous approchons de l’état de crise et du siècle des révolutions. Qui peut vous répondre de ce que vous deviendrez alors ? »ii Les révolutions sont les conséquences inévitables des systèmes socio-politiques vécus comme injustes et intenables ; générant ainsi une polarisation des forces dans une dialectique entre les conflits et l’aspiration à la rupture.

Mais, faut-il être attentif et réactif pour sortir de l’imprévisibilité, ici décrite par Rousseau, pour assumer le rôle d’acteur de l’Histoire en transformant les tensions sociales, les conflits, en révolution et en rupture. … « la chouette de Minerve ne prend son envol qu'au crépuscule »iii C’est dire que, pour Georg Wilhelm Friedrich Hegel, il faut de grands hommes au bon moment pour synthétiser et canaliser les insatisfactions des uns en volonté de rupture et mener le processus à son terme. Hegel donne l’exemple de Napoléon Bonaparte, qui acheva la Révolution française. Vous avez dit carence chronique de leadership visionnaire au Congo depuis l’élimination de Lumumba ! Il est devenu difficile de ne pas s’en apercevoir ! En effet, c’est effectivement ce genre de meneurs d’hommes, de la trempe de Lumumba, qui manquent cruellement au patriotisme congolais. Néanmoins, c’est aussi dans ce piteux marigot que d’aucuns ne s’offusquent pas à s’adjuger indûment divers pseudonymes de prestige, à se décerner de nombreux et variés prix de mérite imaginaire. La dimension prestigieuse de Lumumba n’en est que plus insolite.

Une extermination indirecte saluée comme avancée vers l’Etat de droit !

De quelle philosophie politique s'inspire le système que l’Occupation impose au Congo depuis plus de vingt ans ? La conquête et la conservation du pouvoir par tous les moyens, comme le prône le machiavélisme, laisse entendre que l'on puisse parfois ignorer le mal, voire, s'opposer aux valeurs morales et aux droits humains, pour sauver ou préserver son règne. Critiqué comme un promoteur du mal dans son approche de l’exercice de la politique, l’auteur de « Le Prince » (1531) passe pour un enfant de chœur face à la cruauté inouïe et méthodique que l’Occupation pratique sur des Congolais sans défense. Même la poigne de fer de l’hitlérisme, jadis décrite comme l’horreur absolue, semble désormais largement dépassée par le niveau de monstruosités atteint par le joug de l’Occupation tutsi au Congo. Ainsi, au moment où, dans le monde entier, on prône le confinement pour protéger la population contre la propagation du Coronavirus, qui décime les gens par milliers, le régime génocidaire, régnant sur le Congo, s’illustre brusquement par des réclusions à tour de bras. On dirait une stratégie pour exterminer de manière indirecte et masquée les Congolais. Parallèlement, les massacres se poursuivent encore de plus belle dans tous les coins du pays. Et il y a des Congolais pour y voir une avancée vers l’Etat de droit !

Par la disqualification de l’élite, vers l’urgence d’émergence d’une contre-élite !

Il n’y a pas que les Boshab, M’Bokolo et autres Mbata pour sacrifier le prestige des diplômes de valeur aux prérogatives des postes et à l’attraction des billets de banque ! En effet, il est fascinant de se rendre à l’évidence que malgré l’opprobre jeté sur bon nombre de ses membres et représentants dans les institutions du pays, la disqualification de l’élite congolaise se poursuit toujours avec plus de vigueur que jamais. Ainsi, si la crise au Coronavirus n’a pas été mise à contribution pour Libérer le Congo, malgré les structures actives des forces de Résistance, ce n’est pas par faute de crise de la réflexion et du discernement ; mais à cause d’une vive propension de cette déshonorante élite à la conquête du pouvoir politique et à l’acquisition des biens matériels. Toujours fascinée par la mangeoire, les acteurs politiques congolais ne sont toujours pas prêts aux sacrifices et au courage qu’implique une ambition et une détermination de Libération du pays du joug de l’Occupation. Au contraire, certains, à l’instar d’Honoré Ngbanda et d’Adolphe Muzito, ne se sont pas offusqués de profiter du contexte de la crise sanitaire par Coronavirus pour faire des yeux doux au régime et multiplier des appels de pieds au dealeur, l’usurpateur et proxy Tshilombo.

 

Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa

 

Avis et considérations exprimés sous cette rubrique n’épousent pas nécessairement les positions officielles de la Convention des Congolais de l'Etranger (CCE) ; dont l’auteur ci-dessus n’est d’ailleurs plus membre.

 

iDans l’émission « Pour le Professeur Kalele, ceux qui ont détourné l’argent du peuple doivent rembourser… », diffusée en direct le 11 mai 2020, sur Télé Tshangu.

iiJean-Jacques Rousseau, Émile ou De l’éducation, Traité original publié en 1762, ici, passage tiré des Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau - II.djvu, page 514.

iii. Hegel, Principes de la philosophie du droit, Préface.