Libération, exploit d’un peuple lucide, uni et déterminé, est-elle à la portée des Congolais ?

Partout et n’importe où, les génies n’ont cure besoin de propagande pour être célèbres. L’éclat de leurs prouesses l’impose à la communauté. Il en est de même pour les surdoués, prodiges et visionnaires congolais d’exception. Vanter les exploits, les talents et les mérites par lesquels le peuple congolais peut aussi s’illustrer dans le monde, est un aspect majeur de la conscience patriotique et un socle sur lequel surfer pour bâtir un processus plus avisé de notre Libération. D’où notre chapeau bas devant l’inlassable détermination des patriotes combattants, devant l’insolite courage des médias de la résistance, devant la maîtrise des dossiers et l’éloquence au service de la Nation dont certains font brillamment montre, Maître Nico Mayengele, entre autres. Dans la même veine, coup de chapeau à Honoré Ngbanda, à Odon Mbo et à Kerwin Mayizo, par exemple, pour l’acuité de leur discernement, la pertinence de leurs analyses et leur assiduité entretenue dans le combat ! Toutefois, voilà des lustres que toutes ces performances se mobilisent et, pourtant, aujourd’hui, plus encore qu’hier, la Libération du Congo semble davantage s’éloigner et l’avenir du pays, en tant que nation, encore plus ombrageux que jamais. Dès lors, ne faudrait-il pas prendre le temps de l’inventaire ? De la remise en question des attitudes, stratégies et recettes usées jusqu’à ce jour ; afin d’envisager la Libération du Congo sous d’autres auspices ?

Libération ! Libération ! Banale jérémiade forcée pour déplorer sempiternellement un sort ressenti comme définitivement scellé, simple slogan pour épater la galerie ou véritable cri de guerre expressif d’une réelle volonté des patriotes résolument en quête d’une redistribution des rapports politiques ? Un indicateur d’analyse ! Les récurrentes déclarations des certains des résistants et combattants congolais, soutenant qu’un peuple sous le joug de l’occupation, se doit de se libérer seul, sont-elles défendables historiquement ? Ont-elles des illustrations géographiques concrètes pour les certifier ? Par contre, on sait plutôt que les colons américains s’appuyèrent sur des volontaires venus d'Europe, de la France des Lumières notamment, ainsi que sur de disparates coalitions avec quelques tribus indiennes pour les épauler à s'émanciper de la colonisation britanniquei. On rappellera en outre que la Corée et la Chine profitèrent des rapprochements avec les Occidentaux pour s’affranchir de la domination japonaiseii. Fortement connotée, Libération renvoie à la période, pendant laquelle, les Alliés et les patriotes insurgés chassèrent d'Europe occidentale (Autriche, Belgique, Italie, France) l'armée allemande d'occupation (1943-1945). Ainsi, même la grande France, malgré sa riche et longue histoire nationale, recourut à des pactes pour s’extirper de la tutelle allemande.

De même, si pour les femmes, d’aucuns, féministes spécialement, préfèrent le terme émancipation, comme pour souligner l’effet d'intérioriser l'action, de la centrer sur le sujet lui-même, force est aussi de relever que l’émancipation de la femme, tout comme l'affranchissement des esclaves, sont l’aboutissement des effets conjugués des diverses forces, à la fois centrifuges et centripètes, où l’action des activistes des droits humains a été la plus prépondérante. Dès lors, quel que soit le peuple, où qu’il se trouve, qu’importe qui le tient directement ou indirectement en laisse, prétendre se libérer seul dans ce monde plus globalisé que jamais, s’apparente davantage à une fiction, à une simple vue de l'esprit ; surtout lorsque le pays ainsi à libérer, déjà sous le joug depuis belle lurette, est l’un des plus convoités au monde. Plus inquiétante encore, voire douteuse, est la méthode prônée. Car, appeler un peuple divisé à une sédition pour renverser une dictature sanguinaire, c’est exposer celui-ci à une boucherie inutile. En effet, la communauté internationale peut ne pas s’en indigner jusqu’aux réactions appropriées. Et, des exemples du sang des peuples versé pour rien sont légion ! La Libération du Congo est néanmoins possible et incontournable. Il faut donc savoir en identifier les préalables, les phases et les étapes stratégiques et opérationnelles à même d’y conduire.

Conscientisation comme prime préalable à tout acte de Libération !

Dès les premiers coups de canon sur le territoire congolais de ce qu’on a indûment appelé l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL), ici et là, des voix se sont levées pour dénoncer la supercherie et l’agression du Congo par une perfide coalition de ses voisins de l’Est ; en s’appuyant sur des faire-valoir congolais de service. Moins d’une année plus tard, il était devenu difficile de cacher le pot aux roses même au plus benêt des Congolais. Car, agacé par les exactions acerbes de ses conjurés, le principal profiteur de l’invasion, Laurent-Désiré Kabila, alors chef de l’Etat imposé par la coalition impérialiste, se mit à dévoiler lui-même la conjuration et de manière de plus en plus crue ; jusqu’à la rupture brutale publique de son deal et à un nouvel envahissement du Congo avec d’autres Congolais ; se bousculant aux portillons pour trahir et collaborer à l’occupation militaire de leur pays. Depuis plus vingt ans, le même mode operandi réussit si bien aux envahisseurs que la communauté congolaise s’est énormément émiettée et qu’il est aujourd’hui difficile de parier un sou sur un Congolais capable de résister à ce jeu de dupes.

Pourtant, des voix, de plus en plus fortes, continuent à surgir, ici et là, non seulement pour dénoncer l’occupation et la méchante destruction du pays, mais aussi pour incriminer traîtres et collabos congolais de leurs turpitudes. Malheureusement, la propension des Congolais à desservir leur pays ne tarit pas. Les élections de décembre 2018 semblent avoir jeté un nouvel éclairage sur les qualités morales et attitudes des acteurs politiques et de leurs sympathisants. Nous semblons enfin au seuil d'une époque nouvelle de l'histoire de notre pays. A la lueur de la théologie de la libération, il serait judicieux de surfer de manière pertinente sur l’esprit d’indignation et de révolte qui bouillonne actuellement dans plusieurs couches sociales pour y susciter ou aiguiser l’ardent désir d'émancipation totale, de la libération de toutes espèces de servitude et d’injustice.

Malgré la prépondérance de la religiosité, le moment est propice pour mettre le Congolais en réflexion sur la perversion de la politique, sur l'immensité des écarts entre riches et pauvres, sur les massacres gratuits des paisibles citoyens sur le sol de leurs ancêtres par des intrus envahisseurs prêts à tout pour les désapproprier sans le moindre scrupule de tout, y compris la vie. Par une conscientisation en profondeur, il est plus que temps de sortir le Congolais de l’abstraction et de la distraction pour en faire un homme résolument engagé dans sa propre histoire et acteur de sa libération. C'est l'extension de ce profil d'homme à de larges couches de notre société qui déclenchera ce vaste mouvement révolutionnaire susceptible de tout emporter dans son sillage et contraindre la communauté internationale au repositionnement.

Des méthodes radicales et des actes spectaculaires pour attirer l'attention sur la question congolaise et inquiéter !

En décembre 2011, lorsque la Commission électorale nationale indépendante (CENI) s’apprêtait à publier des résultats contraires à la vérité des urnes, l’usurpateur Hyppolite Kanambe, alias Joseph Kabila, balayait les appréhensions de ses collaborateurs et rassurait tout son entourage en alléguant avec vive conviction la peur et la passivité des Congolais, pour parier sur une léthargie générale ; malgré l'extravagance de la provocation. Les événements lui donnèrent largement raison. Certes, téléguidés par l’Eglise catholique, quelques remous politiques ont pu émailler la dernière période pré-électorale. Mais, réprimés dans le sang, ils se sont quasi totalement éteints ; malgré l’ampleur et la diversité des enjeux en présence. Aussi, ne craignant pas grand-chose, le président protocolaire de la CENI, l’ignoble Corneille Nangaa, se donna-t-il à cœur joie à fabriquer des résultats les plus grotesques de l’histoire électorale du pays. Malgré les timides protestations, toutes les institutions, à mandat électif du pays, sont aujourd'hui animées par des personnes nommées par un seul individu. Faut-il laisser cette forfaiture aller jusqu’à la fin de la mandature et faire de la monstruosité une normalité ? C’est bien là toute la question. Que faire ?

Au-delà de toutes les considérations morales, l’exercice électoral est le socle et la nourriture de la démocratie. On ne comprendra donc jamais l’attitude de la communauté internationale, garante du droit et des droits de l’Homme, qui ne s’offusque pas à cautionner un tel niveau d’aberration et d’ignominie au Congo. Mais, l’apport de la communauté internationale n’est qu’un adjuvant. A l’instar des Egyptiens, des Algériens ou des Soudanais, il revient au peuple congolais, s’il veut être un jour pris au sérieux, de jouer les premiers rôles, de faire preuve de plus de détermination dans ses protestations. Sinon, ceux, qui poursuivent des intérêts colossaux au Congo, n’ont de la considération que pour ceux qui ont un réel impact sur le pays. Ainsi, à la suite de Bill Clinton et de Tony Blair, c’est au tour d’Emmanuel Macron de flatter ouvertement et outrageusement Paul Kagamé pour accéder à l'opulent Eldorado congolais. N’y a-t-il pas de Congolais en France pour inquiéter ce conquistador sans pudeur, ni moindre égard vis-à-vis des Congolais ?

A quand une semaine de vive contestation en continu, susceptible de paralyser le quotidien de tout le monde et d’hypothéquer certains intérêts économiques ? Le monde libéral étant un large et permanent champ de bataille, il est plus que temps que le peuple congolais apprenne aussi à faire peur, pour être enfin pris en considération. Et pour faire réellement peur, les Congolais devraient désormais se préoccuper d’intégrer des moyens radicaux à leur lutte et poser des actes spectaculaires pour attirer l’attention sur leurs conditions de vie. En faut-il des illustrations ? En Suisse, pour revendiquer l'indépendance du Canton du Jura, le Front de Libération du Jura (FLJ) recourut à l'incendie des fermes, à l’attaque contre la Banque Cantonale Bernoise de Delémont, au sabotage des lignes ferroviaires etc…

Appel au rassemblement des forces acquises à la Libération !

La colonisation déguisée du Congo ou son assujettissement au Rwanda par le truchement des Congolais de service, des collabos, est désormais une évidence éclatante. Elle n’a cessé de s’étendre et de se renforcer au fil du temps grâce à la propension des Congolais à trahir pour des avoirs matériels, pour des gloires éphémères, pour des fastes et pour de simples statuts d’apparat. Aujourd’hui, par ses gens de paille, l’occupant, le Tutsi-power, s’est si bien accaparé de toutes les institutions régaliennes du pays que la thèse de la néo-colonisation n’est d’ailleurs plus contestée que de manière ridicule et risible par ceux qui ont des raisons assez illogiques pour ne pas s’offusquer à nier publiquement l’évidence. Et, ici, de Guterres aux Congolais de service, Tshilombo en premier, ceux qui ont des raisons objectives pour descendre sordidement dans l’illogisme, sont imprédictibles et nombreux. La naïveté consiste à vouloir compter avec eux pour combattre l’ennemi. Ils ne sont pas seulement perdus pour la guerre de Libération ; ils sont plutôt à anéantir, avec plus de détermination encore que nos oppresseurs eux-mêmes ; parce qu’ils sont des traîtres. « Seigneur tout-puissant, protège moi de mes amis ; car, mes ennemis, je m'en charge moi-même ! »

Le plus absurde consiste à s’en prendre, sans nuance et constamment, aux minorités, qui sont déjà mobilisées dans le combat pour la Libération, en les discréditant par des anathèmes, par des récriminations et par des diabolisations. Ce qui, en définitive, sème des zizanies tous azimuts et infinitésimales dans un camp déjà minoritaire et affaibli à plus d’un point de vue. Ngbanda, Mbo et autres Mayizo, si vous êtes vraiment pour la Libération du Congo, et cela fait belle lurette que vous le clamez, illustrez-vous d’abord, à l’instar de Fayulu, par des actions concrètes et convaincantes de terrain. Mettez aujourd'hui, ne fût-ce que pour un laps de temps, une sourdine à vos lassantes, vagues, déroutantes, paralysantes et insolubles conjectures sur les autres combattants ! Pertinentes, vos analyses le sont. Mais, au-delà de la blogosphère nationale, de la communauté interactive congolaise, dont la majeure partie est du reste exclue, faute de moyens, qui d’autres les suit ? Qui ébranlent-elles ? En effet, plus proche de vous, Macron ne semble néanmoins pas en faire cas. Halte donc aux anathèmes, aux accusations gratuites et aux diabolisations paralysantes ! Vive le front commun de Libération du Congo !

Eclairage,

Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa

 

Avis et considérations exprimés sous cette rubrique n’épousent pas nécessairement les positions officielles de la Convention des Congolais de l'Etranger (CCE) ; dont l’auteur ci-dessus n’est d’ailleurs plus membre

 

i La Guerre d'indépendance américaine, qui opposa, de 1775 à 1783, les colonies anglaises d'Amérique du Nord à la Grande-Bretagne.

ii Tel qu’on le connaît aujourd'hui, l’Empire du Soleil levant est la résultante d'une longue expansion ; dont la Corée et la Chine ont aussi été victimes à l'orée du XXème siècle.