De la cupidité et de la naïveté à un deal de dupes, à la confusion et à l’humiliation !

D'aucuns ont cru à l'alternance et au changement avec la nomination de Félix-Antoine Tshilombo Tshisekedi (Fatshi) à la présidence de la République par le génocidaire des Congolais Hyppolite Kanambe, alias Joseph Kabila Kabange (Le Raïs). Ce fut une illustration affligeante de la naïveté. Force est désormais de réaliser qu'ils vont aller de surprise en surprise et de surprise en véritable coup de théâtre. Le choc, c'est quand l'allié Front Commun pour le Congo (FCC) va reprendre ce qu'il a fait semblant de céder, descendre le petit pantin de ses illusions et imposer la révision constitutionnelle… Allons-nous attendre passivement que les choses se dénouent ainsi ? Au sein même de l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) des voix s’élèvent pour annoncer le retour à la résistance.

Appréciez !

 

Comme dans des milieux restés naïfs dans leurs croyances et directs dans leurs comportements expressifs, UDPS exhale constamment une logique, de nature psychologique, procédant de la confiance aveugle, des espoirs excessifs et des triomphes euphoriques aux amères déceptions, à la révolte, voire même, à la haine virulente envers ses leaders. Ces ressentiments se cristallisent momentanément sur le Président ad intérim de l’UDPS, Jean-Marc Kabund ; mais ils peuvent instantanément faire tache d’huile. Jusqu’où ? L’implosion du parti est à redouter ; et ce d’autant plus que les contrariétés de la base du parti peuvent rapidement prendre l’ascenseur face à l’impossibilité de son Président néo-promu de tenir les nombreuses promesses pompeusement annoncées ; en commençant par celle de déboulonner le système ; qui l’a gradé. A cet égard, notamment, l’expérimenté et très avisé Léon Kengo martelait : « Déboulonner le système dictatorial qui était en place ! Monsieur le Président, ils sont au Sénat en majorité, à l'Assemblée nationale en majorité, dans les Assemblées provinciales en majorité, bientôt aux gouvernorats en majorité ... S’ils le veulent, ce sont plutôt eux qui ont les outils pour vous déboulonner, faites attention à vos mots ! ». Une mise en garde, qui prend toute son ampleur avec les réactions des cadors du FCC aux déclarations du président de la République coopté ainsi qu’avec celles de la base du parti à l’issue de l’élection des Gouverneurs des provinces et l’humiliation rageante de l’UDPS ; qui en résulte. En fait, qu’est-ce qu’une coalition ?

 

Sauve-qui-peut !

La cooptation de Fatshi comme chef de l’Etat s’est opérée sur base d’un accord que beaucoup ont qualifié de jeu de dupes. La réalité s’avère encore plus tragique et, pendant que la tête du parti s’enfonce dans l’ivresse du pouvoir et de ses irrésistibles prérogatives, c’est de la base que quelques lucidités émergent pour dénoncer, avec vive sagacité, les errements de sa hiérarchie. Dans un parti prétendument fondé sur le principe de la pyramide renversée, ces remous semblent ouvrir des brèches qui, au vu du contexte général, s’avèrent bientôt difficiles à colmater. Accusé ouvertement d’avoir volé la victoire du peuple et massivement incriminé d’avoir trahi des années de lutte et de nombreux martyrs en donnant des béquilles à un dictateur aux abois, ce chef d’Etat, plus honorifique que réel, a en effet grandement besoin de s’appuyer sur une base politique consolidée et mobilisée pour prétendre à la considération de ses partenaires dans une coalition où il est exposé à tous les coups et à tout moment. Ce n’est donc pas le moindre des paradoxes que la dénonciation du deal parte de la base ; que la hiérarchie de l’UDPS et ses militants ne voient finalement plus la situation de la même manière et ne se battent plus pour les mêmes raisons. Eclairés par les faits, les combattants semblent, à l’évidence, déterminés à ne plus être le dindon de la farce, à ne plus se laisser faire. Articuler ses relations avec Le Raïs de manière à ne pas le décevoir tout en maintenant la confiance de la base du parti, voilà qui s’avère une gageure de plus en plus périlleuse que le Président nommé et la hiérarchie de l’UDPS ont à relever. L’UDPS est donc un bateau qui tangue ; d’aucuns évitent de couler avec.

Déboulonner la Kanambie est incontournable, impérieux et une urgence !

Simple action de communication ou pas, Fatshi a eu parfaitement raison de se mettre en évidence avec son appel à déboulonner le système en place. Y a-t-il eu maladresse dans la forme de cette grande opération médiatique ? Tout dépend du côté des enjeux de l’heure où on se trouve ainsi que de la stratégie que l’on croit efficace pour survivre politiquement. Toujours est-il que ceux qui se sont sentis visés par la menace, véhiculée dans cet appel, ont été prompts à réagir en se dévoilant et assez largement. Parallèlement, un camp favorable à l’appel a également émergé ; en brisant, de manière éloquente, quelques antagonismes générés par les acrobaties politiques de Fatshi lui-même et adoucissant la sévérité des jugements jadis portés sur lui. Depuis lors, une dynamique de déboulonnement, en guise d’un réel mouvement politique de masse, est désormais en cours. A qui va-t-elle profiter ? Il est trop tôt pour en évaluer l’épilogue. Mais, c’est un élan qui permet, à ceux qui sauront le saisir, de rabattre les cartes de reconquête de la légitimité populaire. En fait, qui déboulonner et avec quels moyens ?

C’est ici qu’émerge mieux la quintessence de la crise congolaise. La stratégie de diversion des uns et la naïveté réelle ou feinte des autres consistent à la lier, en priorité, à un problème de démocratie ou, d’abord, à une question de gouvernance ; là où se pose, au préalable et avec extrême acuité, le problème, ô combien crucial, de la souveraineté nationale. Son corrélat se décortique et s’articule dès lors en termes de libération. Déboulonner revient ainsi à trouver des voies et moyens pour déraciner une colonisation déguisée sur le point de franchir une nouvelle étape, plus néfaste que jamais. En effet, depuis que la crise congolaise en cours a été ainsi cernée, quelque bizarres qu’elles soient, les élucubrations des uns et des autres ont fini par se rejoindre et convergent pour imposer deux alternatives à même de la juguler : une guerre de libération ou une révolution populaire ou encore, éventuellement, les deux à la fois. Si la guerre de libération exige des moyens colossaux et une préparation aussi bien rigoureuse que longue, la révolution populaire peut s’enclencher à partir d’une préparation accélérée et avec des moyens allégés. Les élections du 30 décembre 2018 en ont ouvert le processus ; dans la mesure où elles ont permis l’émergence d’un mouvement de masse, « LAMUKA ! », à même de canaliser cette aspiration en lui fournissant la structure organisationnelle et les ressources humaines.

Le défi et son opérationnalité !

Qui veut la libération du Congo, la paix dans ce pays et sa stabilité, prépare la guerre ! C’est inéluctable ! Et si l’argent est bien le nerf de la guerrei ; force est aussi de relever que les Congolais n’en disposent pas, du moins pas pour le moment. Une incurie remédiable au détour d’une simple volonté organisationnelle. Ne serait-il pas plus judicieux que la diaspora congolaise en prenne l’initiative ? Eloignée du combat de terrain, épargnée des autres contraintes pénalisantes caractéristiques de la vie au Congo d’aujourd’hui, surfant sur un élan patriotique inédit et bénéficiant des conditions de vie plus confortables, la diaspora congolaise devrait, dès aujourd’hui, et le plus vite serait le mieux, prendre sa part de responsabilité en s’investissant dans des opérations de fundraising. De manière indépendante à la restructuration annoncée de « LAMUKA ! » et en parallèle aussi bien à celle-ci qu’à la mise en place des Comités de résistance patriotique - base et tremplin à la Révolution populaire - il est impérieux et urgent qu’une caisse commune d’actions patriotiques se constitue depuis la diaspora. Des figures neuves, qui en tiennent actuellement le haut du pavé - Mafuta So, Patrick Thona Yombi et autres Kwebe Kimpele - peuvent être mis à contribution pour faire connaître le projet à travers toute la diaspora et procéder à la collecte spontanée des fonds en guise de point de départ. Ensuite, répondant au principe de régir plutôt que de réagir, une quête permanente peut alors s’instituer.

Échec d’un soulèvement populaire précipité peut compromettre à jamais cette salutaire opération !

Ici et là des voix et des pressions ne cessent de se multiplier, poussant « LAMUKA ! » et, surtout, l’Élu du peuple, Martin Fayulu Madidi (Mafa), à déclencher cette Révolution populaire, que nous appelons, tous et de tous nos vœux, depuis des lustres. Au vu et à la bonne compréhension de l’évolution de la conjoncture politique sur le terrain des opérations, au Congo même, est-ce le bon moment pour provoquer cette ultime opération de salut public et sous la responsabilité directe du Commandant du peuple ? Une autre analyse et compréhension des tensions, aussi bien au sein de l’allégeance de la part de l’UDPS de Fatshi au FCC du Raïs que de l’UDPS elle-même, préconise une expectative stratégique ; laissant ces tensions aller à leur paroxysme dans une perspective de voir de nouveaux déçus du deal Fatshi-Raïs et de l’arnaque électorale rejoindre les rangs de la résistance patriotique. Dans ce nouveau Congo de Mafa, le soulèvement populaire semble désormais et fermement inscrit dans le processus inéluctable de libération. Le déclencher au moment où il serait le plus à même d’embrigader le maximum de Congolais et devenir incompressible, c’est lui donner les meilleures chances de réussite et apporter une solution définitive à la crise. Certes, un fruit ne tombe que quand il est mûr ! Mais devant l'ouragan ou la tempête de l'histoire, mûr ou pas mûr, il tombe quand même !ii

Par ailleurs, les patriotes congolais ont longtemps ramé pour faire émerger et se reconnaître dans un leadership à même de fédérer toutes leurs tendances idéologiques et politique ainsi que taire aussi bien leurs querelles de clocher que leurs divisions infinitésimales. Dieu merci ! L’un des précieux acquis de l’élection présidentielle du 30 décembre 2018 réside dans l’émergence de Mafa. Intelligent, instruit et crédible, Fayulu apparaît comme ce don de la Providence au moment opportun. Il serait dommage de l’exposer excessivement, et sans autre considération, à la vendetta de ceux qui ne jurent plus que par sa neutralisation. Dans les circonstances actuelles, perdre Mafa, équivaudrait incontestablement à décapiter « LAMUKA ! ». Le solide élan en cours de la résistance patriotique aurait alors beaucoup de mal à s’en remettre et, remplacer le Commandant du peuple au niveau où il a su forger et porter aussi bien son aura que son auréole, ne serait pas une sinécure. Pour quiconque croit encore en la libération du Congo par les Congolais eux-mêmes, il serait plus que judicieux de protéger la nouvelle âme de la résistance patriotique congolaise en n’y recourant que parcimonieusement. Donc, pas de précipitation…


Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa

 

i Raymond Aron, Paix et Guerre entre les nations, p.249, Calman-Lévy, 1962

 

ii Extrait du Discours historique de Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga, à la tribune de l’Assemblée générale des Nations-Unies, 28ème session ordinaire, 1973.