Face au contentieux électoral des sénatoriales, Fatshi joue-t-il son avenir ?

Ce qu’est, vaut et déterminera l’avenir en cours de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) est évaluable à l’aune de la valeur, de la pertinence et de l’envergure ontologique des avis et considérations débités par le numéro trois (3), après Fatshi, du parti présidentiel sur le plateau de « Bosolo na politik » et grâce à la justesse incisive des questions d’Israël Mutombo. Appréciez !

 

Entre deux maux, la sagesse recommande de choisir le moindre. Mais, pour que ce choix soit judicieux, il faut avoir une claire conscience des enjeux impliqués et des risques encourus. Face aux tensions politiques et sociales générées par les résultants des sénatoriales, Félix-Antoine Tshilombo Tshisekedi (Fatshi) avait une latitude d’attitudes à prendre. La première et la plus simple aurait consisté à ne pas interférer et se montrer, de manière volontariste, au-dessus de la mêlée. Comment, déjà vivement chauffés à blanc par ce coup de tonnerre de l’inextricable « aucun siège au Sénat », les combattants de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) allaient-ils interpréter une telle passivité de leur champion et, surtout, réagir ? La deuxième attitude, et la plus conforme à la discipline du parti, était de suivre la base dans son interprétation de la situation et la soutenir dans ses revendications. Plus en phase avec sa dynamique politique du moment, une troisième posture se présentait en termes d’approbation, comme il en a été le cas pour les autres élections, ces résultants des sénatoriales. Après tout, n’est-ce pas un allié, le Front Commun pour le Congo (FCC) d’Hyppolite Kanambe, alias Joseph Kabila Kabange (Le Raïs), subitement, certes, mais bien vivement encensé naguère comme père de la démocratie congolaise, qui en est bénéficiaire ? Opérer autrement s’apparenterait à courir le risque de provoquer un affrontement, au spectre incertain avec le camp de l’ex-président. C’est pourtant la deuxième alternative que Fatshi a privilégiée. Comment s’en dessine l’épilogue ?

Plus que jamais exposé à tous les coups possibles, Fatshi a besoin de sa base pour faire le contrepoids !

D’aucuns l’ont martelé sous les formes les plus diverses, y compris à l’extérieur des frontières congolaises ; mais il a fallu la dure humiliation avec l’exclusion de l’UDPS du Sénat pour que la base du parti prenne conscience que son champion de chef d’Etat n’a presque pas de marge pour influencer la gouvernance réelle du pays. La colère, clairement exprimée par les combattants de l'UDPS, permet à Fatshi reprendre l’initiative politique sur des bases défendables. Mais, même si son audacieuse offensive, de suspendre aussi bien l’installation du Sénat que l’élection des gouverneurs de provinces ainsi que d’ouvrir des enquêtes judiciaires à charge des corrupteurs et corrompus, reflète incontestablement l’indignation des Congolais scandalisés par le monnayage des voix des députés pour élire des sénateurs, Fatshi ouvre un chapitre des hostilités aux perspectives effroyables. Alors qu’il a pris la précaution de s’appuyer sur une réunion des corps de la République, sa démarche a néanmoins provoqué une levée généralisée de boucliers également indignée chez ses partenaires du FCC et augure des moments difficiles ; qui lui permettront de compter qui sont ses véritables amis et révéleront jusqu’où peuvent aller de vraies alliances en politique. Car, disposant de toutes les cartes du jeu en ses mains, le FCC peut pousser son avantage jusqu’à la destitution du chef d’Etat ; à qui il ne s’offusque pas de rappeler publiquement les conditions de son accession au poste et les limites de ses prérogatives.

Heureusement, Fatshi peut se féliciter de pouvoir compter sur des troupes partisanes mobilisées et déterminées, jusqu’au sacrifice suprême, à prendre d'assaut les rues pour manifester leur ras-le-bol ou pour s’opposer à tout ce qu’elles apprécieront comme injustice à leur égard. Elles ont déjà clairement exprimé qu'elles ne veulent plus du régime de Kanambe et ne se sont montrées compréhensives face au mystérieux deal de coalition que dans la mesure où celui-ci leur offrait pouvoir et alternance politique. Le verdict des sénatoriales, particulièrement dans son immense ampleur d’échec cinglant et vexant pour l’UDPS, a tendance à influencer une autre lecture de la situation. Comme tout mouvement de masse, la versatilité n’est jamais loin ; et elle peut prendre des dimensions insoupçonnables ; d’autant que l’armée de réserve des mécontents de la Kanambie est encore plus grande et instantanément facile à influencer et à mobiliser.

Expert et fin manœuvrier, le camp du Raïs (Kanambie) prend habilement date !

Dans un tweet du 15 mars dernier, le Coordonnateur du mouvement citoyen, « Les Congolais debout » et opposant en exil, Sindika Dokolo, estime que Le Raïs, réconforté par la mainmise de sa plateforme politique sur les institutions, se prépare à un rapport de forces pour reprendre la tête du pays. Pour notre part, nous estimons qu’il s’agit là d’une certitude minutieusement planifiée par le FCC de s’appuyer sur son écrasante majorité à l’Assemblée nationale et au Sénat pour requérir, au moment opportun, la destitution de son allié d’hier. En effet, eu égard à certaines dispositions de la Constitution (art.166), le Congrès (les deux chambres réunies) peut mettre en accusation le président de la République dans le cas d’une violation flagrante de la constitution, pour atteinte à l'honneur, pour corruption, pour parjure ou suite à un délit d'initié.

Toutefois, l’observateur averti de la scène politique congolaise relèvera que dans les conditions actuelles, le FCC et, plus particulièrement Le Raïs lui-même, tenant compte que les contextes interne et externe leur étant largement hostiles, n’oseront pas encore se livrer à une manœuvre présentement suicidaire. Car, vu de Limeté, où l’intraitable « base » de l’UDPS est difficilement soluble dans des compromis du genre du deal avec le FCC,  ce dernier (deal) restera constamment exposé à la fragilité faute de gains substantiels manifestes et de gages suffisants d’autonomie. Alors qu’à l’international, la subite et très étroite implication directe des Etats-Unis et sa vive mobilisation depuis le processus électoral laissent entendre qu’une crise institutionnelle d’ampleur au Congo aujourd’hui ne laisserait pas, comme jadis, l’Administration Trump longtemps, dans l’expectative.

De belles perspectives pour un troisième larron !

Pendant des lustres, le peuple congolais a essuyé d’amères et récurrentes déceptions dans sa quête, constamment renouvelée, d’un front commun patriotique pour jouir des avantages de l’union et tirer profit des synergies collectives. Plus concrètement, il n’a cessé d’appeler à l’union de l’opposition politique. Mais il n’a jamais été entendu. Face à l’occupation, lui privant de défenseur et de porte-parole dans le concert des nations, les Congolais ont, tour à tour, voire simultanément, assidûment encensé leurs personnalités les plus en vue, avec ardent espoir de forger et faire émerger ce front patriotique commun du sein de la société civile. L’engouement s’est longuement cristallisé sur le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, sur le Prix Nobel de la Paix 2018, Docteur Denis Mukwege, ou encore sur l’homme d’affaires et promoteur de la mobilisation citoyenne, Sindika Dokolo. Pour des raisons inextricables, mais dont nous tairons pour le moment nos propres hypothèses, ils ne récolteront pas plus de succès. A l’instar des acteurs politiques, leurs principales personnalités de la société civile s’avèrent pareillement tièdes, égoïstes et démissionnaires face aux sollicitations risquées de la conjoncture politique.

Dorénavant, les choses se sont sensiblement métamorphosées. Car, même si les combattants de l'UDPS la réclament de manière sélective, subitement pour les sénatoriales, ils rejoignent néanmoins la globale, noble et haute lutte pour la vérité des urnes. Elle a réussi à révéler et confirmer une véritable réincarnation, longtemps recherchée, d’un certain Lumumba. Par son courage, par sa détermination et par l’à-propos de son propos en quasi toute circonstance, Martin Fayulu Madidi (Mafa) fait revivre le Héros national congolais auprès d’une large majorité des Congolais. L’illustration en a été donnée, dès le début de la campagne électorale, par l’afflux croissant à ses meetings. De même, après son éblouissante démonstration post-électorale des forces dans la diaspora sur la même revendication, la vérité des urnes, le retour prochain du Commandant du peuple sur le sol de la Mère-patrie, en pleine ébullition de contestation et de vive indignation suite aux tripatouillages électoraux, devra, à coup sûr, provoquer une mobilisation inédite et reposer, dans toute sa globalité, comme jadis, tout le problème de légitimité des institutions régaliennes congolaises et de leurs animateurs. Auréolée par son écrasante victoire à la présidentielle du 30 décembre 2018 et légitimée par l’affluence retentissante des Congolais à ses meetings post-électoraux, la coalition électorale « LAMUKA ! » doit logiquement se préparer à assumer la mission, qui lui revient désormais ; celle de conduire le peuple congolais vers sa libération totale par un soulèvement populaire. Certains s’en sont bêtement moqués ; mais la vérité des urnes s’impose aujourd’hui comme un tremplin vers la conjugaison circonstancielle des forces et le soulèvement populaire.

Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa