Le dernier virage…

La perspective d’un soulèvement populaire s’apparente désormais à une pure utopie !

Avec les données politiques évidentes actuelles au Congo, nous sommes de loin plus proches d’une révision constitutionnelle, à même de dépouiller le souverain primaire de ses légitimes prérogatives et permettre à Hyppolite Kanambe, alias Joseph Kabila Kabange (Le Raïs), un retour légal et en force à la tête de l’Etat, que des capacités d’un quelconque groupe antagoniste à provoquer un soulèvement populaire pour renverser la Kanambie plus que jamais consolidée !

En effet, on ne répétera jamais assez, ce que l’histoire nous apprend est que l’on n’en tire que rarement les leçons qui s’imposent ! La sentence s’applique parfaitement au contexte de la résistance congolaise face aux convoitises impérialistes extérieures. Antoine Gizenga avait-il entendu parler ou vécu ces machiavéliques vagues de débauchages visant tortueusement à anéantir le Mouvement de Libération du Congo (MLC) et observé leurs effets ? Malgré son long parcours dans la lutte patriotique et son prestigieux compagnonnage avec le Héros national Patrice-Emery Lumumba, Gizenga ne s’est pas offusqué à convoler publiquement en justes noces avec l’occupant génocidaire de 14 millions de Congolais. Lui offrant en sus son Parti Lumumbiste Unifié (PALU) en guise de cadeau de ce mariage opportuniste.

Qui ignore ce à quoi les aventuriers du MLC et de PALU ainsi que Gizenga lui-même ont été désormais réduits dans l’opinion congolaise ? Malgré tout cela et après avoir assisté à la déchéance morale et politique de ses compagnons de parti - Samy Badibanga et autres Bruno Tshibala - passés allègrement à l’ennemi, Félix-Antoine Tshilombo Tshisekedi (Fatshi) ne s’est néanmoins pas scandalisé de signer, avec faste débordant, sa propre allégeance, aux contours obscurs et anxiogènes pour le peuple congolais, au même occupant génocidaire.

A l’instar de ses antécédentes, l’allégeance de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) de Fatshi au Front Commun pour le Congo (FCC) du Raïs, amorce un cycle d’une ampleur nouvelle et inouïe de dévaluation et de disqualification des acteurs politiques congolais auprès de l’opinion. Demain et après-demain, de nouvelles figures, et non les moindres, vont gonfler la caste des parias, réputée infâme par tout ce qui reste encore de patriotique au Congo. La démolition du Congo et des Congolais atteint bel et bien son paroxysme. Cependant, il y en a qui ne s’en aperçoivent pas ; soit parce qu’ils sont éblouis par le leurre d’en profiter sur le moment ; soit parce que, en dépit des évidences, le fanatisme, le tribalisme primaires et leur corrélat - les émotions aveuglantes - brident leur discernement devant des réalités insidieuses et hautement tragiques. Logiquement, ces divergences de compréhension et d’approche génèrent, au sein de la communauté nationale, des appréhensions, des tensions et des réflexes corrélatifs à la hauteur des enjeux. Ce qui hypothèque profondément la cohésion et le dessein d’une action patriotique commune. Dès lors, la perspective d’un soulèvement populaire, qui fait couler tant d’encre et de salive, s’apparente désormais, de pire en pire et inéluctablement à une pure utopie. Un sursaut patriotique s’impose ; avant qu’il ne soit trop tard !

Urgence : esquisser de nouveaux paradigmes à même de permettre la libération sur des bases réalistes !

C’est quoi la légalité, lorsque les principes, les règles, les lois et le droit sur lesquels celle-ci se fonde ont été profusément violés en amont ? Le risque, c'est celui d'un slogan de légalité comme paravent derrière lequel démissionnent, en se conditionnant mutuellement, les principaux acteurs de la lutte patriotique et de la mobilisation citoyenne. Qui en a donné le ton ? Les acteurs politiques certainement ; et, très probablement, Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza ; le versatile outrancier, champion toutes catégorie de la matoiserie et célèbre génocidaire des Kassaïens ! Toujours est-il que l’Eglise catholique, par la voix de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) et des certains de ses princes, a déjà officiellement, largement et gaiement emboîté ce mauvais pas. Une bonne partie de la société civile congolaise, notamment Les Congolais Debout, de Sindika Dokolo, ainsi que la Lutte pour le Changement (LUCHA), est dorénavant dans ce suicidaire schéma. Ainsi, par peur, par pragmatisme ou par opportunisme la résistance patriotique s’effrite comme la peau de chagrin. Voilà une occasion pour paraphraser Victor Sergei : le fétichisme de la légalité semble l’un des traits les plus marquants de la démission congolaise face à l’engagement patriotique et citoyen. Il démontre la naïveté de ceux qui croient en la possibilité de libérer le Congo de l’occupation sans entrer en conflit avec ses envahisseurs. Jusqu’à quand cette cocasserie peut-elle encore amuser la galerie ?

A l’instar de Vumbi-Yoka Mudimbe face à l’emprise occidentale d’autrefois, l’assujettissement congolais au Tutsi-power, par la Kanambie interposée, génère lexacerbation de l’angoisse. En effet, pour la plupart de nos compatriotes, combattre aujourd’hui la Kanambie implique la vive hantise d’évaluer constamment les conséquences que peut provoquer la moindre critique ; de démêler minutieusement, parmi les armes à disposition, laquelle est la plus idoine pour amorcer d’improbables hostilités avec maximum d’efficacité ; et, surtout, en évitant autant que faire se peut de tomber dans l’une de ses ruses ; qu’elle nous tend insidieusement et au terme desquelles elle se délecte à nous voir tomber dans ses traquenards raffinement dressés. C’est la conscience de cette emprise insidieuse qui nous incite à lancer un vibrant appel à esquisser de nouveaux paradigmes à même de permettre la libération du Congo sur des bases réalistes. Mais, attention, le combat s’avère complexe et rude ; parce qu’il faut déjà compter avec l’obstruction instinctive ou pas des opportunistes, des fanatiques et des obscurantistes de tout acabit. Ils sont nombreux et tragiquement butés. Ils peuvent donc entraîner le Congo dans d’inextricables dédales où nous risquons de le perdre définitivement. C’est pourquoi il est urgent de ne pas réagir trop tard !

L’incompressibilité de la vérité des urnes !

Par le passé et à maintes reprises, qu’il s’agisse des scrutins de 2006 et de 2011 notamment, des défaillances stratégiques et d’énormes fautes politiques ont été commises. Peut-être, faute de contextes politiques interne et externe favorables, on avait alors trop rapidement et naïvement abandonné l’exigence de la vérité des urnes. Sans la moindre pression, tricheurs et receleurs d’autrefois tirèrent allègrement profit de leurs forfaits répétitifs. En toute joyeuse bonne conscience, il ne nous reste plus qu’à regretter, aujourd’hui, les conséquences que l’on en dure. Toutefois, ce passé constitue néanmoins un bien riche terreau d’expériences d’où démêler et extraire leçons et artifices pour mieux faire. Ainsi, et surtout dans ces circonstances internes et externes si bienveillantes à notre légitime revendication, l’exigence de la vérité des urnes n’est pas seulement une donnée centrale dans un combat général pour la restauration des valeurs et la réification de la démocratie ; elle s’impose également comme gage et pierre angulaire dans la quête spécifique de réhabilitation du souverain primaire congolais, longtemps méprisé par une cohorte de kleptomanes génocidaires, dans ses légitimes droits fondamentaux. Et cette lutte-là, ici ou ailleurs, elle ne cessera de faire des émules pour la mener avec détermination.

En effet, au-delà du deal, désormais moins secret que jamais, et plus que ce dernier, c’est la démesure inédite de l’arnaque électorale qui fragilise nettement la nouvelle coalition FCC-UDPS au pouvoir et hypothèque ses perspectives de reconquête aussi bien d’assise populaire interne que sa respectabilité sur l’échiquier international. Comment comprendre et interpréter autrement les sanctions américaines solennellement annoncées à l’encontre des principaux animateurs des plus hautes institutions régaliennes, judiciaires et politiques du pays ; si ce n’est que pour les disqualifier et les museler ? Pour accuser de tricheurs et prononcer, avec autant d’éclat et suffisance, des sanctions à l’encontre des plus hautes autorités d’un pays allié, l’hyper puissance du monde laisse entendre qu’elle a été suffisamment informée, sa Central Intelligence Agency (CIA) à l’œuvre, sur ce qui s’est passé et se trame en cours au Congo. De telles sanctions seraient-elles de simples escarmouches sans lendemain ? Ardu de s’y prononcer avec certitude !

Aussi, plutôt que de spéculer sur un avenir dont on ne maîtrise pas les paramètres, la lucidité et la sagesse exhortent, de préférence, à savoir tirer avantage des opportunités réelles présentes ; avant que la mouvante conjoncture ne se mue. C’est dans cette perspective, on ne le dira jamais assez, que le combat pour la vérité des urnes doit embrasser plus qu’une dimension. Au niveau citoyen, le Soldat du peuple, désormais promu au grade de Commandant, a fait brillamment ce qu’il avait à faire à l’intérieur du pays. On ne peut que l’en féliciter. Avantageusement, il trouvera une disponibilité et une mobilisation encore plus grandes dans notre diaspora ; habituellement frondeuse. D’où notre incisive invitation, profitant de sa tournée occidentale, à ce qu’il pose, axe et oriente davantage le combat vers les fronts judiciaire, politique et diplomatique.

Observons que s’il y a quelques logiques dans les sanctions américaines, l’une consisterait à punir ostensiblement les voleurs pour mieux mettre la pression sur les commanditaires et autres complices, sur les receleurs notamment ; en attendant le moment propice, selon un agenda stratégique minutieusement préparé. Certes, la communauté internationale a rapidement pris acte de la confirmation des résultats électoraux par la haute cour nationale de justice ; mais il y a encore de nombreuses chancelleries et diverses organisations internationales, qui n’ont pas encore daigné reconnaître le nouveau chef d’Etat congolais. Ce qui est tout, sauf insignifiant. C’est même bien éloquent ! En effet, n’y a-t-il pas eu récemment plusieurs élections générales, présidentielles notamment, dans l'espace francophone. Comme il en est de coutume, la Secrétaire générale de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo, a déjà promptement adressé ses chaleureuses félicitations respectivement aux nouveaux Présidents confirmés du Madagascar et du Sénégal. Comment interpréter qu’elle n’ait toujours pas fait de même pour celui de la République à démocratiser du Congo (RDC) ?

A l’occasion du dixième anniversaire de la « Déclaration de Bamakoii », un haut de l’OIF, son Délégué à la paix, à la démocratie et aux droits de l’Homme de l’époque, M. Hugo Sada, affirmait solennellement que « Francophonie et démocratie sont indissociables »iii et qu’« il ne saurait y avoir d’approfondissement du projet francophone sans une progression constante vers la démocratie et son incarnation dans les faits »iv. Il assurait en outre que la « Déclaration de Bamako » « porte l’engagement des pays francophones en faveur de la consolidation de l’état de droit, de la tenue d’élections libres, fiables et transparentes, de la gestion d’une vie politique apaisée, du plein respect des droits de l’Homme et de la promotion d’une culture démocratique intériorisée »v. Surtout, la « Déclaration de Bamako » dote également la Francophonie d’un dispositif de suivi du respect de ses engagements et d’un mécanisme de réaction, en cas de crise ou de rupture du processus démocratique, de violations graves des droits de l’Homme, pouvant mener à la suspension d’un Etat membre. Du point de vue diplomatique, politique, juridique, médiatique et citoyen, il y a là une belle opportunité, sous des formes multiples, à exploiter avec appui de la diaspora. Nous avons la faiblesse de penser qu’une plainte ou un mémorandum solennellement déposé au siège de la Francophonie, à l’issue d’une grande marche de protestation méticuleusement préparée, notamment avec le Commandant du peuple en tête du cortège, à notre sens, serait bien loin d’apparaître comme une ineptie !

Quel avenir pour LAMUKA ?

Là où reste encore un peu d’âme et ferveur patriotiques, « LAMUKA ! » est bien ce qui devrait s’inscrire au fronton des préoccupations majeures du moment ! Et pour tous ceux dont le destin commun et son avenir sont encore des questions qui taraudent l’esprit, deux idées directrices permettent, à notre avis, d’envisager l’orientation post-électorale à donner à la coalition patriotique « LAMUKA ! ». La première, et la moins importante, se réduit d’abord et cela va de soi, à une simple question de contexte. En effet, dans ce Congo en ébullition et vives tensions post-électorales et face aux nouvelles propensions à la trahison à même de consolider encore plus nettement le régime d’occupation, l’urgence s’impose en termes de tri pour identifier ceux qui restent encore dans le combat pour la libération de la Patrie ou dans la résistance patriotique et les distinguer de ceux qui, pour des raisons avouées ou pas, stratégiques ou opportunistes, ont franchi le Rubicon. Par maladresse ou par manœuvre tactique, le triomphalisme exacerbant de ces nouveaux collabos rend cette opération opportune, urgente et aisée.

Corrélativement, depuis la révélation du deal entre le Raïs et Fatshi, puis la cooptation de ce dernier de manière si rocambolesque, la présidence de la République congolaise s’apparente, pour certains, plus à un enjeu de prestige, voire de luxure, qu’à une valeur cardinale ou un outil de conquête de la souveraineté et de la reconstruction nationale. La ligne de démarcation est dorénavant nette entre l’aspiration à renverser le funeste régime d’occupation et la propension à coaliser avec ce dernier pour accéder au pouvoir pour profiter de ses prérogatives. Aussi, le combat politique se résume-t-il à une polarisation des forces, selon une dialectique manichéenne entre la « collaboration », d’un côté, et la « résistance », de l’autre côté.

Dans l’immédiat, « LAMUKA ! » s’énonce forcément comme un mouvement hétéroclite ; appelé à ranimer le patriotisme et à se transformer, par un processus d’« attrape-tout » des questions pendantes pour faire contre-pied au renforcement inattendu de la Kanambie par sa surprenante fusion avec l’UDPS. Le coup est dur ; c’est pourquoi il y a diligence à se relever. En effet, la dissolution de l’UDPS dans la Kanambie ne laisse pas seulement l’opposition politique dans un champ de ruine à reconstruire ; elle expose aussi le précieux héritage d’Etienne Tshisekedi à des contraintes majeures et urgentes de réussites politiques et sociales concrètes. Comment convaincre les Congolais, en quête passionnée du changement, de la volonté de le leur apporter en pactisant avec le régime qui les a méchamment détruits depuis des lustres ? Voilà qui s’avère une gageure périlleuse que l’UDPS doit urgemment relever. Parallèlement, « LAMUKA ! » est en posture idéale d’alternative crédible pour combler le vide et rebâtir la résistance patriotique.

Sous quelle forme et sous quelle autorité morale envisager la suite de « LAMUKA ! » constitue le deuxième et dernier fil conducteur de notre réflexion. Ici, notre histoire récente et contemporaine sera notre source d’inspiration. En effet, trahi par ses pairs, son principal allié Kasa-Vubu en premier, Lumumba n’a eu qu’une vie politique bien intense ; mais très éphémère. Il est et reste néanmoins le Héros national congolais vénéré jusqu’au-delà des frontières congolaises. Pourtant, son ascension a reposé sur sa détermination personnelle, sur lui-même, sans compromettant parrainage extérieur. Ce fut un authentique "self-made man" ! Depuis, la résistance patriotique congolaise aux velléités impérialistes étrangères et aux pulsions ou évidences dictatoriales internes a été alternativement ou simultanément incarnée par diverses figures emblématiques. Mais, dans la constance et dans la durabilité, un personnage d’exception s’est illustré : Etienne Tshisekedi wa Mulumba. Toutefois, Etienne Tshisekedi n’était initialement ni le plus riche, ni le plus charismatique des Treize Parlementaires fondateurs du principal mouvement d’opposition politique ; qui a marqué la lutte pour la démocratie au Congo. En s’appuyant sur les moyens limités du peuple, Tshisekedi a su faire de l’UDPS un grand et vénérable mouvement de masse ; qui a marqué l’histoire et, surtout, l’histoire politique du Congo.

Aujourd’hui, la résistance patriotique congolaise et la quête de la démocratie au Congo sont orphelines non seulement de Lumumba ; mais également de Tshisekedi. Qui donc pour assumer leur improbable succession ? Si « LAMUKA ! » détient l’incontournable profil et des atouts de premier choix - son actuel Commandant du peuple notamment - pour faire émerger ce nouveau champion ; il est corrélativement impérieux que la très populaire plate-forme électorale s’extirpe de diverses hypothèques ; qui grèvent son indispensable expansion. Les circonstances anti-démocratiques de sa naissance - notamment l’encombrante dépendance tutélaire à ses leaders auto-proclamés - ont fait leur temps. Il est donc plus que temps que « LAMUKA ! » se redéfinisse et se refonde dans sa vocation ; si bien énoncée dans sa dénomination : celle d’un mouvement de masse. C’est dans cette optique qu’un congrès de « LAMUKA ! » s’impose ; et il serait pertinent qu’il soit inclusif, démocratique en sa conception et urgent dans sa planification. Celui-ci sera alors l’occasion, non seulement d’affranchir « LAMUKA ! » de ses hypothèques de départ et de l’émanciper ; mais également de le refonder politiquement et financièrement, à l’instar de l’UDPS d’autrefois, sur l’engagement et la mobilisation populaires.

 

Eclairage,

Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa

i De son vrai nom, Viktor Lvovitch Kibaltchitch, révolutionnaire et écrivain francophone d’origine russe, dans Ce que tout révolutionnaire doit savoir de la répression, 1925

 

ii Adoptée lors du Symposium International sur les pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l’espace francophone (1er-3 novembre 2000, Bamako, Mali), la « Déclaration de Bamako » est le texte normatif et de référence de la Francophonie dans ces domaines. Elle dote la Francophonie de moyens d’action en cas de rupture de la légalité démocratique, ou de violation grave des droits de l’homme dans un de ses pays membres.

 

iii Au XIIIème Sommet des chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie, à Montreux, le 24 octobre 2010.

 

iv Ibidem.

 

v Ibid.