Félix Tshilombo Tshisekedi a-t-il jeté UDPS dans la poubelle de l'histoire ?

Crise post-électorale : qui de Félix ou de la CENCO fait erreur de communication ?

 

Auteure de plusieurs livres sur l’Afrique centrale, Colette Braeckman est à juste titre considérée comme experte scientifique de cette région, plus spécialement de la Région africaine des Grands-Lacs. Dans l’actualité, elle s’est surtout taillée la solide réputation de réaliser les principales interviews qui ont marqué le changement de cap dans cette zone tragiquement tourmentée depuis des lustres. Souvent instruite depuis les sources des hautes stratégies en préparation, elle a vu, avant tout le monde, Paul Kagame devenir l’homme le plus fort de cette contrée, Joseph Kabila s’imposer en « Raïs » au Congo ou Docteur Denis Mukwege conquérir le premier Prix Nobel de la Paix de ce secteur et j’en passe… Que peut présager la stratégique interview qu’elle vient de décrocher auprès de Félix Tshilombo Tshisekedi au moment si crucial d’une crise politique qui a fait couler tant d’encre et de salive ? Perspicacité de vision ou grand sens de l’histoire, comme à l'accoutumée, le titre, qu’elle réserve à ce genre d’articles, est souvent très abondamment éloquent : « RD Congo : la main tendue de Félix Tshisekedi » ! L’attitude et les propos de M. Tshilombo, reportés dans la présente interview, laissent-ils entrevoir en fils d’Etienne le successeur de Joseph Kabila à la tête du Congo, du Dr Mukwege en guise de deuxième Prix Nobel de la Paix de la région ou de ces deux grandes conquêtes politiques à la fois ? Déjà, interprétant et réagissant à la teneur et à l’ampleur de l’article, les réseaux sociaux sont en vive ébullition ! Félix a-t-il réussi une prouesse de communication ?

Toutefois, la plupart des articles de Mme Braeckman sur l’Afrique centrale ont été souvent en faveur des positions des régimes génocidaires de la région ; en conséquence, ils ont été, à leur tour, sévèrement contestés, voire violemment contredits, par d’autres journalistes et essayistes plus capés encore issus de divers horizons. La crédibilité de la journaliste belge, spécialement sur ce dossier, a donc été rondement fragilisée. Du reste, au moins quatre considérations d’importance émergent largement des révélations sciemment, stratégiquement et à dessein bien ordonnancées par Félix Tshilombo Tshisekedi :

  • discrédit et virulentes critiques à l’égard de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) ;

  • insidieuses et venimeuses attaques contre la coalition LAMUKA ;

  • effusion d’affection envers la Kanambie en des termes très mal choisis ; allant jusqu’à remettre allègrement en scelles les bourreaux avérés du peuple congolais ;

  • adulation d’éloges à l’égard de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), une institution qu’il a jadis et longuement traînée dans la boue.

Ces déclarations sont-elles de nature à apporter des plus-values à Félix sur la voie de conquête de la présidence de la République congolaise ou du Prix Nobel de la Paix ? Les lignes, qui suivent, se veulent une volonté de mettre en perspective la démarche de la CENCO - de mettre la CENI sous pression, avec la menace de la contredire si elle ne proclame le vrai vainqueur de la présidentielle congolaise du 30 décembre 2018 - en parallèle avec la grande sortie politique post-électorale du leader de la plateforme Cap pour le changement (CACH), Félix Tshilombo Tshisekedi.

De la pertinence dans la posture de la CENCO

Instruite par l’expérience et se sachant la seule institution congolaise à même de tenir tête à la dictature régnante sur le pays, la CENCO s’était minutieusement, rigoureusement et stratégiquement bien préparée à jouer la carte de vigile de la vérité des urnes. C’est surtout au niveau stratégique que nos chers « calotins » se sont révélés les plus coriaces vis-à-vis des institutions officielles reconnues corrompues. En annonçant solennellement qu’ils détenaient les résultats du vote et en s’engageant à les défendre à tout prix, ils ont mis le pouvoir et son acolyte dans une situation bien inconfortable, voire sans issue. Comment proclamer un vainqueur autre que celui que plus de 40 000 observateurs, s’appuyant sur plus de 80 % des procès-verbaux authentiquement affichés sur les bureaux de vote, ont vu en tête avec plus de 37 % de suffrages sur son poursuivant direct ? Au-delà du discrédit dans l’opinion publique, la CENCO a surtout mis en garde le président hors-mandat contre toute tentative de coup d’Etat constitutionnel, prohibé par la charte de l’Union Africaine (UA) et se sont réservé le droit de contester, par les voies appropriées. Pour la CENI et pour la Kanambie, l’enfermement dans leur propre piège semble réussi et redoutable. Lorsqu’on a longtemps crié en faveur du changement et consenti à y sacrifier des vies humaines, servir de clef de sortie aux criminels est pire que la trahison. Comment ce bras de fer entre les princes de l’Eglise et le pouvoir est-il perçu par les Congolais ?

De l’adhésion populaire interne à la posture de la CENCO

On l’a souvent dénoncé et regretté ; depuis l’instauration de la Kanambie, le peuple congolais et la patrie ont souffert de l’absence de représentants, tant au niveau national qu’international, pour les défendre. Jadis, la CENCO a certainement cherché à s’investir dans ce rôle ; mais elle s’y est si mal prise que seuls des souvenirs malheureux nous hantent l’esprit. C’est pourquoi son action, depuis 2016, avait souvent fait émerger de vives divergences dans l’opinion. Tel n’est pas du tout le cas cette fois-ci. Dès son annonce, si bien formulée, de disposer du nom du vainqueur de la présidentielle de 2018, une onde d’effervescence a traversé toute la société congolaise et le porte-parole de la CENCO a immédiatement pris la stature d’un héros national à chérir et à protéger. Pour quiconque, qui veut évoluer politiquement au Congo, s’attaquer de manière virulente à cette nouvelle image de la haute hiérarchie catholique, tout en adulant de basses flatteries les génocidaires avérés du peuple congolais, ne peut indubitablement s’apparenter qu’à un suicide politique inéluctable. Félix Tshilombo Tshisekedi et CACH, sous l’égide obscurantiste de perfide Kamerhéon, semblent en avoir emprunté le chemin.

Du soutien international extensible à la posture de la CENCO

Dans beaucoup de pays au monde, et plus spécialement encore en RDC, l’Eglise catholique est de loin l’institution la plus crédible et la plus respectée de toutes. Elle l’est encore davantage lorsqu’on veut facétieusement l’opposer à des officines publiques réputées corrompues et largement discréditées. Face au processus électoral en cours au Congo de « Joseph Kabila », tout le régime et tous les organes d’accompagnement notoirement présumés à sa solde, concentrent tellement toutes les suspicions du monde qu’à l’extérieur du pays, notamment au sein de la communauté internationale, à l’exception de quelques prises de position très marginales et orientées, l’Eglise catholique congolaise est considérée comme la seule source d’information digne de foi. Logiquement, ce sont les résultats, qu’elle détient, qui sont considérés comme les seuls crédibles. En se solidarisant soudainement avec les positions discréditées des officines avilies du régime reconnu comme profondément infesté, Félix s’est aussi littéralement souillé et marginalisé tant au niveau national qu’aux yeux de la communauté internationale.

De la confirmation maladroite de ce que la rumeur avait déjà dénoncé

Le cas de Félix, tout comme celui de son colistier, sont d’autant plus difficiles à défendre et désespérants parce qu’ils finissent quasi toujours par reconnaître ce qu’ils ont d’abord abondamment nié. Reste que les faits, comme la vérité, sont si têtus qu’ils ont fini par déchoir complètement l’héritier d’Etienne du piédestal qu’il lui a généreusement légué. Jadis traités de traîtres et bannis, les Mubake, Badibanga et autres Tshibala n’auront pas attendu longtemps, ni recherché de sublimes pirouettes pour se dédouaner de leurs forfaits. Ils n’auront d’ailleurs pas besoin de tirer sur l’ambulance ; d’autres s’en chargent merveilleusement bien à leur place. Ainsi, Patrick Mbeko, par exemple, se délecte à souhait en décrivant avec humour bien corrosif la répétition constante des scènes d’échec complètement abracadabrantesques. « Intellectuellement inapte, il a juré de réussir où son père a échoué. Pour y arriver, il va directement négocier avec le régime honni de Joseph Kabila, qu’il prétend pourtant combattre. »i A la manière du « Mythe de Sisyphe »ii, Félix va se faire humilier à maintes reprises en 2015, avec les rencontres secrètes d’Ibiza, Monaco et Paris. Malgré les échecs, il remet inlassablement l’ouvrage sur le métier en 2016 et en 2017. Sévère ou objectif, Mbeko estime que la Kanambie, honnie et vacillante, a trouvé, dans la stoïque naïveté de Félix la bonne recette pour se pérenniser au pouvoir au Congo contre la volonté de tout un peupleiii. Obstination ou bêtise, Félix s’apprête à consolider sa réputation.

Cette fois-ci, le cadeau est incommensurable, et le panache recherché pour sublimer l’élégance de l’offre. « Il est évident qu’il pourra vivre tranquillement dans son pays, vaquer à ses occupations, il n’a rien à craindre. Un jour nous devrons même songer à lui rendre hommage pour avoir accepté de se retirer. Pourquoi, compte tenu de son expérience, ne pas lui confier des tâches diplomatiques spéciales, faire de lui un ambassadeur extraordinaire du Congo ? »iv Depuis, les réseaux sociaux sont en convulsion et nervosité aiguës ! Qui ne comprend pas que des Congolais soient choqués devant une telle effusion d’affection d’un aspirant à la magistrature suprême de leur patrie à l’égard du plus grand bourreau de leur histoire, ne saura jamais quand et comment les guerres civiles éclatent ! Espérons que Félix s’amende aussitôt !

Du risque de marginalisation tous azimuts

Attention de ne pas donner allègrement corps ou consolider des considérations que beaucoup ont jadis combattues en les repoussant comme diffamantes ! En effet, s’appuyant sur une bien riche bibliographie, le politologue Patrick Mbeko ne se heurte pas d’accuser les Tshisekedi d’assoiffés irrésistibles au pouvoir : « Les Tshisekedi et la trahison de la RDC : une histoire ancienne »v. Vu le contexte, les partisans d’Etienne et du fils ont vivement rejeté ces blasphèmes. Mais, manifestement plus nombreux encore et plus fougueusement déchaînés, sont ceux qui, diverses illustrations à l’appui, d’Etienne lui-même à Bruno Tshibala, en passant entre autres par Sami Badibanda, s’émerveillent de faire leurs choux gras de cet avilissant article ; alors que nous n’en sommes encore qu’aux rumeurs. Sur une des chaînes de nos médias alternatifs congolais, c’est dans une véritable ambiance de guerre civile que des pans de l’article ont été violemment brandis. Qu’adviendra-t-il si ces propos se confirment ? L’ostracisme, dont jouissait déjà Kamerhéon, semble s’amplifier et s’étendre. Force est de redouter la répulsion croissante et extensive, la marginalisation tous azimuts de Félix et de son parti.

Quel avenir pour une UDPS alliée officielle de la Kanambie ?

Signe de temps, après avoir organisé symboliquement le scrutin dans leur région, les habitants de Beni et de Butembo, dans le Nord-Kivu, à l’Est du Congo, ont donné le ton de l’effervescence populaire en célébrant la victoire du leader de LAMUKA, Martin Fayulu Madidi, dès le samedi 5 janvier 2019. Constamment accusé de tractations traîtresses avec la Kanambie depuis des lustres et, surtout, dès l’alliance avec Kamerhéon ainsi qu’au lendemain du scrutin par la très sérieuse Libre Belgiquevi, Félix Tshilombo Tshisekedi court le très affligeant risque d’entraîner avec lui le célèbre et prestigieux parti hérité de son géniteur dans les poubelles de l'histoire. Car, on voit mal comment l’UDPS pourrait se racheter auprès des Congolais après une nouvelle béquille à la Kanambie pour l’aider à « glisser » ou une complicité objective que certains avaient vue venir.

Eclairage,
Chronique de Lwakale Mubengay Bafwa

i In « Les Tshisekedi et la trahison de la RDC : une histoire ancienne », Chronique de Patrick Mbeko, mardi 8 janvier 2019.

ii Un brillant essai d'Albert Camus, publié en 1942, une alléchante illustration du « cycle de l'absurde ».

iii Ibidem

iv « RD Congo: la main tendue de Félix Tshisekedi », dans Le Soir du dimanche 7 janvier 2019, Colette Braeckman.

vi « RDC : Shadary sacrifié pour une alliance FCC – Cach ? », in Libre Belgique, dimanche 6 janvier 2019.