Les priorités en RDC sont d'abord la reconquête de la souveraineté nationale et la restauration de l’Etat

POUR UNE TRANSITION SANS ÉLECTIONS GÉNÉRALES EN RDC !

La RDC est un colosse aux pieds d’argile. A regarder sa situation de près, on peut affirmer, sans risque d’être contredit, que la RDC n’a pas d’Etat, n’a pas d’administration dignes de ce nom ; ce pays abrite des institutions embolisées ; ce pays a une partie de son territoire occupé par des puissances étrangères et même en voie d’être amputé ; ce pays a des performances économiques proches de zéro ; ce pays a une population fortement démunie….

Dans ces conditions, la priorité n’est pas aux élections. Aussi, je plaide pour une transition sans élections voulue par le peuple congolais.

I. Les élections en RDC, un leurre

Les élections ne sont pas la panacée. Aucun des problèmes de la RDC ne sera résolu par ces élections. La RDC étant un pays sans État, sans administration, des élections libres et crédibles ne peuvent y être valablement organisées.

La priorité en RDC demeure la restauration de l’Etat, de son autorité, de l’administration …. et des autres institutions de l’Etat. De vraies élections en sont tributaires.

A. La RDC n’a pas d’Etat !

Quand bien même ses frontières, notamment à l’Est, subissent, chaque jour, les appétits expansionnistes non dissimulés de certains de ses voisins, la RDC dispose d’un territoire à elle attribué par la conférence de Berlin de 1885. Ce territoire est occupé par un peuple qui, dans sa grande majorité, est bantoue. Néanmoins, sur ce peuple et sur ce territoire, le pouvoir politique est quasiment inexistant.

L’Etat c’est l’élément central dans la cité, dans un pays. C’est la colonne vertébrale de la cité. Ainsi, c’est autour des règles qu’il édicte que la vie en société s’organise : à lui la charge, notamment de protéger et de défendre la cité, de nouer en son nom des liens avec d’autres Etats… …, d’impulser la dynamique du développement…. de prévoir pour les générations futures....

Par ailleurs, c’est le détenteur du pouvoir qui s’applique, sans exception, à l’ensemble de la population dans un pays : à lui le pouvoir d’accorder ou non des droits, d’exiger tel ou tel comportement de la population et, au besoin, de sanctionner...

S’agissant de la RDC, l’État a été fortement affaibli par ceux qui sont censés le protéger : à titre d’exemple, la loi fondamentale a été, sans ménagement, foulée au pied par le premier magistrat de la cité. Celui-ci, faisant fi de ladite loi, se maintient au pouvoir et continue d’exercer ses fonctions deux ans après terme. Il n’a accepté de renoncer à son ambition d’un troisième mandat que grâce aux pressions cumulées de la population congolaise, des chrétiens catholiques et de la communauté internationale. Cette crise voulue au sommet de l’Etat a fini par achever ce dernier. C’est une véritable estocade qui a été portée contre l’Etat congolais déjà moribond. L’agonie de cet État ou son inexistence se mesure également par son incapacité à défendre son territoire et à récupérer des pans entiers de son territoire qui sont passés « sous pavillons étrangers ».

Des illustrations d’absence d’Etat en RDC sont légion :

  • Le maigre budget de la RDC (4, 3 milliards) est sans commune mesure avec l’immensité de son territoire (2, 345 millions km2) et sa population sans cesse croissante (80 000 millions). L’Etat est quasiment sans ressources. En effet, personne ou presque personne ne s’acquitte de ses impôts en RDC. Réduit à la mendicité et vivant d’expédients de la communauté internationale, l’Etat congolais est défaillant sous toutes les coutures.

  • Les règles de droit édictées par l’Etat sont généralement dépourvues de force coercitive. Actuellement, dans tous les quartiers de Kinshasa, la mode est à la construction, sans tenir compte des règles élémentaires d’urbanisme, des immeubles de 3 voire 5 étages. Ainsi, un immeuble de 3 ou 5 étages se dresse à côté d’une maison plain-pied et la surplombe. Ce géant immeuble fait tâche d’huile dans le décor du quartier et en brise même l’harmonie. Par ailleurs, des espaces non constructibles, réservés à d’autres fins par le plan d’occupation du sol, sont, en toute illégalité, lotis par les puissants et les amis du pouvoir. Face à ce phénomène, l’Etat demeure étonnamment muet.

  • Le parlement, dont la mission est de confectionner la loi et de contrôler le gouvernement, le pouvoir exécutif, s’est volontairement transformé en un club des courtisans au service de l’exécutif avec lequel il défend bec et ongle son bout de gras.

  • Le pouvoir judiciaire n’échappe pas à ce naufrage de l’Etat congolais. Chargé de dire le droit, avec impartialité, au nom du peuple congolais, le pouvoir judiciaire dit le droit au profit du puissant ou du mieux disant financier.

  • L’administration qui est la cheville ouvrière de l’exécutif, son vecteur auprès de la population congolaise, a fait de cette dernière sa vache à lait.

L’absence d’Etat et son impuissance en RDC sont telles que la priorité y demeure indéniablement la restauration de l’Etat, de son autorité, de sa neutralité ; le respect par tous de la règle de droit, la reconquête de la souveraineté nationale, des territoires occupés…..

En effet, sans État, les élections libres, transparentes, crédibles, démocratiques... ne peuvent avoir lieu en en RDC.

B. Des élections au bénéfice de la classe politique

Dans aucun autre pays du monde, la classe politique n’accepterait d’aller aux élections dans les conditions actuelles de la RDC. En effet, sans Etat ni administration, les conditions pour des élections libres, transparentes, crédibles et démocratiques ne sont pas réunies. Certes, les élections marquent un temps fort dans la vie des peuples qui se choisissent librement des responsables politiques pour présider aux destinées du pays. Néanmoins, les élections, un mécanisme nécessaire à la démocratie, ne sont pas la démocratie.

La démocratie c’est, notamment, le respect des libertés fondamentales des citoyens, le respect de la règle de droit par tous et des sanctions, sans exception, en cas de non respect de ladite règle de droit.... le droit de tout citoyen d’exprimer, en toute liberté, ses opinions et de choisir, avec la même liberté, ses dirigeants lors des consultations qui doivent être organisées dans un cadre qui offre toutes les garanties de neutralité.

Dans le cas de la RDC, si élections étaient organisées, elles ne les seront qu’au seul profit de la classe politique. En effet, elles procurent aux vainqueurs, pour un temps déterminé, la légitimité de détenir les clefs du coffre-fort national.

En réalité, ces élections sont une guerre des gangs. Tel cartel des prédateurs voudrait se débarrasser de tel autre cartel. C’est une lutte sans merci pour le contrôle de la cité et de son butin.

Des invalidations prononcées par la CNI, dont la neutralité est sujet à caution, même confirmées par la cour constitutionnelle, inféodée elle-même au gouvernement, procèdent de la logique du plus fort. Dans cette lutte de contrôle de la « cité », seul survivra le plus fort.

La situation actuelle de la RDC offre un avantage indéniable au président sortant qui, en désignant un dauphin, s’assure la possibilité de garder les rênes du pouvoir pour l’avenir. En effet, en cas d’élections, son dauphin, qui dispose du coffre-fort national et de l’appareil de l’Etat, à coup sûr, l’emportera. Maître du jeu, avec un président qui lui est redevable, même nommé premier ministre, le président sortant gardera ses fonctions actuelles et continuera de les exercer. C’est « La POUTINISATION  » de la vie politique congolaise.

Le grand perdant de ces élections, une fois de plus, c’est le peuple congolais qui aura naïvement porté au sommet de l’Etat, à coup des promesses fallacieuses, des personnes qui ne sont guidées que par leurs propres intérêts.

La situation du peuple congolais demeure inchangée : dans sa grande majorité, les congolais ne mange pas à sa faim, un repas par jour relève de l’exploit ; les élus, quant à eux, mènent grand train de vie, roulent carrosse et sont repus ; les enfants des classes populaires sont scolarisés dans des écoles ou des universités du pays qui ne forment que des mal appris ; ceux des responsables politiques sont inscrits dans les meilleures écoles ou universités à travers le monde ; l’accès aux soins n’est pas une sinécure pour la grande majorité des congolais qui n’a d’autres choix que d’aller dans des hôpitaux-mouroirs du pays tandis que les autres, une petite minorité, les élus, leurs familles et amis, se soignent aisément, aux frais de l’Etat, en Occident, en Inde et en Afrique du Sud….

Par ailleurs, lesdites élections, au lieu d’apaiser, mettent en exergue, en RDC, le sentiment d’appartenance à une région voire à une ethnie et réveillent les vieux démons sécessionnistes. Le KATANGA, qui a vu son champion écarter des élections présidentielles, pourrait prendre les larges.

Ces élections pourraient être une mèche qui mettra le feu au pays :

- Soit au profit de l’homme de KINGAKATI.

Cette séquence voulue et préparée au sommet de l’Etat permettra au chef de l’Etat, en cas de chaos, de se présenter en gardien du temple et de continuer, ainsi, d’exercer ses fonctions en dehors de tout mandat. Par ailleurs, en cas d’élections, au travers de son dauphin dont la victoire est plus qu’une certitude, Kabila va continuer d’exercer son pouvoir. C’est la  « poutinisation » du pouvoir politique.

- Soit au profit du peuple dont le souffle vital si fort balaiera, tel un tsunami, avec violence les tenants actuels du pouvoir.

Je plaide pour une transition sans élections imposée par le peuple congolais.

II. UNE TRANSITION SANS ÉLECTIONS GÉNÉRALES EN RDC

En d’autres temps, la situation actuelle de la RDC aurait été l’occasion d’un coup d’Etat militaire. Notre histoire, dans un passé pas si lointain, a connu des coups d’état dictés par l’absence d’Etat, la sécession et l’incurie de la classe politique. Tel était le leitmotiv de ces deux coups d’état du général Mobutu. Les coups d’état militaires sont passés de mode.

Aujourd’hui, au lieu et place des coups d’état militaire, on propose des élections dont la seule « vertu » est d’accorder «une certaine légitimité » aux vainqueurs qui s’octroient un blanc-seing sous toutes les coutures.

Les élections ne sont compatibles avec la démocratie que lorsque l’Etat est en capacité d’être neutre au regard de tous les candidats en présence et d’imposer, sans encombre, ses règles à tous sur toute l’étendue de son territoire.

Cela est loin d’être le cas en RDC dont, d’ailleurs, une partie du territoire échappe au pouvoir de Kinshasa.

Dans ces conditions, les élections générales ne peuvent avoir lieu en RDC. Néanmoins, la continuité de l’Etat doit être assuré.

Il revient ainsi au peuple congolais, longtemps humilié et berné, blessé et souillé dans sa chaire et sa dignité, de se saisir de son destin pour changer le cours de l’histoire à l’instar des peuples de Tunisie, d’Égypte, de Burkina-Faso et d’autres...

Porté par ce souffle sacré qui habite un peuple en colère,pour devenir le maître du jeu, il doit s’affranchir de la tutelle de la classe politique, à mes yeux, insipide et sans mérite.

Devenu maître de la situation, le peuple devra mettre en place une organisation dont la mission première est la restauration de l’Etat et la prise en compte de l’intérêt général.

A. Un consensus national !

Il n’est pas insensé de mettre sur pied, pour une période de 5 ans, un gouvernement de Salut public.

En RDC, il est des personnes dont l’honnêteté, la probité, l’intégrité, la moralité, la compétence voire le charisme ne souffrent d’aucun doute. Deux ou trois noms sautent aux yeux. L’un deux, d’ailleurs, a fait ses preuves, en d’autres temps, dans la gestion des situations de transition.

Le peuple devra être consulté sur ces personnalités. Celle qui sera désignée par lui aura pour mission de bâtir un gouvernement resserré, 12 membres au plus, de salut public constitué de technocrates désintéressés avec une feuille de route bien définie : ce gouvernement, sur une période de 5 ans, devra s’atteler à restaurer l’Etat et son autorité, l’administration et les autres émanations de l’Etat ; à préparer un cadre ad hoc pour les élections au terme de la période transitoire ; à remettre le pays sur orbite….. ; à redonner la vie au peuple congolais qui paie au prix fort la cupidité et l’incurie de ses hommes politiques.

Cette transition s’impose également aux collectivités territoriales dont les assemblées, gouffres financiers, devront être suspendues. A la tête de ces entités seront désignées par le gouvernement des personnes chargées d’assurer la continuité de l’Etat ainsi que le service public. Elles rendront compte au chef de l’exécutif qui pourra les relever de leurs fonctions.

Quant au gouvernement, il est redevable du peuple. Il n’est pas doté de blanc-seing.

B. Une mission contrôlée !

La tâche confiée au gouvernement sera contrôlée par un organisme composé de 12 membres désignés, en raison de 3 membres, par les 4 partis politiques majeurs de la RDC. Lesdits membres seront des juristes, des économistes, des sociologues ou des membres de la société civile.

Dans le cadre de sa mission de contrôle, cet organisme peut interpeller tel ou tel ministre sur ses activités. Il en rendra compte au président du gouvernement de salut public qui seul a compétence pour déposer le ministre contesté.

Ce gouvernement de salut public n’est responsable que devant le peuple congolais qui seul peut le démettre de ses fonctions. La question de défiance est posée au peuple congolais par le président de l’organisme de contrôle qui aura été lui – même saisi par ses membres à la majorité de 3/5.

En d’autres temps et en d’autres lieux, des peuples mus par l’instinct de survie ont réussi à donner naissance un nouvel ordre politique. La révolution française est, à ce titre, un exemple incontournable.

En RDC, à l’instar de ce cri de douleur de 1959 dont l’apothéose a été l’accession à la souveraineté en 1960, le peuple peut rééditer cet exploit et le Congo redevenir ce grand pays de l’Afrique centrale dont la vocation naturelle est d’entraîner vers le haut le reste du continent. Cela est possible à la condition que l’Etat et son autorité soient rétablis ; à la condition que l’administration et les autres institutions de l’Etat soient restaurées ; à la condition que la RDC récupère la partie occupée de son territoire ; à la condition que l’intérêt général et l’intérêt supérieur de la nation l’emportent sur tout ; à la condition que les hommes politiques jouent le jeu …

Un observateur,

R.K.

PS: A un moment où le pays est traversé par des incertitudes et l’histoire continue d’y bégayer, je verse ce texte, qui est loin d’être parfait, au débat. Qu’on s’en empare dans tous les cercles pour débattre. Je suis disposé à recevoir la critique pour me permettre de participer, ainsi, au débat en vue de l’accouchement d’un nouvel Etat.

R.K.