Avec fierté et vive gratitude, la CCE rend hommage au Docteur Denis Mukwege et lui indique sa nouvelle mission

 

CCE

 

 

Case postale 1542 CH - 1211 Genève 26

 

Genève, le 11 October 2018

 

Fondation Panzi

Docteur Denis Mukwege

Président

Mushununu, Q. Panzi

RDC - Bukavu 266

 

Concerne :Nos vives félicitations pour votre élévation à la plus grande distinction du monde libre

 

Cher Compatriote,

 

C’est avec émotion, joie, fierté et reconnaissance que nous avons appris, le 5 courant, la nouvelle de votre obtention du Prix Nobel de la paix 2018, que vous copartagez avec l’Irakienne Nadia Murad, militante des droits de l’homme. Aussi saisissé-je l’occasion pour vous présenter nos plus sincères félicitations, en mon nom propre et au nom de la Convention des Congolais de l’Etranger, en ma qualité de présidente de celle-ci.

 

Nous nous associons à votre joie et vous témoignons toute notre gratitude parce qu’à travers vous, à travers un fils du Congo que vous êtes, mis en valeur au niveau mondial, nous estimons que cette distinction rejaillit sur l’image de notre pays tout entier au-delà de votre propre personne. Des distinctions internationales, vous en avez déjà eues dans votre vie – qui ignore que vous êtes lauréat de plusieurs d’entre elles ? –, et celle-ci n’est pas la première ; mais nous nous réjouissons davantage avec vous d’autant plus que cette dernière, à notre sens, est la plus grande qui puisse sanctionner, au plan international, la reconnaissance de vos mérites personnels indiscutables dans le cadre de votre engagement humanitaire qu’on ne présente plus. Votre surnom, désormais planétaire, de « l’homme qui répare les femmes » ne nous paraît donc pas usurpé.  

 

Nous voulons vous témoigner notre reconnaissance pour l’exemplarité de votre engagement, exemplarité qui devrait, à notre sens, devenir une source d’inspiration pour nous Congolais, en particulier pour la jeunesse en mal d’éducation civique susceptible de contribuer à la formation de leur personnalité en vue du vivre-ensemble harmonieux au sein de notre nation. Car nous restons convaincus que seules les valeurs civiques démocratiques sont gage du progrès et de paix durable.

 

A titre personnel, en tant que femme et mère, je mesure la grandeur et la noblesse de votre œuvre, tournée essentiellement vers la réhabilitation de la dignité féminine. C’est à ce titre aussi que, en mon nom propre et au nom des femmes de la diaspora congolaise, je vous témoigne notre reconnaissance. Honneur et merci à vous pour l’aide médicale, psychologique, économique et juridique que vous apportez à nos compatriotes de la région orientale de notre pays, où le viol collectif et autres agressions sexuelles sont utilisés comme arme de guerre. Votre action courageuse est un acte de résistance qui mérite d’être saluée, car vous avez bien compris, avant tout le monde, que les auteurs de cette barbarie innommable sont en réalité des protagonistes et propagandistes d’un projet politique macabre qui ne dit pas son nom : ils visent, à travers l’atteinte de la femme, la destruction de la nation congolaise en tant que telle, sans autre forme de procès. Nous souhaitons que les malheurs tant endurés par notre peuple jusqu’à présent soient le sarment d’une terre d’où germera la bonne plante : la naissance dans notre pays d’une centaine, voire d’un millier des « Denis Mukwege » pour contrer le complot ourdi contre notre peuple et notre pays.

 

Onzième prix Nobel de la paix africain, vous êtes incontestablement, désormais, la figure la plus emblématique de la société civile congolaise. Nous ne serions pas sincères avec vous si nous ne vous avouions pas cependant qu’à la joie immense que nous savourons pour votre « nobélisation » s’est mêlée quelque part dans notre bouche un goût amer. Goût amer parce que la distinction méritée à laquelle vous venez d’être élevé a un effet boomerang ; comme une médaille à double facette, elle nous interpelle, nous renvoie nous Congolais à notre responsabilité citoyenne collective, nous et nos dirigeants. Nous sommes sûrs que vous auriez aimé mener tranquillement votre carrière de médecin, loin de caméras. Nous sommes sûrs que vous n’auriez pas souhaité être victime de tant d’attentats, de tant de tentatives d’assassinat – qui, du reste, le souhaiterait ? Nous sommes sûrs que vous auriez aimé vivre en sécurité, pour vous-même et pour votre famille, comme tout le monde. Mais seulement voilà, face au drame, notre pays étant considéré comme « la capitale mondiale du viol », votre courage, votre amour de notre peuple ainsi que votre sens d’abnégation ont eu raison de la recherche de votre intérêt personnel à travers votre action, ce qui aurait été d’ailleurs, si cela avait été le cas, une préoccupation existentielle normale – qui vous l’auriez reproché ? Vous avez eu raison d’avoir compris, depuis plus de vingt ans, que vous soignez les conséquences d’un mal profond dont vous ne maîtrisez pas les causes. Et que pour que la thérapie administrée soit vraiment efficace, la dimension préventive du processus curatif ne doit pas être négligée comme c’est le cas. Vous vous êtes mis, à juste titre, à pointer du doigt l’incurie, l’inexistence de l’Etat congolais face au drame sécuritaire du pays dont la population fait les frais, en particulier les femmes comme premières victimes. « Mais combien de temps encore devrions-nous toujours vivre ainsi ? », vous êtes-vous toujours demandé. C’est pourquoi cet honneur ouvre de nouvelles perspectives, vous confère illico le leadership de la société civile congolaise et vous assigne d’autres responsabilités ; notamment en ce qui concerne l’arrêt des atrocités et l’alternance politique dont il dépend. La transition citoyenne a-t-elle trouvé son administrateur ?

 

Longue vie à votre œuvre ! Parce que vous risquez au quotidien votre vie pour sauver celle des autres, celle des femmes en détresse, pour l’amour du Congo, vous avez droit à notre amour, vous méritez notre reconnaissance et notre admiration. Nous ne pouvons que souhaiter à nos compatriotes de vous prendre pour modèle. Nous souhaitons aussi que notre collaboration avec votre Organisation puisse se poursuivre pour que notre pays tire le plus grand bénéfice possible des retombées liées à votre distinction, et que nous puissions donner ensemble, grâce à ce prix, une visibilité supplémentaire au combat de votre vie. Puissent nos deux vœux être exaucés !

 

En vous réitérant nos félicitations les plus vives, daignez recevoir, cher Compatriote, au nom de la CCE et en mon nom propre, l’expression de notre considération distinguée.

 

Au nom de la Convention des Congolais de l’étranger (CCE),

 

                                                                     Séverine TSHIMINI MBUYI
                                                                                                 Présidente