Que retenir de la Grande Marche du 30 juin 2018 sous l'égide de Sindika Dokolo ? Quelle suite ?

La grande Marche du 30 juin 2018 avec Sindika Dokolo

Secrets de succès d’une gageure osée et incidences

 « Sindika, tu as su remporter une grande victoire à un moment crucial. Mais, sauras-tu surfer sur l’élan de cette dynamique victorieuse pour franchir d’autres caps ? Relever avec brio de nouveaux défis ? On a souvent dit que les Dieux n'accordent que rarement tout au même homme. L’heure n’a-t-elle pas sonné d’ouvrir davantage des horizons pour viser plus haut ? »

Vous avez dit le succès inédit ! C’est très justement le cas de l’affirmer haut et fort, sans l’infime crainte d’être contredit : la réussite jamais égalée est bien le maître mot qui ressort des récits des uns et des autres pour résumer la performance atteinte dans le déroulement de la Grande Marche du 30 juin 2018, à Bruxelles, sous l’égide des Congolais debout et Sindika Dokolo. Il sied alors de relever les caractéristiques sectorielles de ce triomphe. La première et la plus générale est à associer à la portée médiatique de l’événement. Certes, en amont notamment, ce sont surtout les réseaux sociaux et les organes de la presse alternative congolaise qui en ont fait leurs choux gras ; en annonçant en grande pompe la Marche et les moyens spécifiques mis en œuvre pour en assurer le succès. Mais après sa belle concrétisation brillamment réussie, l’événement a été à la Une de tous les médias, qui comptent. On ne peut que vivement en féliciter les initiateurs. Pendante à cette première caractéristique de la réussite, la deuxième est à repérer dans le rassemblement et le rapprochement des Congolais de tout bord. Il suffisait de parcourir le géant cortège pour identifier, en plus des partis politiques, les représentations de pratiquement toutes les principales autres organisations diasporiques congolaises en Europe. Alors que du point de vue numérique, on soulignera que c’est bien la toute première fois que la diaspora congolaise réalise la prouesse d’un cortège de manif s’étalant sur plusieurs kilomètres.

 

Annoncer constamment au peuple que ce qui existe n'existait pas et que ce qui n'existe pas existait, est un pari que l'on peut soutenir quelque temps par la distraction ou la crédulité du public, la longanimité ou la ruse de l'incarnation machiavélique ; mais, sitôt que le jeu devient sérieux, que des consciences se réveillent, la perfidie devient intenable. Et, il faut des initiatives et des protagonistes inspirés pour provoquer ce réveil collectif. Face aux errements constants d’une classe politique en crise d’inspiration ou franchement complice de la médiocrité, c’est bien la parade salutaire que vient d’opérer Sindika Dokolo en mobilisant, en rassemblant et en mutualisant, l’espace d’une échéance judicieusement ciblée, les synergies de plusieurs milliers de Congolais. Le champ patriotique congolais est un monde paradoxalement barbare, une glèbe de tentative et d'ébauche ; où l’on est souvent livré à de cruelles illusions. Mais, jusqu’à ce jour, le dandy congolais s’y illustre par ses coups de maître : lancement avec réussite des Congolais debout, triomphe malheureusement sans lendemain des assises de Chantilly et succès sans précédent de la Marche du 30 juin. L’heure n’a-t-elle pas sonné de transformer l'essai ?

 

Satisfecit éprouvé et perspectives au succès de la Marche du 30 juin 2018

 

Les Congolais debout peuvent être fiers de la belle réussite de leur initiative du 30 juin 2018. Ici et là, en effet, aussi bien la prouesse dans la conception que la performance dans la finition ont fortement marqué les esprits : tout le monde en parle en termes d’exploit. Et ceux, qui en parlent en termes de succès, relèvent surtout le gigantisme du rassemblement, l’humilité affichée par les organisateurs, l’ambiance fraternelle dans le chef de tous les participants, la sensation fortement expérimentée par tous de la cohésion et d’une authentique fraternité congolaise retrouvées. L’espoir d’un élan inflexible vers la force de l’union pour d’autres conquêtes semble établi. Certes, nous n’en détenons aucune preuve formelle, irrécusable ; mais il y a parfois des slogans qui laissent pas beaucoup de doute quant à la conscience qui se réveille et aux ambitions qui s’échafaudent. A la grande Marche du 30 juin 2018, en effet, surtout en sa phase épilogue, on a entendu des Congolais d’Allemagne inviter à faire la même démonstration devant le Deutscher Bundestag, des Congolais de Suisse en appeler à une parade du même acabit pour investir la Place des Nations à Genève, des Congolais de France requérir la même logistique pour espérer sensibiliser et conditionner l’Elysée dans ses positionnements et décisions à venir…

 

Pour construire ce succès de la Marche du 30 juin 2018, Les Congolais debout semblent avoir privilégié, en amont, la grande proximité et l’ésotérisme systémique par l’ouverture résolue à tous. Tout en reconnaissant aux uns et aux autres la singularité des identités respectives ainsi que les méthodes d’approche différenciées, ils ont néanmoins opté de mettre à contribution quiconque a voulu apporter, à quelque niveau que ce soit, sa contribution à la réalisation de l’événement. En aval, notamment dans l’épilogue de la finition et du dépôt du mémorandum au Parlement européen, toutes les personnalités, toutes les associations, qui ont voulu s’impliquer dans la démarche, quelle que soit l’ampleur de leur aura ou de leur assise dans la communauté diasporique congolaise, ont toutes été dignement prises en considération et ont pu jouer des rôles et missions à la portée respective de chacune. Dans le défilé, sans antagonisme, ni animosité, ni invective, on a pu repérer les logos, écussons et calicots des divers groupes d’intérêts différents ; diverses associations, certes, mais également multiples partis politiques de tous les horizons étaient-là. Preuve, s’il en fallait une, d’un grand mouvement fédérateur ; concourant ainsi au front patriotique commun, qui fit la force des Pères de l’Indépendance à la Conférence de la Table ronde belgo-congolaise, que beaucoup estiment présentement comme impérative et que tous les Congolais appellent également aujourd’hui de tous leurs vœux.

 

Redéfinie et réhabilitée, la Société civile congolaise peut s’affirmer…

 

à foison galvaudée et avilie dans le microcosme politique congolais, la notion de société civile s’y trouve aussitôt réhabilitée par l’originalité, le panache et l’immensité par lesquels s’est illustrée la mobilisation citoyenne du 30 juin 2018 et inscrivent celle-ci à jamais dans l’histoire de libération du Congo. En effet, l’Etat congolais offre machiavéliquement la respectabilité officielle de "société civile" à de nombreux ersatz et promeut ses officines partisanes pour semer la confusion et étouffer la libre réorganisation du peuple pour se prendre en charge face aux grands défis qui lui sont imposés. En battant massivement le pavé bruxellois le 30 juin 2018, la diaspora congolaise a démontré la vitalité de sa volonté à se réorganiser pour stopper avec force les dérives et scandales d’un régime criminel et mobiliser le peuple en vue d’une transition citoyenne vers un Etat de droit. Nul besoin d’instituer une nouvelle structure ! A la Marche du 30 juin, la légitimité à représenter le peuple congolais s’est imposée par l’hétérogénéité des composantes présentes de la société nationale, l’altruisme et la noblesse des buts poursuivis ainsi que par la communauté d’intérêts déjà exprimés par une large fraction de la population.

 

Sache vainqueur tirer profit de ta victoire au moment opportun !

 

Dans la manière dont elle s’est déroulée, la Grande Marche du 30 juin 2018 est, non seulement une victoire inédite de la mobilisation patriotique congolaise, mais aussi une réhabilitation du rôle, qui revient à la Société civile face aux crises politiques. Nombreux de ceux qui ont pris part à la Marche et plus nombreux encore ceux qui n’y étaient pas, souhaitent poursuivre dans l’élan victorieux du 30 juin 2018 et dans la redynamisation de la Société civile congolaise réhabilitée. Faisant écho à la Révolution française de 1789, à la Convention des Congolais de l’Etranger (CCE), nous entendons par Société civile, la volonté d’un peuple à reformer et refonder l’Etat face à un régime qui a failli. Au moment où cette volonté s’est exprimée solennellement et massivement, il sied de saisir l’envolée ainsi lancée pour la rendre résolument irréversible. Car, ce que l’histoire nous apprend est qu’on n’en tire pas les enseignements, qu’elle nous indique.

 

Vincere scis, Hannibal ; victoria uti nescis ! Ainsi, face aux hésitations d’Hannibal de marcher sur Rome, après sa grande victoire sur les Romains à Cannesi, l’un de ses lieutenants, Général Maharbal, chef de la cavalerie numide, ivre de rage et de dépit, lui lança : « On a bien raison de dire que les Dieux n'accordent jamais tout au même homme. Toi, Hannibal, tu sais vaincre, mais profiter de ta victoire, non, tu ne sais pas ! »ii En effet, en histoire, même celle toute récente du Congo, les illustrations de cette réalité sont légion. D’aucuns, médusés et frustrés, se sont notamment demandé pourquoi, après le large accueil populaire positif, qui lui a été réservé, le « Manifeste du citoyen congolais » n’a-t-il pas eu des lendemains qui s’imposaient ? Il est à parier que face aux divagations constantes des politiques, un retour à cet appel semble inéluctable. La réussite de la Marche du 30 juin 2018 recommande encore davantage cette réhabilitation.

 

Que des virtualités en trame de suite logique au succès du 30 juin !

 

Avec légitime assurance, force est de reconnaître que le triomphe de la Grande Marche du 30 juin 2018 remet à l’ordre du jour la réhabilitation du « Manifeste ESILI » comme disposition déjà prête à être mobilisée pour accélérer la campagne d’actions patriotiques pacifiques en vue de liquider la kleptocratie criminelle régnante au Congo par la terreur. Le large rassemblement, sur lequel s’est construit le succès probant de cette Marche, ouvre d’autres horizons à même de diversifier des initiatives, en renforçant leurs effets immédiats et la pression. Il suffit de revisiter les différents slogans et exhortations vociférés ou apposés sur les calicots, qui ont agrémenté et émaillé le trajet, force est de dénombrer, ici et là, moult véritables programmes d’actions d’envergure. Tenant compte du contexte de l’heure, on serait tenté de rappeler, parmi celles qui ont été mises en évidence, l’appel aux Etats généraux de la Société civile congolaise et son corrélat, l’amarrage à la Caravane de la Transition citoyenne. Qui dit caravane sous-entendant une trame d’actions scénarisées en vue d’un dénouement ciblé. Il serait alors avisé de rassembler ces projets des uns et des autres pour les inclure dans un programme commun concerté et de mutualiser les moyens pour mobiliser au maximum et les matérialiser collectivement.

 

Réhabiliter le Manifeste du citoyen congolais ou réinventer la roue ?

 

Ils sont continûment nombreux à accueillir, a posteriori et avec enthousiasme, le « Manifeste ESILI ». On serait tenté d’en déduire l’exaspération largement partagée et la répulsion quasi unanime d’un régime, qui ne vit plus collaboration avec le peuple, mais sur une voie parallèle. Cette impulsion ne cesse de s’amplifier et, corrélativement, l’Appel de Chantilly du 18 août 2017, en exigeant le départ de Joseph Kabila, dont le mandat constitutionnel a expiré depuis le 19 décembre 2016 et exerce le pouvoir en violation flagrante de la Constitution, et en réclamant une transition citoyenne, dont les animateurs seraient désignés à la suite d’une concertation nationale ayant pour mission principale d’organiser des élections crédibles, s’inscrit pleinement dans l’air du temps et fait écho aux chartes, que d’autres conventions postérieures ne cessent de produire. Plutôt que d’y aller dispersés et en se répétant, le moment n’est-il pas venu d’opérer la synthèse et de rechercher le dénominateur commun à toutes ces initiatives semblables pour donner enfin l’image d’un peuple uni face à ses problèmes et interpeller d’éventuels allié d’une même voix. On se saurait être audible et efficace sans cette impérative transmutation !

 

i La bataille de Cannes est une bataille majeure de la Deuxième Guerre Punique qui eut lieu le 2 août 216 av. J.-C.. près de la ville de Cannes située dans la région des Pouilles au sud-est de l'Italie.

 

ii D'après Tite-Live, dans la Deuxième Guerre Punique, op. cit.