Haro sur des élections qui n'apporteront que contestation et instabilité !

Corollaires à la grande Marche du 30 juin 2018

Doléances congolaises à l’Union européenne

 

Mémorandum de la Société civile congolaise au Parlement de l’Union européenne (UE)

 

Mesdames et Messieurs les Députés,

 

La République Démocratique du Congo (RDC) est à la veille d'élections historiques. Depuis l’accession du Congo à l’indépendance en 1960, ces élections doivent consacrer la première alternance démocratique du pouvoir au sommet de l’Etat. Elles marqueront définitivement le retour de ce grand pays meurtri dans le concert des nations démocratiques et permettront d'engager cette jeune nation dans une spirale vertueuse de paix et de développement. Dans le cas où elles étaient une fois encore repoussées ou si elles étaient entachées de fraude, elles seraient une source d'instabilité, ce que personne en Afrique ni dans le monde ne souhaite.

 

Au nom du million et demi de membres que nos associations de la société civile congolaise représentent, mais aussi au nom de tous les Congolais soucieux de rétablir la légitimité et l'Etat de droit au Congo par le biais d'élections crédibles, nous avons l'honneur de vous adresser le présent appel en faveur des élections libres, démocratiques, transparentes et inclusives en République Démocratique du Congo.

 

Il est malheureusement de plus en plus clair que M. Kabila continuera d'user de tous les stratagèmes pour ne pas laisser se tenir de vraies élections qui consacreraient la fin de sa main mise sur la RDC et ses richesses.

 

Tout est mis en place pour des élections qui n'apporteront que contestation et instabilité. Nous en voulons pour preuves :

 

  1. les doutes savamment entretenus quant à une possible candidature à un troisième mandat inconstitutionnel de monsieur Kabila ;

 

  1. l’introduction d'une machine à voter incontrôlable et un fichier électoralcomprenant 7 millions d’électeurs non identifiés ;

 

  1. l’instrumentalisation de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) et de la Cour Constitutionnelle ;

 

  1. l’instrumentalisation de la Justice pour exclure du processus des candidats gênants ;

  2. les violations systématiques des droits humains notamment la répression violente des manifestations pacifiques, les arrestations arbitraires des membres des mouvements citoyens, et le maintien en détention des opposants politiques.

 

Nous sommes des citoyens congolais, républicains et patriotes. A ce titre, nous sommes conscients qu’il revient avant tout aux Congolais de se mobiliser et de se battre pour défendre leurs libertés civiles et politiques.

 

Face à la prise en otage de nos institutions par nos propres dirigeants, et parce que les conséquences d'un écroulement de l'Etat auraient des retombées tragiques bien au-delà de nos frontières, nous avons décidé de reprendre l'initiative et de solliciter tous les acteurs et partenaires du Congo en mesure de jouer un rôle dans la sauvegarde de notre démocratie et de nos élections.

 

A ce titre, nous demandons à l'Union Européenne, qu’en conformité avec ses valeurs et ses aspirations, elle pèse de tout son poids afin de soutenir la tenue de vraies élections en RDC, notamment :

 

  1. en annonçant un arsenal de sanctions pour dissuader les adversaires de la tenue d'élections libres en RDC (gels d'avoirs, blacklist financière, interdiction de visa, etc...) ;

 

  1. en publiant une liste préliminaire d'individus à sanctionner en cas d'échec ou de blocage du processus électoral ;

 

  1. en étant inflexible sur la question du troisième mandat de M. Kabila, sur l'utilisation de la machine à voter ou sur un éventuel troisième report de la date des élections ;

 

  1. en annonçant des mesures judiciaires devant les instances appropriées contre tout responsable, civil ou militaire, qui ordonnerait, tolérerait ou couvrirait des actes de violence et des campagnes de répression contre les populations civiles dans le cadre de l'exercice de leurs libertés citoyennes.

 

Nous pensons que l'adoption de ces mesures sera de nature à décourager les partisans d'une stratégie de l'escalade et de sabotage du processus électoral. Appliquées immédiatement, ces sanctions permettront également de sauver des vies congolaises à l'heure où une grande partie de la population est mobilisée à l'appel de l'église catholique, des partis d'opposition et des mouvements de la société civile, et s'apprête à reprendre les marches pacifiques pour réclamer de vraies élections. En affirmant clairement qu'il n'y aura dorénavant pas d'impunité en cas de violences perpétrées contre des manifestants pacifiques, l'Europe jouera un rôle central et capital dans le renforcement de la démocratie en RDC et dans le rétablissement de la paix dans notre région.

 

Prises dans le contexte européen, ces mesures ne constituent en aucune manière une forme d'ingérence dans les affaires d'un État que nous revendiquons comme souverain. Il s'agit plutôt d'un alignement de la politique européenne à ses valeurs et à l'intérêt que constitue pour elle une Afrique stabilisée, démocratique et génératrice de croissance et de mieux être social à même de stopper notamment le drame de l’immigration.

 

Mesdames et Messieurs les Députés,

 

Avec plus de 13 millions de Congolais nécessitant une assistance humanitaire, près de 5 millions de déplacés internes, 700.000 réfugiés dans les pays voisins, 400.000 enfants menacés de famine au Kasaï, des dizaines de fosses communes découvertes dans le pays et des massacres réguliers à l’Est du Congo, le martyre du peuple congolais est sans commune mesure avec tous les drames qui secouent le monde.

 

Le destin d’une grande et jeune nation se joue sous vos yeux.

 

Les signataires, membres de la société civile congolaise :

 

  1. Pour Les Congolais Debout (LCD),

            Mr Sindika Dokolo, Initiateur

 

  1. Pour la Convention des Congolais de l’Etranger (CCE), 

           Mme Severine Tshimini Mbuyi, Présidente

  

  1. Pour Aide Secours au Congo (ASC), 

             M. Joseph Lukelu, Sécretaire général

 

 

  1. Pour la Stichting Afropees Initiatief, 

             Mme Micheline Dembo Ayaki, Présidente