Processus d’amarrage et d’agrégation par chaîne d'événements

Caravane pour fédérer et promouvoir la Transition citoyenne au Congo

 

Il est impérieux et urgent que les Congolais eux-mêmes préparent une alternative sérieuse et crédible face à l’agitation et aux pressions inédites, qui prennent désormais en étau la Kabilie. Face à l’entêtement et au grand bluff d’un régime déterminé à user de tous les subterfuges pour se maintenir au pouvoir, un coup de force - y compris militaire - semble plus que probable. A l’instar de ce qui s’est passé en Irak, en Libye ou en Egypte, un tel scénario avant les élections ouvrirait la voie aux querelles de leadership et à l’anarchie. C’est pour conjurer une telle catastrophe et canaliser le forcing en cours à l’international vers une solution congolaise qu’il est judicieux de préparer à froid par une option à même de rassurer et convaincre toutes les parties prenantes au dossier congolais. Une transition politique technique et consensuelle, pour préparer sereinement des élections crédibles dans un climat apaisé et de compromis, en est une.

 

Mais, une telle solution ne s’imposera que si elle s’opère au sein du cadre neutre et consensuel qu’inspire, à l’instar de la Conférence Nationale Souveraine (CNS), de 1990 à 1992, les Etats-Généraux de toute la Société civile, au plein et authentique sens du terme ; c’est-à-dire, le rassemblement volontariste, en vue de concertations et de compromis, des délégués représentant toutes les forces vives de la Nation. Ici et là, l’élan a été pris par divers groupes et le processus est déjà palpable sous forme de plusieurs projets probants de charte de ladite transition. Au propre, comme au figuré, ce sont des actions publiques en chaîne, de grande ampleur, collégialement organisées et jouissant de participation massive - un peu à la manière de la Marche du 30 juin à Bruxelles sous l’égide de Sindika Dokolo - jusqu’à la tenue des Etats-Généraux ouvertement parrainés par d’autres pays, constitueraient cette caravane. Ce qui implique, parallèle à la mobilisation des Congolais, la quête en amont des pays et institutions internationales comme parrains, soutiens politiques, diplomatiques et financiers. D’où, la mise en place, hic et nunc ou le plus rapidement possible, d’une commission technique de lobbying.

 

  1. Du concept à la faisabilité

 

Evidente depuis les élections chahutées de 2011, le principe d’une transition technique en République démocratique du Congo (rdc) a fait du chemin, conquis Société civile et partis politique pour s’imposer aujourd’hui comme la seule voie crédible pour apurer le contexte politique, apaiser le climat social et amorcer un processus électoral crédible dans une ambiance de sérénité, de sécurité et de concorde. Au propre, comme au figuré, la Caravane de la Transition citoyenne s’apparente ainsi à un mouvement fédérateur expressément inclusif, à une chaîne d’actions publiques organisées collectivement en visant un front patriotique politiquement neutre pour rallier et rassembler le plus largement possible. L’épilogue du processus devant s’évanouir dans le déroulement solennel, dans un Etat allié et parrain, les Etats-Généraux de toute la Société civile congolaise. De ces assises sortiraient Charte, institutions de transition ainsi que leurs animateurs. Ainsi légitimés par des cérémonies aussi révérencieuses, les institutions et leurs animateurs issus des assises aussi solennelles seraient plus à même, non seulement de contester, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, la Kabilie, mais également de représenter le peuple congolais souverain là où le sort du Congo et la crise congolaise font objet du débat.

 

Ici et là, notamment aux Etats-Unis avec l’élection de l’Administrateur de la Transition sous l’égide du Professeur Jean Bele et avec l’Eveil patriotique live sous l’impulsion de la Congolese Community of the United States (CCUS) ou en Europe avec la Coalition des Congolais pour la Transition sans Kabila (CCT), avec le Groupe International de Réflexion et d'Actions pour la RDCongo asbl (GIRAC), avec le Conseil National de Transition citoyenne (CNTC) ainsi qu’avec la Convention des Congolais de l’étranger (CCE), d’alléchantes initiatives ont émergé et plusieurs ont débouché sur des sessions d’une certaine ampleur et l’adoption des chartes de transition subtilement raffinées. Jadis lanceuse d’anathèmes, toujours encline à diaboliser et à diviser la communauté, même l’Alliance des Patriotes pour la Refondation du Congo (APARECO) d’Honoré Ngbanda Nzambo Ko Atumba s’est aussi illustrée dans cette veine avec son appel à la constitution du « Front du Salut public » pour sortir la RDC de l’ornière. Des initiatives, qui font sûrement écho aux mobilisations qu’opèrent, chacun à sa manière, Sindika Dokolo avec son « Les Congolais debout » et Dr Denis Mukwege avec son solennel Appel à la Transition citoyenne.

 

En effet, comme l’a bien formulé M. Ngbanda, et parfois repris par Sindika Dokolo, la politique c’est l’art du moment. Et, pour peu qu’on soit un peu réaliste et qu’on ait conscience des patents déséquilibres des forces en présence, être dans l'air de son temps aujourd’hui pour un Congolais consiste impérativement à privilégier le rassemblement, l’union, le front patriotique commun ; si on veut, en minimisant nos criantes faiblesses, honorablement faire face à des ennemis si bien organisés, si complexes et si déterminés à nous maintenir dans la désorganisation et le chaos, dans le dénuement, dans l’humiliation et dans l’esclavage. Dans cette perspective, toutes les initiatives en faveur de la transition sans la Kabilie sont à conjuguer résolument en un processus cumulatif des synergies collectives, d’amarrage volontariste à un seul noyau et d’agrégation par des actions symboliques minutieusement ciblées, visant un front commun expansif jusqu’à l’organisation collégiale des assises nationales solennelles dans un pays allié, à dessein choisi pour parrainer, non seulement ces assises, mais aussi leurs résultats en termes d’institutions et animateurs de la transition formatés pour mener la vie dure à la Kabilie à tous les niveaux. D’où ce vibrant appel à nous amarrer tous à la Caravane de la Transition citoyenne, sans la Kabilie.

 

  1. Prendre en compte le contexte

 

Sur Internet, une dame blanche, parlant parfaitement Lingala et affichant un haut niveau de culture et de réflexion, s’est récemment émue jusqu’aux larmes de l’impasse tragique dans laquelle patauge le Congo. Elle a saisi l’occasion pour fustiger et s’indigner de la légèreté affichée continûment par les Congolais eux-mêmes ; qui passent le plus clair de leur temps dans des frivolités, dans une vie toute de cérémonial et de divertissement, dans des bals, dans des badineries, des collations, de basses chamailleries loin de réaliser qu’ils ont aujourd’hui, avec la reconnaissance internationale de l’illégitimité et de l’illégalité des institutions d’occupation, l’ultime occasion de stopper le processus en cours de balkanisation et de liquidation de leur pays.

 

Mais, au-delà des aspects spécifiquement politiques, le tableau social est profondément très sombre. Depuis un peu plus de vingt ans, une bonne partie de la population congolaise est en migration constante. Souvent chassée de ses terres, elle ne peut non plus pas travailler pour survivre. M. Filippo Grandi, Haut-Commissaire des Nations-Unies pour les Réfugiés (HCR), avançait à plus d’un million le nombre de réfugiés congolais en situation d’extrême précarité errant dans des pays voisins pour fuir les horreurs imposées par la multiforme soldatesque de la Kabilie. Près de 55 % d’entre eux sont des enfants, dont beaucoup ont passé les frontières non accompagnés ou séparés de leurs parents. Selon un communiqué du HCR rendu public en octobre 2017, l'explosion du nombre de personnes déplacées au Congo même est alarmante. Le chiffre, qui a plus que doublé depuis 2015, en seulement deux ans, passe désormais à plus de 4 millions de personnes. Des massacres, d’une cruauté insoutenable, se poursuivent en Ituri, à Béni, à Butembo et dans les Kasaï. L’insécurité est totale sur tout l’ensemble du territoire congolais.

 

Quelles élections peuvent résoudre les problèmes à multiples équations tragiquement posés dans un contexte aussi nébuleux qu’anxiogène ? Tout porte à redouter que la classe politique congolaise, déjà frappée par un large discrédit suite d’incessants accords sans lendemain, ne se livre à nouveau à la prolifération des machinations machiavéliquement combinées pour entretenir le statu quo. Ainsi que le contexte international l’encourage en ces moments, il faut un mouvement fort, non seulement de contestation d’illégitimité et d’illégalité aussi bien des institutions que de leurs escrocs animateurs ainsi que d’un processus électoral vicié d’avance, mais aussi une proposition claire et fiable de transition, à même de se légitimer elle-même par la procédure de sa matérialisation et dont les résultats s’avéreraient opposables à tous. D’où le besoin et l’urgence d’un processus « attrape-tout » pour coaliser tous les fronts favorables au rejet du processus électoral déjà dévoyé en cours sous la direction du régime d’occupation, à la transition sans la Kabilie et aux assises solennelles pour débattre, de manière consensuelle, du contenu, de la durée, des institutions et des animateurs de cette transition citoyenne.

 

  1. Privilégier le rassemblement inclusif au sein de la Société civile

 

Par Société civile, nous entendons la volonté exprimée, à un moment donné, par un peuple souverain désireux de s’organiser pour se prendre lui-même en charge devant la faillite de l’Etat. Actuellement au Congo, en effet, la classe politique a largement déçu les espoirs de la communauté nationale et abusé de la confiance du peuple. La Société civile congolaise émerge ainsi comme voie de concertation pour se réconcilier, bâtir et légitimer un nouveau pacte social. Elle a des atouts essentiels pour aiguillonner cette impérieuse et urgente transmutation.

 

En effet, l’histoire récente du Congo n’est que riche en illustration d’initiatives citoyennes salutaires à l’actif de la Société civile congolaise. Depuis les crises des années « 90 » jusqu’à l’heure actuelle, c’est elle qui a toujours fait preuve d’un engagement patriotique sans failles, d’un zèle exemplaire, d’abnégation héroïque et de sacrifices constants, parfois jusqu’au martyr. Qu’il s’agisse de la défense des droits de l’homme, de la santé, de l’environnement, de l’éducation ou du développement, la Société civile a toujours montré, non parfois sans risque, un engagement admirable. Cette Société civile se décline également en termes de diaspora.

 

La diaspora congolaise n’a cessé de s’illustrer par ses moult formes d’engagements passionnés aux côtés du peuple congolais. Concrètement, la diaspora congolaise s’est distinguée dans les transferts d’argent pour soutenir des familles en détresse, par diverses marques de soutien à la lutte du peuple, par des dénonciations des crimes du régime de Kabila, par le lobbying auprès des chancelleries et institutions internationales en faveur de la pacification et de l’alternance au Congo. Autant d’actions, qui témoignent d’un engagement patriotique incontestable et rendent la diaspora légitime pour prendre des initiatives au niveau national ; à l’instar de celle des Etats-Généraux de la Société civile congolaise. La diaspora a surtout l’avantage de faire peu cas des considérations partisanes et, depuis qu’elle a pris conscience des affres de nos divisions, ses efforts en quête du rassemblement inclusif et du front patriotique commun sont tangibles.

 

Dans les circonstances actuelles d’éclatement politique et de vive méfiance réciproque, un tel front commun n’est instantanément envisageable autour d’aucun parti politique, ni plate-forme électorale. Seule, la Société civile, au vrai sens du terme, peut rassurer en ouvrant ses portes aux personnes de tous horizons et notamment à celles et à ceux qui rejettent le processus électoral truqué en cours et réclament aujourd’hui une transition à même d’organiser la réconciliation nationale ainsi que la réconciliation du peuple avec les institutions régaliennes du pays. Contre des considérations partisanes, la Caravane de la Transition citoyenne mutilera également toutes les barrières érigées en raison de tout autre critère favorisant discrimination et division entre Congolais. A dessein, le choix et le privilège portés sur la Société civile sous-entend l’ouverture à tous les Congolais, dès lors qu’ils souscrivent, à l’exemple des Pères de notre Indépendance nationale, à la quête d’un front patriotique commun ; donc, aux acteurs politiques également.

 

  1. De la Caravane aux Etats-Généraux de la Société civile congolaise

 

Sachant que son épilogue devrait consister en la tenue des Etats-Généraux de la Société civile congolaise, dont sortiraient institutions de transition et leurs animateurs, la Caravane de la Transition citoyenne (sans la Kabilie) peut se concevoir en au moins deux processus parallèles :

  • un processus public articulé, d’une part, autour d’actions concrètes de mobilisation et de rassemblement, telles que la Marche du 30 juin 2018 sous la houlette des Congolais debout, d’autre part, autour des conférences d’information, de sensibilisation et de promotion et de persuasion sur le bien-fondé du principe même de la « Transition citoyenne » face au chaos institutionnel machiavéliquement ourdi par la Kabilie. Ce qui correspondrait à ce que Dr Denis Mukwege, Professeur André Mbata Mangu et leur collègue Alphonse Maindo ont amorcé à Bruxelles par la conférence du 26 mai 2018 ;

  • un versant technique et discret, consistant en des approches de proximité par des réunions de concertation avec des groupes et des personnes minutieusement ciblés, par le lobbying auprès des chancelleries et des institutions internationales pour convaincre, certes de la pertinence de la « Transition citoyenne » proposée, mais aussi et surtout dans la recherche des soutiens logistiques, politiques, diplomatiques et financiers indispensables à la matérialisation dans des conditions optimales du projet. Ce qui implique la mise en place d’une commission ad hoc, assez bien préparée et outillée pour s’acquitter, avec compétence et efficacité, des démarches diplomatiques et lobbying.

 

Les Etats-Généraux de la Société civile congolaise eux-mêmes sont à concevoir comme assises nationales, parrainées par au moins un Etat souverain et une organisation internationale de premier plan et se déroulant sur un laps de temps suffisamment approprié pour permettre des débats à même d’aboutir à des compromis, non seulement sur les institutions devant gérer la transition, mais également sur le profil et le choix démocratique de leurs animateurs. Les objectifs, impartis aux assises ainsi visées, s’articuleraient autour des thèmes focaux suivants :

 

  • contester légitimité et légalité du régime échu et honni par le peuple congolais ;

  • faire émerger de représentants temporaires de la Nation et les doter des atouts appropriés pour qu’ils défendent le Congo et son peuple dans le concert des nations ;

  • recréer la cohésion nationale et un élan de dynamique inclusive des forces vives de la nation congolaise pour conjurer ainsi de nouvelles velléités impérialistes ;

  • contenir momentanément les ambitions politiques excessives et exacerbes des certains pour mieux préparer les conditions d’une saine compétition démocratique génératrice d’alternance pacifique, crédible et durable ;

  • concevoir la charte devant régir la transition dans la concordance et dans l’harmonie ;

  • définir et constituer les institutions de transition opposables à tous ;

  • élire et légitimer de façon incontestable les animateurs des institutions de transition ;

  • élaborer un programme minimum de redressement du pays et de mandat de transition.

 

  1. Logistique et structure organisatrice des Etats-Généraux

 

Dans le contexte actuel de dénuement des Congolais, les institutions de transition ou de contestation de la Kabilie, sans parrain étatique d’envergure, seraient un non-sens ou un stupide coup d’épée dans l’eau. Tout processus vers les assises de portée nationale visant des institutions parallèles pour contester valablement la Kabilie doit chercher avant tout des cautions politiques et financières à la hauteur des enjeux. Seul un Etat souverain, acquis à la cause du peuple congolais au point d’hypothéquer ses intérêts bilatéraux immédiats, peut prendre le risque d’offrir un cadre serein au déroulement efficient de ces Etats-Généraux de la Société civile congolaise. Ce qui implique, en amont, des démarches audacieuses et assidues pour en trouver un. Mais, quel profil et quels critères pour constituer une commission compétente et motivée pour marchander, en contrepartie, le rôle médian des Congolais dans l’accès aux richesses de leur pays ? Une chose est sûre : tout et n’importe qui vont se bousculer aux portillons.

 

Tirant les leçons, que dicte cette pertinente observation préalable, il faut concevoir la structure organisatrice des Etats-Généraux de la Société civile congolaise sous deux angles. Un angle officiel, arboré sous forme de l’habituel comité d’organisation. Un angle sous-jacent, à énoncer alors, entre autres, en termes de Commission technique de promotion du projet. Chargée du lobbying et d’approcher des chancelleries dans l’optique des démarches hautement diplomatiques, la Commission technique de promotion du projet aurait une existence discrète, le profil et l’activité de ses membres resteraient ésotériques. Mais les résultats de son travail serviraient de base à l’évolution du processus et à l’ultime décision sur la tenue ou pas des assises.

 

  1. Profil, critères et modalités de participation aux Etats-Généraux

 

Certes, les Etats-Généraux de la Société civile congolaise s’adressent et sont ouverts, sans exclusive, à toutes les forces vives de la Nation congolaise ; mais ils ne peuvent courir le risque de s’exposer aux diktats des certains groupes congolais de pression dont le discernement sur les stratégies politiques reste souvent un épineux sujet à caution. Comment s’ouvrir à tous sans s’exposer aux anathèmes et diabolisation de celles et ceux qui ne conçoivent l’action politique dans le champ congolais que selon leurs seuls prismes respectifs d’approche ? Telle est la périlleuse gageure que doivent relever ceux qui oseront s’engager résolument dans cette ambition. L’acuité et le paroxysme dorénavant atteints aujourd’hui par le marasme dans lequel le Congo patauge depuis des lustres prouve à satiété qu’il règne dans notre communauté congolaise un si fort esprit de clocher et une si vive propension à se détruire mutuellement que, pour la libération effective du pays de l’emprise draconienne, qui l’étreint aujourd’hui, il faudra compter avec la féroce résistance tragiquement inconsciente des tenants de l’obscurantisme.

 

En effet, le réseau associatif diasporique congolais est fort émietté. Dans chaque pays, les associations congolaises se comptent par centaines et elles sont secouées par des querelles intestines. Malgré les efforts déployés ici et là, elles ne parviennent pas à parler d’une même voix, pour qu’elle soit plus forte, pour être audible ; surtout lorsque nous sommes confrontés aux problèmes les plus graves frappant la Mère-patrie. Le réseau associatif congolais est traversé par des clivages de toutes sortes. Certes, face à la menace de plus en plus précise de liquidation du Congo, les vieux clivages entre ethnies tendent à s’attiédir. Mais, corrélativement et alimentés par des enjeux émergents, d’autres surgissent et prennent même plus d’envergure que jamais. Il suffit de penser aux clivages entre les divers groupes professionnels, entre les pseudos combattants et les autres Congolais, sans compter le fossé s’accentuant entre les générations.

 

Manifestement, il manque à la diaspora congolaise la conscience collective, le sentiment de constituer une même communauté nationale malgré sa diversité. Ce qui a tendance à influer fortement sur le sentiment et la mobilisation patriotiques. Le déficit du patriotisme et le manque d’un leadership politique ou moral crédible constituent autant de facteurs explicatifs de ces errements. Le péril, devant lequel se trouve la Nation, ne pourra pas être surmonté si les Congolais, particulièrement dans la diaspora, ne parviennent pas à se donner une certaine unité de vues et à poser les jalons d’une relative cohésion ; inspirée par un sentiment patriotique aigu. La participation aux Etats-Généraux de la Société civile offre une occasion d’imaginer critères et modalités à même de forger ce sentiment. A titre indicatif, on peut d’ores et déjà avancer que la représentativité par juridiction politique et la contribution financière forceraient les Congolais à s’organiser. Mais il revient au Comité organisateur d’aller en profondeur sur ce sujet.

 

  1. Mission impartie aux Etats-Généraux et résultats escomptés

 

Une transition sans la Kabilie a pour objectif capital la préparation et la tenue des élections dans des conditions susceptibles de les rendre crédibles et d’ouvrir une ère de reconstruction et de paix nationales. Mais une telle transition pose le problème préalable de neutraliser le régime régnant. Comment s’y prendre face à une dictature qui détient tous les leviers du pouvoir ?

L’actualité et la situation de l’heure font ressortir les constats et critères d’analyse suivants :

  • à part la Constitution et le souverain primaire, aucune autre institution, ni autorité, à mandat électif n’est plus à même de se prévaloir de la moindre légalité, encore moins de la légitimité, au Congo après le 19 décembre 2016 ;

  • corrompu et largement désavoué par le souverain primaire, le régime de Joseph Kabila est le principal problème qu’il est urgent de résoudre ;

  • désormais dépourvu de toute légalité, le régime était déjà initialement frappé d’une large illégitimité ;

  • coupables d’ineptie et de prévarication qualifiées, les titulaires sortants des institutions ne peuvent prétendre au moindre rôle dans la transition politique ainsi ouverte.

 

Dès lors, la Kabilie ne se retrouve pas seulement en porte-à-faux avec la Constitution et les lois congolaises, elle l’est également par rapport aux lois, chartes et droit internationaux. Organiser des institutions parallèles pour contester le régime en cette situation chaotique intenable s’impose donc comme voie à même d’accélérer sa chute en s’appuyant sur le droit.

 

En effet, à cette situation exceptionnelle, un régime spécial s’impose sous forme d’une transition citoyenne. Un tel régime est alors à concevoir en référence à l’histoire du pays lui-même et dans la finesse de la stratégie politique. Prenant en compte la complexité de la conjoncture politique nationale et internationale du moment autour de la Kabilie ainsi que la dangerosité générale de la situation sécuritaire, cette transition peut se concevoir selon des axes focaux suivants :

  • pouvoir et institutions parallèles, non seulement symboliques, mais surtout de combat, comme moyens de contrer et défaire le régime rejeté ;

  • réunir toutes les forces de la Nation pour explorer ensemble et démocratiquement quelles institutions sont nécessaires pour conduire efficacement la transition ;

  • des mesures urgentes lucides et concrètes pour asseoir, le plus rapidement possible, ce pouvoir et ces institutions de transition ;

  • il y a alors, parmi les institutions, qui s’avèrent aussitôt impératives pour la transition :

 la Haute autorité morale de transition ;

une Chambre parlementaire unique ;

un Gouvernement de salut public ;

une nouvelle Commission Électorale Nationale Indépendante ;

un nouveau Conseil constitutionnel ;

des chefs de mission diplomatique dans les principaux pays partenaires du Congo.

 

Ces derniers auraient en outre la mission de canaliser la vitalité en pleine effervescence dans la diaspora actuellement. Pour prévenir et conjurer les germes de division, il serait judicieux de laisser à chaque communauté diasporique nationale respective le soin de se réunir pour se choisir démocratiquement le chef de la mission diplomatique dans sa propre juridiction.