Floribert Anzuluni

Explique la démarche

Georges Kapiamba déterminé

Professeur André Mbata, l'un des initiateurs de la rencontre

Ntumba Luaba à la CENI

Ntumba Luaba remettant le « Manifeste du citoyen congolais » à la CENI

A quoi ou avec quoi rime le « Manifeste du citoyen congolais » ?

Le « Manifeste du citoyen congolais »

 

ne sera-t-il pas une ritournelle de plus, sans lendemain ?

 

Adopté le vendredi 18 août 2017, à Paris, à l’issue d’un conclave de la société civile congolaise, le « Manifeste du citoyen congolais » dessine bien de perspectives, mais assez contrastées, et la réflexion pèche par un brin de naïveté. En préconisant une transition sans le dictateur et une concertation nationale pour le remplacer, il aurait fallu s’appesantir aussi sur la manière de se débarrasser d’un régime de répression solidement ancré et sur la récupération de l’impérium. A cet égard, les conclusions de Chantilly témoignent davantage des insuffisances, des vices tactiques et de la hâte d’un groupe pressé de s’afficher que d’agir efficacement. Pourtant, même si le texte définitif ne le reflète pas assez, le Manifeste est un document élaboré avec le sérieux que l’on peut imaginer d’une retraite de trois jours d’intenses réflexions, dans le secret et dans la tranquillité studieuse de la banlieue nord-parisienne, à Chantilly. Succédant, entre autres, à la Charte de Genvali, la procédure laisse cependant cet accablant sentiment du déjà vu et d’un brin de pessimisme. Alors, ce « Manifeste » sera-t-il une ritournelle de plus, sans lendemain ? Chantilly remplace-t-elle, complète-t-elle ou régénère-t-elle Genval ? Contrairement à Genval, Chantilly n’a pu bénéficier d’une figure tutélaire que pouvez représenter Etienne Tshisekedi ; et même au niveau de la société civile, Chantilly n’a pas non plus ratissé assez large pour imprimer une juste légitimité à ses résolutions. Toutefois, une assise a été posée ; elle ouvre d’autres horizons.

 

Grâce à Chantilly, le soulèvement populaire a enfin un contenu concret !

 

Malgré tout, les conclusions de la rencontre de Chantilly s’appuient sur le vibrant Appel de la prestigieuse Eglise catholique, invitant solennellement au « soulèvement populaire »ii, invoquent légitimement la mise en application de l’article 64 de la Constitution congolaise, en insistant sur l’alinéa 1 pour exiger tout légalement le départ de M. Kabila de la Présidence de la République, dont il n’a plus mandat depuis le 19 décembre 2016, et, enfin, appellent à une « transition citoyenne », sans kabila, dont les animateurs ne seraient pas candidats aux élections à organiser. Difficile d’imaginer plus alléchante formulation ! Mais, selon quelles modalités et avec quels moyens, faire partir un régime régnant par la répression depuis des décennies sur une population désormais en débandade suite aux épurations ethniques à large échelle et, actuellement, avec tout le territoire national en état de siège : liberté d’expression et manifestations réprimées à coups de canon ? Tenter de répondre à cette question, c’est rechercher la vraie résolution de la crise congolaise. Chantilly ne l’a pas fait. Elle s’illustre néanmoins par une lueur de pragmatisme en donnant enfin un contenu concret au slogan, tant entendu, de soulèvement populaire ; que certains plébiscitent comme la voie royale, à même d’apporter la libération et la démocratisation du Congo. Nous, nous aurions tendance à en douter l’efficacité et à en redouter la boucherie humaine supplémentaire en perspective et, cette fois-ci, dans des proportions hallucinantes. S’il y a d’autres alternatives, le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?

 

Se laisser protéger pour prévenir une boucherie humaine de plus au Congo

 

Toujours divisée sur la question congolaise, la communauté internationale l’est encore davantage aujourd’hui qu’elle ne l’a jamais été. Mais le tout, en définitive, n’est que question des rapports de forces. En ce qui concerne le Congo, aujourd’hui comme jadis, la position américaine reste toujours prépondérante. Et, sans ambages face au paroxysme de la crise congolaise en cours, les Etats-Unis sous l’administration Trump, par les interventions de Niki Haley à l’ONU, se sont déjà exprimés sur l’approche qu’ils croient idoine en perspective de sa résolution. En effet, à peine en poste et à la suite d’un accablant réquisitoire à l’encontre de la MONUSCOiii, Mme Haley avait invité l’ONU « à la décence et au bon sens pour en finir enfin avec un gouvernement, qui inflige des comportements prédateurs à son propre peuple »iv. Autrement dit, bien que plantureusement budgétivores, les casques bleus en RDC ne sont pas à la hauteur du défi. La très pugnace Ambassadrice américaine penche ainsi en faveur d’un mandat complémentaire au Congo ; celui d’impositionv de la paix ; inspiré par le chapitre 7 de la Charte et préconisant une mission coercitive pour neutraliser la kleptocratie régnante, liquider le régime prédateur et rétablir la paix par la force. Ce qui relève du bon sens le plus basique et on ne peut qu’applaudir Mme Haley. Mais, concrètement, comment appuyer l’Ambassadrice américaine dans cette approche salutaire ?

 

Dépasser Genval et Chantilly par la coalition la plus représentative possible

 

Après les fourvoiements, parfois inconsidérés et maintes fois répétés, du Rassemblement des Forces politiques et Sociales acquises au changement en RDC (RASSOP) par ses manquements dans les négociations, du reste souvent maladroitement engagées, et de la Conférence épiscopale nationale du congo (CENCO) qui, par naïveté ou par manque de vision, n’ont jamais pris des décisions adéquates aux circonstances et ont lamentablement raté les occasions respectives de « penalty » qui leur ont été offertes, il est impérieux qu’émerge une nouvelle force politique, suffisamment fédératrice, représentative et assez légitime pour être reconnue par la communauté internationale et pouvoir engager le pays auprès du Conseil de sécurité de l’ ONU. Forcément, cela implique que Chantilly et Genval fusionnent en intégrant ouvertement et solennellement la CENCO dans un processus hétéroclite « attrape-tout » grande nature. Compte tenu des carnets d’adresses que peuvent mettre ensemble Moïse Katumbi, Sindika Dokolo et la CENCO à la fois, l’alliance a de quoi faire pâlir le régime. Toutefois, retourner des alliances et réussir à faire dégager Kabila et les réseaux multinationaux, qui le portent sous l’égide directe des clans Clinton et Blair, voilà qui s’avère une gageure d’autant plus difficile à relever que la décrépitude du RASSOP est bien réelle et très avancée. Se liguer, au-delà des cercles politiques classiques, pour envisager un nouveau départ s’impose inéluctablement ; si on tient encore à l’alternance !

 

Rassembler le plus largement possible et se liguer pour plus de légitimité d’action

 

Combattre une dictature, quelle qu’en soit la tyrannie et l’emprise, par des moyens pacifiques dans le monde interdépendant d’aujourd’hui et, désormais, minutieusement régi par le droit international, n’est plus une illusion. Tout en excluant pas les autres moyens de lutte préconisés ici et là avec plus ou moins de lucidité, de cohérence et d’aplomb, la question est surtout de savoir comment mettre la conjoncture générale à contribution et faire le recours approprié aux leviers juridiques à disposition. Qu’on se le dise sans ambages, en son temps, investie dans le prestigieux rôle de médiateur et auréolée d’un prestige sans précédent auprès des divers paliers de la gouvernance internationale, la CENCO aurait pu jouer d’autres cartes au Conseil de sécurité de l’ONU, auquel elle avait solennellement accès, que ses plates complaintes de gaminerie. Hélas ! Le prestigieux gouvernement du catholicisme congolais n’aura plus ce statut et ce privilège dans le processus en cours. Néanmoins, face à la médiocrité régnante en stratégie dans les milieux politiques congolais et à l’indiscutable postulat de pays décapité de son auto-détermination par l’occupation, le bien célèbre « plan B » de la CENCO, jadis théâtralement brandi, aurait dû être, à l’instar du Kosovo en 1999vi, l’interpellation du Conseil de sécurité de l’ONU en faveur d’une mission d’administration onusienne intérimaire à même de liquider et nettoyer les institutions noyautées pour réhabiliter le souverain primaire dans son rôle et aller aux élections dans de bonnes conditions. Se désolidarisant avec mépris des laboratoires diasporiques, qui ne cessaient de lui prodiguer des conseils appropriés, mal conseillée et tactiquement mal inspirée, la CENCO, comme bien d’autres organisations opportunistes congolaises, ne pouvait que rater, et lamentablement, son coche, son rendez-vous avec l’histoire. Faut-il en rester là ?

 

Se légitimer pour se substituer aux institutions caduques de la 3ème République

 

Ce que l’histoire nous apprend, est qu’on en tire jamais les enseignements qu’elle nous prodigue ! En effet, comment ne pas voir dans l’échec de ce « plan B » de la CENCO la grande occasion manquée de conduire le Congo à la libéralisation de l’espace politique et à l’alternance démocratique si recherchées ? Si ! Mais l’occasion manquée également par la faute de l’opposition politique, du RASSOP notamment ; qui, au lieu de contraindre les animateurs des institutions hors mandat à la démission à l’échéance constitutionnelle, il choisit, à la surprise déstabilisante du peuple mobilisé, piteusement l’hilarante compromission. D’une part, le régime échu a ainsi pu conserver l’impérium et maintenir son contrôle sur la situation et, d’autre part, les masses congolaises n’ont pu trouver, au niveau collectif et politique, les moyens de s’opposer à l’état de siège dont il fait désormais l’objet. Toutefois, à quelque chose, le malheur peut être un avantage ! En effet, l’échec de l’Accord de la Saint-Sylvestre redistribue différemment les cartes et les errements d’hier peuvent être remédiés. Partant des résolutions du conclave de Chantilly et tenant compte du chaos institutionnel inédit, on peut estimer le contexte propice à une assez large coalition des forces vives de la Nation pour se légitimer devant le peuple souverain, se substituer à des institutions frappées d’illégalité et se propulser en représentant légitime du pays. Ce n’est que dans cet élan qu’une nouvelle structure peut émerger, avec assez force, pour représenter le Congo dans le concert des nations et revendiquer, auprès des pays tiers, qui le peuvent sous mandat onusien, entre autres, une mission coercitive urgente pour stopper les massacres et rétablir la paix au Congo.

 

Face à la résistance des « diabolisateurs », l’initiative risque de tourner court

 

Loin d’être l’aboutissement, que d’aucuns voudraient ici et là mettre allègrement en exergue, le « Manifeste du citoyen congolais » s’apparente davantage à une nouvelle étape de maturation dans le combat de libération du peuple congolais et pour la démocratisation du pays. Une rampe de lancement qui ouvre diverses perspectives d’actions prometteuses. Mais, dans la manière dont les résolutions ont été formulées, certaines des perspectives ouvertes risquent de se contredire et déboucher sur des paralysies et des impasses. Il est peu probable que les clarifications et les réorientations, qui s’imposent, viennent des signataires du Manifeste ; dont le poids politique insuffisant est également un handicap majeur. Pour entrer réellement dans l’histoire, le Manifeste du citoyen congolais a besoin de ratisser plus large ; en se muant en un mouvement hétéroclite, ouvert à tous ceux qui souscrivent au changement, à même de se nourrir de toutes les questions pendantes pour acquérir le maximum de représentativité et d’opposabilité à tous. Il faudrait alors compter avec la résistance des tenants de l’immobilisme, les spécialistes invétérés des anathèmes et de la diabolisation tous azimuts. L’expérience a démontré qu’ils sont nombreux et peuvent bloquer bien d’initiatives. Toutefois, l’essentiel finalement, c’est de ne pas y arriver trop tard.

 

Eclairage
Chronique de Lwakale Mubengay BAFWA

 

 

 

i Le Conclave de Genval réunit, du 8 au 9 juin 2016, l’opposition congolaise sous l’égide d’Etienne Tshisekedi à Genval, près de Bruxelles, en Belgique. De Genval est sorti la grande plate-forme de l’opposition, le « Rassemblement », aujourd’hui en décomposition.

 

ii « Le pays va très mal. Debout congolais ! », Appel au sursaut patriotique lancé par la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), à l’issue de sa 54ème assemblée plénière ordinaire, tenue à Kinshasa du 19 au 23 juin 2017.

 

iii La Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo, MONUSCO en sigle, est une force de maintien de la paix en RDC depuis le 1er juillet 2010. Elle a été créée par la résolution 12792 du Conseil de sécurité en date du 30 novembre 1999.

 

iv Niki Haley, s’exprimant devant le Conseil des relations extérieures de l’ONU, le mercredi 29 mars 2017, à New York, propos rapportés par l’agence Reuters : http://af.reuters.com/article/africaTech/idAFKBN1701QY-OZATP

 

v Selon le lexique onusien, une imposition de la paix est la pacification d'un territoire ou d'un pays sur la base de critères démocratiques ratifiés par les Nations unies, généralement grâce à l'intervention d'une force d'interposition militaire neutre : http://www.operationspaix.net/68-resources/details-lexique/imposition-de-la-paix.html

 

 

vi La Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK)e a été décrétée par la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l'ONU du 10 juin 1999. La MINUK a aidé le Kosovo à accomplir d'importants progrès vers l'établissement et la consolidation d'institutions provisoires d'administration autonomes, démocratiques et responsables, et vers la mise en place d'une économie qui fonctionne ; avant d’organiser des élections dans des conditions fiables pour tous.