Pour la neutralisation du réseau Kabila et des politiciens assimilés !

 

Mémorandum au

Vice-Premier ministre et Ministre belgedes Affaires étrangères et européennes

 

 

Son Excellence Monsieur Didier J. L. Reynders,

Monsieur le Vice-Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères et européennes

 

Il n’est pas nécessaire de rappeler ici l’acuité de la crise multiforme qui sévit actuellement en République démocratique du Congo (RDC). Par la volonté d’un seul homme, Monsieur Kabila, et du système qu’il a mis en place, la RDC sombre dans une insécurité généralisée, sa population vit dans une misère horrifiante, les institutions politiques sont devenues illégitimes et le risque de plus en plus grand de voir le territoire de la RDC devenir le couloir de jonction entre les terroristes d’Afrique orientale et ceux de l’Afrique occidentale. L’enjeu pour le président Kabila et ses proches est de se maintenir au pouvoir par tous les moyens en vue de continuer de spolier les richesses du pays et de consolider les avoirs accumulés. Les efforts déployés sur les plans national et international sont restés sans résultat suite au manque de coopération et à son acharnement à défier son peuple, la communauté internationale, l’autorité morale des évêques, les acteurs de la société civile et l’opposition politique. L’impasse semble être totale : le peuple congolais ne veut plus de Mr Kabila et ses proches comme dirigeants et ceux-ci tiennent à imposer leur présence au sommet de l’état. Dans ces conditions, le présent mémorandum vise à proposer des solutions fermes, réalistes et porteuses d’espoir pour rebâtir en RDC un processus démocratique viable, pour soulager les souffrances du peuple et contribuer à la sécurité tant nationale, régionale qu’internationale.

 

En effet, Il n’existe plus de province congolaise qui ne soit pas frappée par les massacres, les assassinats ciblés ou la violation des libertés fondamentales. Des rapports concordants indiquent que pires violations de droits humains et les foyers de violence sont créés et alimentés par des alliés du régime Kabila pour empêcher la libre expression et pour créer de conditions qui empêchent la tenue des élections conformes à la constitution en vigueur. En essaimant la violence de cette manière machiavélique, le Président Kabila a inauguré en Afrique centrale des décennies d’instabilité régionale et établit un espace d’implantation durable pour le terrorisme international. Du point de vue de la sécurité et la paix internationales, si rien n’est fait d’urgence pour neutraliser Monsieur Kabila et ses alliés, le territoire congolais deviendra le couloir par lequel les islamistes de la zone orientale de l’Afrique feront jonction avec ceux de la zone occidentale.

 

Les manœuvres mises en place pour se maintenir au pouvoir comportent également le fait de n’avoir pas organisé les élections au terme des mandats électifs. La non tenue des élections permet au président de ne pas être confronté à l’impératif constitutionnel qui lui interdit de briguer un troisième mandat. Comme il ne peut pas se représenter, il a alors tenue à ne pas organiser les élections et ainsi resté en place par défaut et par défis. Pour les élus des autres chambres du législatif, il existe la peur de faire auprès des électeurs que l’on a trompé lors de la campagne précédente. Pour rester en place, il faut donc coaliser tous les « anti-élections ». La conséquence de la tenue des élections est que l’exercice du mandat présidentiel par Mr Kabila est devenu illégitime depuis le 20 décembre 2016. Les mandats des institutions provinciales, ainsi que le sénat national ont expiré depuis l’année 2012 les mandats des députés nationaux en février 2017. Il est à noter que la gouvernance du pays a été plongée dans ce chaos d’illégitimité à dessein, par la volonté d’un président dont le mandat a expiré et ses proches qui continuent à saboter tout effort visant à restaurer la légitimité sur base de la Constitution en vigueur qui interdit l’exercice d’un troisième mandat. Ceux qui le soutiennent ont peur de perdre les avantages et privilèges acquis dans le système de corruption et de détournement des fonds publics mis en place sous Mr Kabila.

 

Rappelons que l’incurie congénitale de la classe politique congolaise remonte aux années 1960 et n’a jamais cessé. Le processus de démocratisation commencé en 1990 n’est pas parvenue à s’enraciner à cause du cynisme de la classe politique, plus soucieuse de coaliser avec n’importe quelle dictature au détriment des intérêts du peuple. Cela a été confirmé une nouvelle fois par les évêques avec indignation que lors des négociations portant sur les modalités de mise en œuvre de l’accord de la Saint sylvestre, les politiciens congolais se préoccupaient uniquement des postes à se partager et qu’ils étaient insensibles face à l’atrocité de la misère du peuple.

 

Dans ce contexte, il est impossible d’envisager que ce genre de personnes œuvrent pour l’instauration d’une gouvernance au service de la paix et la sécurité internationales, ni pour le bien-être des populations en RDC, ni pour l’amélioration de son économie. En fait, si elles devaient avoir lieu aujourd’hui, les élections en RDC seraient organisées par des gens qui auteurs et complices de la crise actuelle. Comme candidats ils seraient les seuls à disposer des moyens financiers (argent de la corruption et détournement des fonds publics), des réseaux pour se maintenir au pouvoir et du pouvoir d’injonction aux services publics, qu’ils utilisent à souhait pour réprimer toute expression de liberté et d’opinions différentes. Avec cela, le changement ardemment escompté par les 80millions de congolais n’adviendra pas aussi longtemps que cette classe dirigeante est en place ou reste éligible.

 

Etant donné la perfidie de Mr Kabila et ses alliés, l’on ne peut répondre à la crise et faire face à la détermination de Mr Kabila à défier quiconque œuvre pour l’avènement d’une gouvernance légitime, il s’impose de chercher la solution en dehors des sentiers battus, et explorer des approches peu conventionnelles. Cela consisterait, d’un côté, à neutraliser les acteurs du système actuel, Mr Kabila et ses alliés, et à mettre en place un gouvernement technique chargé d’assainir tout le système, d’opérer des réformes nécessaires pour la sécurité nationale et internationale et d’imposer la bonne gouvernance publique et d’organiser des élections libres et transparentes dans un délai raisonnable. Il va de soi que ceux qui auront participé à ce gouvernement ne pourront pas être candidats aux élections qu’ils organisent. De l’autre côté, la mise en place d’un tribunal pénal international pour le Congo permet de mettre fin à la culture de l’impunité et de reconcilier les congolais avec leur destin. Le tribunal que nous appelons de nos vœux serait chargé de juger les crimes économiques et humains commis en (vers la) RDC pour la période allant de 1996 à 2017.

 

Qui sommes-nous ?

 

La Convention des Congolais de l’Etranger, CCE en sigle, est un groupement associatif fédérateur, apolitique, promouvant intégration et la participation citoyenne de ses membres dans leurs communautés respectives d’accueil et militant pour la promotion des libertés et du bien-être aussi bien des Congolais de la diaspora que de ceux qui vivent en Mère-patrie. Son siège est établi à Genève, en Suisse. Elle compte des membres en Suisse, Italie, Espagne, Luxembourg, Autriche, Allemagne, Belgique, France, Grande Bretagne, Irlande et Danemark.

 

Merci de votre soutien constant

 

Au nom de ses membres et de tous les Congolais, la CCE vous remercie pour avoir communiqué clairement les positions du gouvernement belge par rapport à la crise actuelle en RDC. Cela vous a valu des réactions émotionnelles des membres du système de Monsieur Kabila et la rupture de la coopération militaire entre les deux pays. Votre soutien au peuple congolais est d’autant plus apprécié qu’il est constant et soutenu depuis de nombreuses années. Dans certains territoires, les fonds de la coopération belge suppléent à la défaillance de l’état pour des besoins primaires, comme la santé, l’eau potable, l’éducation… Nous apprécions à sa juste mesure le rôle d’interface que joue la Belgique entre la RDC et la communauté internationale. Confiant que vous ne nous lâcherez pas en ce ces moments critiques, nous vous exprimons dans la dignité et sans complaisance les attentes du peuple congolais, de ceux qui aiment la RDC et de tous ceux qui se préoccupent de la sécurité dans le monde.

 

Nous estimons que la Belgique doit prendre le leadership sur le dossier congolais auprès des partenaires pour obtenir les quatre actions suivantes.

  1. La neutralisation du réseau Kabila et des politiciens assimilés et leur son remplacement par un gouvernement technique chargé de créer les conditions des élections libres et transparentes,

  2. Une assistance humanitaire spéciale pour les familles endeuillées ou pour les déplacés dans les Kassaï et dans les Kivu,

  3. La mise en place d’un tribunal pénal international spécial pour la RDC,

  4. La saisie des avoirs et l’interdiction de voyage des personnes mises en cause dans les rapports sur les crimes économiques et les violations des droits en RDC.

En faisant cela, la Belgique pourra être pionnière dans la promotion d’une démocratie assainie et d’un changement de paradigme dans les relations avec des régimes autocratiques.

 

Nous fondons notre démarche sur le fait que la Belgique est la nation partenaire qui connait mieux la RDC et qui dispose des meilleurs leviers pour porter le dossier de la RDC à l’agenda des organismes susceptibles de contribuer à la résolution de la crise. Les liens historiques qui unissent les deux pays donnent le droit à la Belgique d’agir seule dans les matières où son action ne requiert pas la participation des autres partenaires. Ils justifient qu’elle assume ce leadership, d’une part, dans une mission d’exemplarité pour la région des grands lacs, au sein de l’Union Européenne et aux Nations unies, mais aussi dans la promotion du respecter des principes de la bonne gouvernance. Au titre d’exemple, nous avons à l’esprit la sagacité de la Belgique et le rôle central qu’elle a joué pour qu’enfin le dictateur sanguinaire du Tchad, Mr Hissen Habré, soit jugé. Les avantages d’une implication décisive de la Belgique au premier plan sont multiples pour les deux pays.

 

Plaidoyer pour le Leadership belge aux côtés des congolais

 

Le tableau immédiat de la crise qui sévit en RDC est constitué de quatre catégories de problèmes ; à savoir, la violence et les massacres dans le Kassaï (a), la crise de légitimité des gouvernants actuels (b) et les problèmes économiques liés à la corruption et à la mauvaise gestion (c). Relevons que tout cela résulte de la volonté du Président Kabila à se maintenir au pouvoir et ses proches pour continuer à spolier et s’approprier des richesses du pays (d). Dans les lignes qui suivent, nous présentons succinctement chacun de ces problèmes pour en ressaisir l’imbrication et pour donner la mesure du rôle que la Belgique pourrait jouer en soutien aux peuples épris de paix, de justice et du bien-être économique. Elaborons cela.

 

  1. De la violence des masses à notre appel pour une intervention humanitaire

 

La partie centrale de la RDC est soumise à des massacres de masse consécutivement à l’assassinat du chef traditionnel Kamuina Nsapu après qu’il ait refusé de s’allier à la Majorité Présidentielle de Mr Kabila. Cela a ouvert un cycle de violence dans lequel des congolais sont tués en masse ainsi que des experts internationaux, dont Zaida Catalan et Michael Sharp et leurs accompagnateurs. Dans son rapport du 19 avril 2017 sur les violences dans cette région, le Haut-commissaire des Nations Unies pour les Droits humains a annoncé avoir identifié 40 fosses communes dans la province de Kassaï central et décrit la situation sur terrain comme relevant de l’horreur. Rappelons qu’il y avait déjà plus de 6 millions de morts du fait des groupes armés, que les fosses communes de Maluku ainsi que les massacres des civils au Nord Kivu n’ont jamais fait l’objet d’enquête indépendante et sérieuse.

 

Au lendemain de la publication du rapport du HCDH susmentionné, soit le 20 avril 2017, le Bureau de Coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha) rapportait que le nombre des déplacés avait franchi la barre d’un million dans cette partie centrale du pays. Avec cela, le nombre de déplacés internes en RDC a atteint le nombre de 3 millions. Outre les besoins humanitaires relatifs au contexte des déplacés, cela va accroitre l’insécurité et l’instabilité dans les régions d’accueil. Vous comprendrez que nous sollicitions une intervention humanitaire spéciale pour aider les congolais éplorés.

 

En effet, la réponse humanitaire appropriée comporte l’assistance en biens et services aux familles endeuillées et aux déplacés ainsi que des enquêtes indépendantes sur les massacres des masses et sur les assassinats ciblés des défenseurs des droits de l’homme et des enquêteurs de l’ONU.

 

Dans le contexte spécifique de la RDC où cela fait plusieurs décennies que les garants de l’état ou ceux qui ont la mission de protéger humainement et socialement la population sont accusés d’assassinat et d’organiser des massacres et le pillage des ressources économiques, seule la justice internationale peut établir la vérité et sanctionner les coupables. Cela est indéniable en vue, non seulement, de rendre justice aux victimes, de réconcilier les congolais entre eux et avec leurs voisins, mais aussi pour créer une dynamique de respect des droits humains et de coexistence pacifique.

 

Ce processus de réconciliation et de justice comprend la création d’un tribunal chargé d’établir la vérité et de rendre justice sur les crimes économiques et humains commis en RDC depuis 1996, année qui marque le début de l’occupation et considérée comme point de départ du système actuel et de ses crimes. Tenant compte de la méfiance ambiante envers la CPI (Cour Pénale Internationale), nous proposons la création d’un tribunal pénal international sous l’égide des Nations unies qui aurait un pouvoir contraignant envers tous les états.

 

  1. De la crise de légitimité des gouvernants actuels

 

Au moment du dépôt de ce mémorandum, la RDC vit dans un chaos juridique. Aucune institution représentative de la volonté populaire ne jouit d’un mandat légitime valable. Les mandats des sénateurs nationaux, des députés et gouverneurs provinciaux ont constitutionnellement expirés en 2012. Le mandat du président a pris fin le 20 décembre 2016 et celui des députés nationaux en février 2017. Les élections destinées à renouveler ces institutions n’ont pas eu lieu parce que cela n’arrangeait pas les dirigeants sortants. Il faut ajouter que les juges des cours et tribunaux et les dirigeants de la commission électorale nationale indépendante (CENI) sont asservis à Mr Kabila et n’exécutent que ses volontés. Il en résulte une complicité d’acteurs qui n’ont cure du droit et des exigences de la bonne gouvernance, qui tuent, corrompent, volent et violent la Constitution en vue de se maintenir au pouvoir.

 

En face d’eux, le peuple congolais est déterminé à résister pour défendre la démocratie, la jouissance des droits fondamentaux, son bien-être, l’intégrité de son territoire et son droit de se choisir des dirigeants. Ainsi il n’a cessé d’organiser des manifestations de protestation contre la classe politique. Et en réponse, Mr Kabila et ses alliés ont toujours réagi par la violence illustrant par là leur volonté de défier la volonté du peuple. En Janvier 2015, lors de la tentative de violer la constitution en voulant passer une loi électorale qui octroierait à Mr Kabila de pouvoir briguer un 3e mandat, la population a manifesté massivement pour exiger le respect de la Constitution en vigueur. En septembre 2016, il a lancé un avertissement contre la prolongation de fait du mandat présidentiel hors de limites constitutionnelles. Dans ces cas, comme dans tous les autres, le pouvoir en place a répondu en tuant des manifestants en plusieurs dizaines.

 

Subordonnée au pouvoir de Mr Kabila et ses proches, la CENI a alimenté des hypothèses sur l’impossibilité d’organiser des élections dans les délais et le cadre de la constitution en vigueur. Il s’agit là des manœuvres. En effet, il est piquant de constater que les dirigeants de la CENI sont très bavards sur les difficultés qu’ils prétendent éprouver afin d’organiser les élections dans le cadre légal en vigueur et expliquent qu’ils manqueraient les fonds nécessaires, mais ne réagissent pas quand Mr Jean Jacques Lumumba expose dans les médias internationaux comment l’argent destiné à l’organisation des élections est détourné.

 

Quant aux procureurs et juges des cours et tribunaux, ils n’entreprennent aucune action pour sanctionner les auteurs des crimes, ni pour établir la justice nécessaire au fonctionnement d’un état de droit. Au contraire, il se montrent très zélés dans la persécution des défenseurs des droits, envers les animateurs des médias indépendants et envers l’opposition politique. Il en résulte que les dirigeants actuels sont, « de facto » et « de jure » illégaux et illégitimes. Leur volonté affichée étant d’empêcher le retour à la légalité et à l’exercice d’un pouvoir légitime, on ne peut pas compter sur leur bonne foi ni les associer à la recherche des solutions ; ils sont le problème.

 

Leur mauvaise foi et l’entêtement à défier la volonté populaire et les impératifs du droit se sont récemment illustrés quand il s’agissait de s’accorder sur les modalités de mise en œuvre de l’accord qu’ils ont signé avec l’opposition suite à la médiation des évêques membres de la Conférence Episcopale nationale Congolaise, CENCO. En effet l’accord du 31 décembre 2016 ou accord de la saint sylvestre partait de deux à priori, à savoir : primo, que les politiciens congolais actuels jouissaient d’un crédit de bonne foi et de sens de responsabilité face à la souffrance de son peuple ; secundo, que le politicien congolais avait un minimum d’élégance de respecter sa signature et la volonté de son peuple.

 

Sûrs (naïvement) de cela, les évêques avaient lancé des négociations soutenues par tous les partenaires de la RDC en vue d’évite des violences mais aussi en vue d’organiser une sortie de crise pacifique. Ils ont réussi à faire accepter un texte qui servirait de base à la gestion consensuelle du pays pendant la période pré-électorale, soit de décembre 2016 à décembre 2017. Cet accord global a été signé le 31 décembre 2016 et les modalités de son application devaient être négociées. Et c’est là que les évêques ont fini par déchanté devant le manque de bonne volonté et le cynisme des politiciens congolais. On les entend encore s’indigner en relevant que : « là ça donne l’impression qu’on est en train de jouer à une pièce de théâtre sur le sang du peuple congolais qui continue à souffrir…Il faut être franc. Il faut jouer franc-jeu, il ne faut pas donner l’impression que l’on dialogue, alors que l’on ne veut pas dialoguer… si on est arrivé à ce stade où les uns et les autres ne savent même plus s’écouter, et surtout on ne sait même plus prendre en compte les sages propositions, ça signifie qu’il y a un autre agenda. ça signifie que l’on veut autre chose… Il n’y a pas de volonté politique. » Au lendemain de cette déclaration, les négociations se sont terminées sur un constat d’échec. Depuis lors, Mr Kabila mène sa politique au mépris de tout le monde, de son peuple, de la communauté internationale, du droit et du bon sens. Dans le même esprit de défiance totale, un arrangement particulier a été signé le 27 avril 2017 entre des partisans de Kabila en violation de l’accord du 31 décembre 2016. Par ce fait, Mr Kabila a rompu la base de sa légitimité et opéré un coup d’état de fait. Avec cela, il doit lui être dénié le pouvoir d’engager le peuple congolais. Il n’en a plus la légitimité.

 

  1. La corruption généralisée et la faillite de l’économie.

 

Relevons, en outre, la responsabilité criminelle de Mr Kabila et ses alliés dans la faillite de l’économie nationale au Congo. Le budget de l’état a baissé de 9 milliards USD en 2015 à 6 milliards en 2016 et 4.5 milliards pour l’exercice 2017, plus ou moins équivalent au budget de la région de Bruxelles capital (EUR 4.5 milliards, avec roe €/$ : 1.06). Avec cela le plus grand pays d’Afrique francophone (80 Millions d’habitants sur un territoire de 2.345 million km²) a un budget équivalent à une région de 1.1 millions résidant sur 161.2 km². L’inflation avoisine 2 000 % et les opérateurs économiques manquent des devises alors que l’économie est particulièrement dollarisée. La croissance qui était de 7,7 % en moyenne entre 2010 et 2015 s’est effondrée et n’atteindra pas 2,5 % en 2016 selon la Banque Centrale du Congo. Le taux de chômage est de 46% et le taux de pauvreté est de 63% selon l’agence gouvernementale Anapi(https://www.investindrc.cd/fr/generalites-sur-la-rdc/environnement-economique-des-investissements/situation-economique-et-sociale-de-la-rdc). En miroir d’une économie apocalyptique, des enquêtes concordantes attestent de l’accaparement et détournement des fonds publics par la famille biologique et politique de Mr Kabila. Nous citons à titre d’exemple celle de Bloomberg (http://congoresearchgroup.org/bloomberg-news-avec-la-fortune-de-sa-famille-en-jeu-le-president-kabila-campe-sur-ses-positions) ou encore le Journal le soir sur les « malversations et des détournements de fonds commis par d’ éminents membres de la « galaxie Kabila », des membres de la famille ou des proches du chef de l’Etat, jusqu’à présent considérés comme intouchables » (http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2016/10/29/un-banquier-de-kinshasa-devoile-le-pot-aux-roses) et plus récemment Reuters sur l’argent des passeports (http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/04/13/rdc-la-piste-du-scandale-des-passeports-biometriques-mene-au-clan-kabila_5110933_3212.html).

  1. Tous les moyens sont bons pour se maintenir au pouvoir

De la présentation des problèmes décrits plus haut, il ressort que la crise congolaise est créée et entretenue par un groupe bien défini, ayant à sa tête Mr Kabila et dont les acteurs les plus influents se concentrent sans un cercle de membres de sa famille biologique ou considérés comme tel et des hommes politiques ou d’affaires proches. A ces acteurs du macabre au sein des institutions congolaises, viennent s’ajouter les alliés qui exploitent illégalement les ressources du pays. Ceux-ci ont été identifiés dans les rapports du projet mapping et dans ceux des experts de l’ONU sur l’exploitation illégale des ressources naturelles et autres richesses du Congo Kinshasa. On y identifie des réseaux, qui en plus d’être associés au crime international s’affairent à empêcher par tous les moyens l’avènement d’un gouvernement qui donnerait la priorité à la paix interne, à la sécurité internationale, à la démocratisation et au bien-être des congolais. Ainsi vit Mr Kabila et ses proches. Comme dans tous les réseaux maffieux, le chef contrôle ses propres intérêts et sert le clan de sorte que tous les membres et ceux de sa périphérie y trouvent leurs comptes au détriment des spoliés.

Dans ce genre de réseau, il y a des membres influents par leurs actions agressives et d’autres qui y contribuent par leur zèle ou leur laisser faire. Quitte à se faire rétribuer pour les services rendus ou pour manque d’action adverse. Ils reçoivent des miettes pour cette forme de complicité. Le cas de Mr Mende illustre cette dernière catégorie. Cela n’en fait pas un acteur inoffensif. En corrélation avec cela, Kabila et son clan ne peuvent pas œuvrer pour l’avènement d’une gouvernance civilisée au Congo. Dans le même ordre d’idées, un gouvernement ayant en son sein des membres de ce clan ne pourra qu’être soit paralysé et détourné de sa mission d’intérêt public pour servir encore les intérêts privés de la maffia.

Il est temps de lever l’équivoque sur l’alibi souvent présenté par les membres du réseau pour ne pas organiser les élections, à savoir l’insuffisance des moyens financiers. Si cela est vrai au regard de l’état des finances nationales, ce l’est moins quand on pense qu’une infime portion des richesses spoliés et dissimulés par Mr Kabila et son clan suffirait pour financer 3 à 5 cycles électoraux. En effet, cela soulève la question de savoir pourquoi les gouvernements occidentaux prennent-ils de leurs budgets de coopération internationale pour aider le Congo au lieu de saisir les fonds spoliés et de les rétrocéder aux congolais via les projets de bonne gouvernance, parmi lesquels le financement des élections libres et transparentes.

Conclusion

Pour conclure, nous réitérons les quatre 4 demandes sur lesquels nous croyons que Belgique peut assumer le leadership auprès des partenaires et se faire le porte étendard du soutien international de la marche décisive des congolais à bâtir un pays prospère au cœur de l’Afrique et qui offre des garanties de sécurité, de démocratie et du bien-être socio-économique.

  1. La neutralisation du réseau Kabila et des politiciens assimilés et leur son remplacement par un gouvernement technique chargé de créer les conditions des élections libres et transparentes,

  2. Une assistance humanitaire spéciale pour les familles endeuillées ou pour les déplacés dans les Kassaï et dans les Kivu,

  3. La mise en place d’un tribunal pénal international spécial pour la RDC,

  4. La saisie des avoirs et l’interdiction de voyage des personnes mises en cause dans les rapports sur les crimes économiques et les violations des droits en RDC,

 

 Avec notre haute considération !

 

Fait à Bruxelles, le 10 mai 2017

 

Au nom de la Convention des Congolais de l’Etranger,

 

 
                                                                                       la Présidente
                                                                             Séverine Tshimini Mbuyi

                                                                                       

 

 

Annexe 2

Kasaï: l’ONU identifie 17 nouvelles fosses communes et met en cause l’armée

Publié le mer, 19/04/2017 - 16:48 | Modifié le mer, 19/04/2017 - 18:10

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme,  a annoncé mercredi 19 avril la découverte d’au moins 17 nouvelles fosses communes dans la province du Kasaï-Central. Ce qui porte à 40 le nombre total de fosses communes documentées par l'ONU dans les provinces du Kasaï-Central et du Kasaï-Oriental depuis août 2016.

M. Zeid affirme que ces violences « démontrent encore davantage le besoin de suivre de près la situation ». Il prévient que faute d’enquête nationale sur ces actes de violences, il demanderait une enquête internationale.

« Dans le cas où une enquête nationale n’aurait pas lieu, je n’hésiterai pas à demander à la communauté internationale de soutenir une enquête menée par un mécanisme international, y compris par la Cour pénale internationale, qui a tout récemment rappelé aux autorités de la RDC leur responsabilité première, en vertu du Statut de Rome, d’enquêter et de poursuivre en justice les actes de violence présumés, commis dans les provinces du Kasaï », fait savoir le Haut-Commissaire.

L’armée mise en cause

Dans son communiqué, M. Zeid indique que la présence de ces nouvelles fosses communes a été confirmée lors d’une enquête menée dans la province du Kasaï-Central entre les 5 et 7 avril 2017 par une équipe composée du personnel du Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme (BCNUDH) et de la Police des Nations Unies (UNPOL).

L’enquête met en cause l’armée qui aurait creusé des fosses communes notamment dans un cimetière de la ville de Tshimbulu.

« L’équipe des Nations Unies a reçu des informations selon lesquelles des militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) auraient creusé ces tombes suite à des affrontements avec des miliciens présumés de Kamuina Nsapu entre les 26 et 28 mars. Au moins 74 personnes, dont 30 enfants, auraient été tuées par des militaires lors de ces affrontements », mentionne le communiqué le Haut-commissaire des droits de l’homme.

L’enquête de l’ONU évoque également les exécutions sommaires à Kananga.

« Entre les 28 et 30 mars, les militaires des FARDC auraient tué par balle au moins 40 personnes, dont 11 enfants et 12 femmes, dans la commune de Nganza de la ville de Kananga, et blessé au moins 21 autres. La plupart des victimes auraient été tuées dans leurs maisons, alors que des militaires faisaient du porte-à-porte pour traquer les miliciens », lit-on dans le communiqué qui ajoute :

« Deux des victimes sont décédées à l’hôpital tandis que les 38 autres auraient été enterrées par la population locale dans trois fosses communes. Des militaires des FARDC auraient aussi enterré un nombre indéterminé de corps dans une quatrième fosse commune dans le cimetière de Nganza. »

Les exactions des miliciens

Les miliciens qui se réclament du chef traditionnel Kamuina Nsapu tué en août 2016 et qui affrontent les forces de l’ordre dans les provinces du Kasaï sont également accusés d’exactions.

L’ONU les accuse « de recruter des centaines d’enfants dans ses rangs et de cibler des agents et symboles de l’Etat, y compris des bâtiments gouvernementaux, des écoles, des hôpitaux, des commissariats de police et des églises ».

« Une telle violence est illustrée le 30 mars lorsque environ 30 présumés miliciens de Kamuina Nsapa attaquèrent l’église de Saint-Jean de Masuika sur le territoire de Luiza, où ils maltraitèrent au moins trois sœurs et un prêtre, les menaçant de les tuer. Le prêtre et une des sœurs furent supposément séquestrés puis relâchés le jour suivant après paiement d’une rançon. Les miliciens ont également vandalisé l’église, détruisant portes et fenêtres, et brûlant les chasubles du prêtre », mentionne le rapport.

Pour sa part, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, declare que le gourvernement congolais est conscient de cette situation. Il avait initié une enquete et il faut attendre le resultat de cette enquete pour retablir les responsabilités.

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Annexe 3

Enquête

RDC : la piste du scandale des passeports biométriques mène au clan Kabila

Le passeport congolais est l’un des plus chers au monde. Une partie des recettes s’évapore dans une société offshore détenue par un proche du président, révèle Reuters.

Le Monde.fr avec Reuters Le 13.04.2017 à 16h43 • Mis à jour le 13.04.2017 à 17h58

Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, est en visite au ministère des affaires étrangères. Il esquisse un large sourire lorsqu’un ordinateur prend une photo de lui, puis ses empreintes digitales, pour le lancement du nouveau passeport biométrique équipé d’une puce, qui permet d’avoir plus de détails sur son identité.

Le président Kabila et ses conseillers ont vanté les mérites de ce passeport, affirmant officiellement qu’il allait permettre à chacun de circuler librement dans un monde de plus en plus préoccupé par la sécurité. Mais en privé, les instigateurs de ce nouveau système ont une autre raison de se réjouir : c’est l’occasion d’empocher des centaines de millions de dollars sur le dos des plus pauvres.

Ce passeport est l’un des plus chers au monde. Il coûte à chaque Congolais qui en fait la demande 185 dollars (soit près de 175 euros). A titre de comparaison, le passeport français pour un adulte coûte 86 euros. Mais d’après les documents consultés par Reuters, le gouvernement de la RDC ne recevrait que 65 dollars sur les 185 payés pour chaque demande, soit 35 % du prix.

Une société établie aux Emirats arabes unis

L’essentiel des sommes versées par le citoyen congolais va directement à Semlex, une entreprise, basée en Belgique, qui produit des documents de voyage (passeports, cartes d’identité…), et à une petite société basée aux Emirats arabes unis (EAU). Cette société du Golfe, LRPS, reçoit 60 dollars pour chaque passeport fourni, d’après les documents officiels du marché conclu entre le gouvernement congolais et Semlex. LRPS est enregistrée à Ras al-Khaïmah, aux EAU, mais les détails concernant son propriétaire ne sont pas consultables.

D’après une source proche du dossier, une certaine Makie Makolo Wangoi, proche du président Kabila, serait propriétaire de LRPS. Cette même source affirme que Mme Wangoi est allée aux EAU en juin 2015 afin de finaliser le transfert des parts de LRPS à son nom. Des documents relatifs à ce voyage et au transfert des parts montrent que Mme Wangoi détient LRPS, mais les preuves ne sont pas concluantes.

Reuters a envoyé ses questions à propos de LRPS directement à Mme Wangoi par e-mail, mais elles sont restées sans réponse. La présidence congolaise n’a pas répondu non plus aux sollicitations à propos du montage sur les passeports et de l’identité du propriétaire de LRPS. De son côté, la société Semlex n’a pas souhaité faire de commentaire.

A la suite des différentes requêtes envoyées, un haut responsable de la sécurité congolaise a contacté Reuters et a affirmé qu’il communiquerait des réponses au nom de Joseph Kabila, de Makie Makolo Wangoi et des autres personnes déjà contactées. Il s’est ensuite ravisé et a préconisé d’envoyer toutes les questions au PDG de Semlex, Albert Karaziwan, sans donner plus d’informations.

Albert Karaziwan n’a pas répondu aux e-mails ni aux SMS qui lui ont été adressés. Ses avocats se sont refusé à tout commentaire, invoquant d’éventuelles poursuites judiciaires contre toute personne qui chercherait à diffuser des informations trompeuses dans l’affaire des passeports.

Reuters a donné la possibilité à Joseph Kabila et aux autres protagonistes présumés de l’affaire de réagir aux informations recueillies. Ils ne l’ont pas fait.

Des centaines de millions de dollars

Le prix étonnamment élevé du passeport congolais est pourtant démontré par une offre concurrente d’une entreprise belge sans rapport avec Semlex, Zetes. Dans ce document dont Reuters a pu prendre connaissance, Zetes souligne qu’en 2014, le plan gouvernemental de mise en place des passeports biométriques allait coûter 28,50 dollars pièce. Zetes a confirmé avoir fait cette offre.

Au fil du temps, les passeports biométriques à 185 dollars pourraient rapporter des centaines de millions de dollars aux sociétés LRPS et Semlex, détournant ces ressources d’un Etat instable et miné par la pauvreté. D’après l’ONU, le revenu annuel moyen en RDC n’excède pas 680 dollars par habitant.

L’État congolais a donc besoin de tous les fonds que le pays est capable de mobiliser, mais il s’est déjà privé dans le passé de ressources au profit de grandes entreprises. Un rapport publié par l’Africa Progress Panel en 2013 montre que la RDC aurait perdu près de 1,3 milliard de dollars de recettes dans cinq contrats miniers depuis 2010, car les entreprises publiques ont « systématiquement » sous-évalué des actifs lors de la vente de concessions à des investisseurs. Ces contrats impliquent des transactions complexes entre grandes entreprises, mais dans l’affaire des passeports, l’État se prive de revenus prélevés directement sur des citoyens congolais.

Lire aussi :   Joseph Kabila, roi du silence et du Congo-Kinshasa

Durant le règne de Kabila, certains de ses plus proches collaborateurs se sont beaucoup enrichis grâce aux intérêts détenus dans de nombreuses affaires dans le pays, d’après l’ONG anticorruption Global Witness. En décembre, Bloomberg avait dévoilé une liste de 70 entreprises – dont LRPS ne faisait pas partie – qui avaient, selon l’agence de presse, des liens avec les membres de la famille de Kabila, dont Mme Wangoi.

Joseph Kabila n’a pas réagi à ces révélations, mais certains de ses proches collaborateurs ont nié le fait que la RDC ait pu avantager certains fonctionnaires ou hommes d’affaires réputés proches du président. Ils ont aussi justifié l’implication de membres de sa famille dans les affaires, expliquant qu’ils sont des citoyens comme les autres, en droit d’avoir des activités commerciales.

Joseph Kabila aurait dû quitter le pouvoir au mois de décembre dernier, mais les élections ont été retardées et ses opposants lui dénient toute autorité.

Des courriers directement adressés à M. Kabila

Au cours des vingt dernières années, Semlex est devenu le principal fournisseur de pièces d’identité et de passeports pour de nombreux pays africains. Depuis son siège social, un bâtiment situé sur l’avenue Brugmann, à Bruxelles, l’entreprise a servi des clients aussi bien en Guinée-Bissau qu’au Kenya ou à Madagascar. La signature d’un contrat avec la RDC – l’un des pays les plus peuplés du continent, avec quelque 70 millions d’habitants – était particulièrement intéressante pour l’entreprise.

Les documents consultés par Reuters – dont ceux concernant les accords entre Semlex et le gouvernement, ainsi que les accords entre des individus et des entreprises impliqués dans l’opération – montrent comment la signature d’un tel contrat a été organisée. L’un des personnages clés dans cette affaire est le PDG de Semlex, Albert Karaziwan, qui a fondé l’entreprise en 1992 et qui la contrôle avec sa famille quasi intégralement.

Albert Karaziwan est un Belge d’origine arménienne, né à Alep, en Syrie. Il possède un château en Belgique et des intérêts dans l’immobilier et l’hôtellerie. Il intervient principalement dans les domaines des technologies et de la sécurité pour des gouvernements, en particulier en Afrique. Entre octobre 2014 et juin 2015, M. Karaziwan a eu divers échanges avec les autorités congolaises, y compris à travers des courriers directement adressés à M. Kabila, d’après les documents consultés par Reuters.

Le 16 octobre 2014, M. Karaziwan a envoyé une première expertise de ce que pouvait coûter un passeport biométrique : entre 21,50 euros et 43 euros, précisant que sa société pouvait même les faire fabriquer dans sa propre usine, en Lituanie. Cinq jours plus tard, M. Karaziwan a envoyé une autre lettre à M. Kabila. Cette fois-ci, il a invité deux hauts dirigeants proches du président congolais, Moïse Ekanga Lushyma et Emmanuel Adrupiako, à Dubaï pour discuter des termes du contrat.

M. Ekanga a dirigé l’organe gouvernemental chargé du programme de coopération sino-congolais portant sur plusieurs milliards de dollars. M. Adrupiako est, lui, un important conseiller financier qui travaille avec Joseph Kabila depuis 2001. Un responsable au fait de l’organisation de la présidence de M. Kabila décrit Adrupiako comme son « trésorier » officieux.

« Le contrat aurait dû être rendu public »

Au début du mois de novembre 2014, Semlex a affirmé qu’il pouvait fournir des passeports pour 50 dollars pièce, d’après des documents consultés par Reuters. Dans une lettre envoyée à M. Kabila le 13 novembre, le prix est pourtant passé à 120 dollars.

En mars 2015, M. Karaziwan était invité à Kinshasa par le ministre des affaires étrangères afin de finaliser l’accord. A la fin du mois de mai, Semlex s’est vu proposer un contrat pour cinq ans par le ministère du budget. En juin 2015, M. Karaziwan, le ministre congolais des affaires étrangères, Raymond Tshibanda, et le ministre des finances, Yav Mulang, ont finalisé l’accord.

Semlex a accepté d’investir 222 millions de dollars dans le projet. Le gouvernement congolais prévoyait de facturer 185 dollars le passeport à ses citoyens, une forte augmentation par rapport au prix de 100 dollars du précédent passeport.

Le jour de la mise en service de ce nouveau passeport, M. Karaziwan, M. Tshibanda et des employés de Semlex ont pris la pose pour une photo que Reuters a pu voir : au milieu trône le président Kabila, esquissant un large sourire.

Quelques semaines plus tard, le premier ministre congolais de l’époque, Mapon Matata Ponyo, a écrit au ministre des affaires étrangères afin de se plaindre d’avoir appris la signature du contrat pour les passeports à travers la presse. Dans ce courrier – dont Reuters a pu prendre connaissance –, M. Matata Ponyo réclame plus de détails sur le contrat afin de vérifier s’il respecte les exigences de transparence. Il n’a jamais eu de réponse, a dit l’un de ses porte-parole.

Un haut fonctionnaire de l’Autorité congolaise de régulation des marchés publics affirme que le contrat pour les passeports aurait dû passer par un appel d’offres. « Cela ne s’est pas produit, a-t-il dit. C’était directement géré par le ministère des affaires étrangères. Le contrat aurait dû être rendu public. »

A chacun sa part

Le contrat signé le 11 juin 2015 mentionne que 65 dollars sur les 185 dollars que coûte un passeport seront reversés à l’Etat congolais. Les 120 dollars restants seront reversés à un consortium – dont font partie Semlex Europe, basé à Bruxelles, Semlex Monde, installé aux EAU, l’imprimerie Semlex en Lituanie et l’entité enregistrée aux EAU, LRPS.

Ces 120 dollars ont été de nouveau répartis, selon les termes de deux autres contrats également datés du 11 juin. D’après l’un de ces contrats, une entreprise basée à Kinshasa – Mantenga Contacto Trading Limited – s’est vu attribuer 12 dollars pour chaque passeport délivré, en échange de la mise à disposition du personnel nécessaire pour la mise en œuvre du projet. Mantenga a pris acte des enquêtes de Reuters mais s’est refusé à tout commentaire.

Les trois entreprises Semlex qui ont signé ces accords ont, elles, reçu 48 dollars pour chaque passeport délivré. Les 60 dollars restants sont allés dans les caisses du consortium. D’après un document consulté par Reuters, cet argent a été perçu par LRPS. En échange, l’entreprise devait contribuer aux tâches administratives, logistiques et aux relations avec le gouvernement congolais. Lors des négociations, LRPS était représenté par M. Karaziwan, le patron de Semlex, d’après le contrat conclu entre Semlex et le gouvernement congolais.

Reuters n’a pas été en mesure de vérifier les statuts actuels de la société LRPS. Mais les statuts déposés devant les autorités de Ras al-Khaïmah, aux EAU, montrent que l’entreprise a été créée le 14 janvier 2015, pendant que Semlex était en pleine négociation avec les représentants de M. Kabila sur les passeports biométriques. Le document ne dit pas qui était le propriétaire de l’entreprise au moment de sa création.

Mais un second document – relatif au transfert des actions – indique qu’au cours de l’année 2015, LRPS appartenait à un Français installé à Dubaï, Cédric Fevre, un partenaire en affaires de M. Karaziwan. Ce document informatisé n’est pas signé, mais les métadonnées qu’il contient montrent qu’il a été créé aux EAU en 2015 et imprimé le 25 juin de la même année. Le jour même où Cédric Fevre a transféré l’intégralité des 10 000 parts de LRPS à Mme Wangoi, d’après une source au fait du dossier.

Mme Wangoi, une proche de la famille Kabila

Une deuxième source, qui était au courant du contrat sur les passeports sans en avoir une connaissance de première main, a confirmé que Mme Wangoi était devenue la propriétaire de LRPS après cette transaction.

La première personne, qui était en lien direct avec le dossier des passeports biométriques, affirme que les seules copies signées du transfert d’actions de LRPS sont entre les mains de M. Fevre et de Mme Wangoi. Reuters n’a pas pu voir une copie signée. M. Fevre et Mme Wangoi n’ont pas répondu aux sollicitations de l’agence.

Le nom de Makie Makolo Wangoi n’est pas très connu en dehors de la famille de Joseph Kabila. Des registres de société montrent qu’elle est actionnaire de plusieurs sociétés, avec d’autres membres de la famille Kabila. Dans deux de ces sociétés basées en RDC – Shaba Impex SPRL et Shaboil SPRL –, Mme Wangoi utilise un autre nom, celui de Makolo wa Ngoy Kabila, d’après les registres.

Deux proches du président Kabila affirment que Mme Wangoi est l’une des nombreuses sœurs du président congolais. Elle a été présentée comme telle dans l’enquête de Bloomberg sur les intérêts économiques de la famille du président. Une autre source – spécialiste de la RDC et de la famille Kabila – a dit que Mme Wangoi pourrait aussi être une nièce du président.

Le contrat pour les passeports a une durée de cinq ans. Il ne stipule pas combien de passeports seront délivrés, mais, ces dernières années, la RDC a délivré environ 2,5 millions de ses anciens modèles de passeport par an.

Une source en prise directe avec les opérations de Semlex a affirmé que l’entreprise belge avait produit environ 145 000 nouveaux passeports biométriques à la fin janvier 2017, ce qui permettrait à LRPS d’empocher près de 9 millions de dollars.

Dans un autre document consulté par Reuters, Semlex reconnaît qu’elle pourrait fournir à la RDC près de 2 millions de passeports par an en rythme de croisière. Ce qui signifie que l’entreprise belge pourrait recevoir jusqu’à 100 millions de dollars par an, et LRPS 120 millions de dollars.

Joseph Kabila s’accroche au pouvoir

La RDC se trouve dans une impasse politique depuis le 19 décembre 2016, date à laquelle le président Joseph Kabila a achevé son mandat mais a décidé de se maintenir au pouvoir. L’élection présidentielle a été repoussée, officiellement en raison de difficultés logistiques et financières, et la Cour constitutionnelle a validé la décision de Kabila.

Lire aussi :   RDC : le premier ministre veut financer les élections avec des ressources « internes »

L’opposition congolaise se trouve grandement affaiblie depuis le décès de son chef de file, Etienne Tshisekedi, qui devait présider un conseil de transition chargé de veiller à ce que M. Kabila quitte effectivement ses fonctions avant la fin de l’année. La formation de ce conseil avait été approuvée dans un accord conclu le 31 décembre sous l’égide de l’Eglise catholique.

Joseph Kabila a nommé la semaine dernière l’opposant Bruno Tshibala à la tête d’un gouvernement de transition chargé d’organiser une élection présidentielle à la fin de cette année. Cette décision pourrait raviver les tensions au sein de l’opposition au chef de l’Etat, après l’échec d’une médiation visant à mettre en œuvre l’accord du 31 décembre dernier sur les modalités de son départ.

Que M. Kabila reste ou non à la tête du pays, cela n’empêchera pas LRPS de poursuivre son enrichissement grâce aux passeports délivrés par la RDC. L’article 14 du contrat mentionne que l’accord ne deviendra pas caduc, même en cas de « changement institutionnel » dans le pays.

Une enquête de David Lewis (Reuters)


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/04/13/rdc-la-piste-du-scandale-des-passeports-biometriques-mene-au-clan-kabila_5110933_3212.html#sveITWQ7F7v7ycTD.99

 

Annexe 4

 

http://www.congoforum.be/fr/nieuwsdetail.asp?subitem=3&newsid=207024&Actualiteit=selected

13 02 17 Le Monde Afrique - En RDC, l’industrialisation freinée par la corruption

Des dizaines de millions de dollars d’argent public destinés à soutenir l’industrie ont été détournées par des hommes politiques. Pour expliquer que l’Afrique reste le continent le moins industrialisé de la planète, les experts avancent souvent un manque d’électricité, des infrastructures défaillantes et une difficulté d’accès aux capitaux. En République démocratique du Congo (RDC), s’ajoute à cela une corruption à grande échelle.

Pourtant, l’industrialisation du plus grand pays d’Afrique francophone constitue une priorité, une urgence même tant la situation économique, aggravée par la volatilité des cours des matières premières, se dégrade sur fond de crise politique.

 

D’autant que quatre à neuf millions d’emplois stables pourraient être créés en Afrique grâce à l’industrialisation d’ici à 2025, selon McKinsey. Un bon en avant industriel pour le continent, qui n’a contribué en 2013 qu’à 2 % de la production mondiale et un horizon de développement pour la population. Mais les politiciens congolais pourraient tenir leur pays à l’écart de cette tendance.

 

A Kinshasa, la capitale, une institution discrète tente de relever le défi. Le Fonds pour la promotion de l’industrie (FPI), créé en 1989, a traversé deux guerres avant de devenir vingt ans plus tard un établissement public et commercial. Certes, le site Internet est en dérangement et peu de communiqués sont diffusés par ce fonds stratégique alimenté par la collecte de la taxe pour la promotion de l’industrie ou encore l’impôt sur les importations, quelques-uns des innombrables prélèvements qui font rugir de colère tout entrepreneur.

 

Le FPI n’en a cure, a collecté plus de 393 millions de dollars entre 1989 et 2012 et continue de bénéficier de dizaines de millions de dollars chaque année. De quoi pouvoir mener à bien sa mission de soutenir et accompagner un essor industriel tant attendu dans ce pays qui importe tout ou presque et n’exporte rien d’autre que des ressources naturelles.

 

« En clair, il y a détournement de fonds »

 

Sauf que le FPI s’est mué en une incroyable machine à détournement de fonds public, selon Fidèle Likinda Bolom’Elenge. Ce député du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD, au pouvoir) a osé à dénoncer publiquement les manigances prévaricatrices de cette institution en pleine Assemblée nationale, en décembre 2014.

 

Ce partisan du chef de l’Etat Joseph Kabila pointe avec force détails la responsabilité de l’administrateur directeur général du FPI qu’il accuse d’avoir perçu des rétrocommissions et détourné 140 millions de dollars entre 2008 et 2014. De quoi déclencher l’ouverture d’une enquête parlementaire en janvier 2015 qui rendra ses conclusions dix mois plus tard au président de l’Assemblée nationale. Le destin industriel de la RDC est en jeu.

 

« Nous avons voulu épuiser la voie parlementaire pour régler le problème », dit Germain Kambinga, alors ministre de l’industrie, qui dispose de la tutelle sur le FPI. Le rapport d’enquête a longtemps été tenu au secret. Il a été débattu à huis clos en juin 2016 devant l’Assemblée nationale présidée par Aubin Minaku, un proche de Joseph Kabila, à qui l’on prête une ambition de lui succéder.

 

Pour tenter d’étouffer le scandale, M. Minaku a chargé un comité d’évaluation et de suivi de s’occuper du recouvrement des créances, d’éventuelles poursuites judiciaires contre les souscripteurs insolvables, comme le préconise le rapport.

 

C’est un document de 66 pages que Le Monde Afrique a pu consulter. Une enquête rigoureuse qui met à mal l’ambition industrielle du pays et révèle, preuves à l’appui, les pratiques corruptives de la classe politique.

 

Les députés devenus limiers sont parvenus à confirmer les détournements au prix de descentes à l’improviste dans les locaux du FPI et de visites des projets industriels qui ont bénéficié d’un appui à Kinshasa et à Lubumbashi, la capitale de la province minière du Haut-Katanga. Respectivement 70 et 78 % des projets n’y ont pas été réalisés. « Et les fonds perçus ne sont pas remboursés par les promoteurs ; le financement de ces projets n’a pas tenu compte des études de rentabilité et de la capacité financière des promoteurs ; les efforts de recouvrement ne sont pas perceptibles », peut-on lire dans le rapport. Les enquêteurs concluent sans ambages : « En clair, il y a détournement de fonds par les promoteurs des projets et laxisme du chef du FPI ».

 

 

De même que celles de l’Etat central, dont le budget a fondu, passant de 9 milliards de dollars en 2015 à 6 milliards l’année suivante. Pour l’exercice 2017, le budget de l’Etat du plus grand pays d’Afrique francophone s’élève à 4,5 milliards de dollars, soit moins que ce dont dispose la région Ile-de-France. Et les devises viennent à manquer dans ce pays continent qui a la singularité d’être fortement « dollarisé » depuis le début des années 1990, marquées par le déclin de Mobutu Sese Seko et une inflation de 2 000 %.

Aujourd’hui, les billets froissés de francs congolais ne valent plus grand-chose, comme le déplore Marie, désespérée face à son stand décharné de vente de biscuits et de farine dans un quartier populaire de Kinshasa. « Je vends autant, mais mes revenus ont baissé d’un tiers et les prix augmentent », explique cette mère esseulée de six enfants.

Depuis juin, le franc congolais a perdu plus de 30 % de sa valeur face au billet vert, l’inflation guette. Elle devrait atteindre 5 % en 2017 selon les estimations de la Banque centrale du Congo qui tente, en vain, d’endiguer la tendance. La vente de devises a échoué comme la tentative, en mars 2016, de faire payer aux sociétés minières leurs taxes en dollars… Deux ans après leur avoir demandé l’inverse. Une navigation à vue pour éviter le récif qui s’approche. Les réserves de change s’amenuisent, assurant seulement quatre semaines d’importations, selon le gouvernement.

Au sein de la communauté des banquiers, on ne parle que de « trois à quatre jours d’échanges commerciaux ». Ce qui augure une nouvelle période de disette dans un pays qui importe tout ou presque et n’exporte rien d’autres que ses matières premières.

Tas de cendre

Tous les indicateurs sont au rouge. La croissance de 7,7 % en moyenne entre 2010 et 2015 s’est effondrée et devrait n’être que de 2,5 % en 2016, selon la Banque centrale du Congo. Et l’impéritie politique aggrave une situation économique dramatique. Investi en novembre 2016, son gouvernement nommé le 20 décembre, date de la fin du second et dernier mandat du président Kabila, le sort du premier ministre Samy Badibanga est déjà scellé.

Après trois semaines interminables de dialogue sous l’égide de l’église catholique, l’accord entre la majorité présidentielle et l’opposition a enfin été signé le 31 décembre. Joseph Kabila demeure président le temps de la transition d’un an censée permettre d’organiser des élections fin 2017. Et le poste du chef de gouvernement doit échoir à l’opposition. « C’est comme si tout était asphyxié et qu’il fallait attendre que l’orage politique passe, sauf que la situation économique est préoccupante et ce ne sont pas les politiques qui vont la redresser », analyse un banquier influent de Kinshasa.

Lire aussi :   En RDC, le clan Kabila accepte la transition « sous réserve »

Au début des années 2000, le secteur bancaire congolais n’était qu’un tas de cendres, à l’image du pays ravagé par les guerres civiles, l’occupation étrangère et les pillages. Quinze ans après, le secteur bancaire est encore largement dominé par les cinq établissements locaux (BIAC, BCDC, Rawbank, Sofibank, Pro Credit, TMB), mais les banques régionales et internationales se sont multipliées et dix-huit acteurs majeurs y agissent désormais.

« Pour illustration, au cours de ces quinze dernières années, le total bilantaire des banques a été multiplié par près de treize fois, de même que les dépôts collectés ainsi que les crédits octroyés », souligne un rapport du cabinet Deloitte de décembre 2015. Le total des actifs bancaires en RDC s’élevait à 4,3 milliards de dollars fin 2014, le taux de pénétration bancaire à 6 % dans le pays (une agence pour 270 000 habitants), la paie du million de fonctionnaires, étant assurée par les banques depuis un accord de 2013 entre l’Association congolaise des banques (ACB) et le gouvernement. « La croissance a été très rapide, mais on avait touché le fond de la piscine et on est reparti avec une chiquenaude, résume Michel Losembe, ancien président de l’ACB qui a aussi fait fonction de directeur général de la Banque internationale pour l’Afrique au Congo (BIAC). Désormais les banques doivent affronter la réalité économique. Le plus dur commence. »


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/01/04/en-rdc-la-crise-est-aussi-economique_5057573_3212.html#QoHeVfYI5OOgJ0tm.99

 

 

Annexe 3

 

Enquête

RDC : la piste du scandale des passeports biométriques mène au clan Kabila

Le passeport congolais est l’un des plus chers au monde. Une partie des recettes s’évapore dans une société offshore détenue par un proche du président, révèle Reuters.

Le Monde.fr avec Reuters Le 13.04.2017 à 16h43 • Mis à jour le 13.04.2017 à 17h58

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Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, est en visite au ministère des affaires étrangères. Il esquisse un large sourire lorsqu’un ordinateur prend une photo de lui, puis ses empreintes digitales, pour le lancement du nouveau passeport biométrique équipé d’une puce, qui permet d’avoir plus de détails sur son identité.

Le président Kabila et ses conseillers ont vanté les mérites de ce passeport, affirmant officiellement qu’il allait permettre à chacun de circuler librement dans un monde de plus en plus préoccupé par la sécurité. Mais en privé, les instigateurs de ce nouveau système ont une autre raison de se réjouir : c’est l’occasion d’empocher des centaines de millions de dollars sur le dos des plus pauvres.

Ce passeport est l’un des plus chers au monde. Il coûte à chaque Congolais qui en fait la demande 185 dollars (soit près de 175 euros). A titre de comparaison, le passeport français pour un adulte coûte 86 euros. Mais d’après les documents consultés par Reuters, le gouvernement de la RDC ne recevrait que 65 dollars sur les 185 payés pour chaque demande, soit 35 % du prix.

Une société établie aux Emirats arabes unis

L’essentiel des sommes versées par le citoyen congolais va directement à Semlex, une entreprise, basée en Belgique, qui produit des documents de voyage (passeports, cartes d’identité…), et à une petite société basée aux Emirats arabes unis (EAU). Cette société du Golfe, LRPS, reçoit 60 dollars pour chaque passeport fourni, d’après les documents officiels du marché conclu entre le gouvernement congolais et Semlex. LRPS est enregistrée à Ras al-Khaïmah, aux EAU, mais les détails concernant son propriétaire ne sont pas consultables.

D’après une source proche du dossier, une certaine Makie Makolo Wangoi, proche du président Kabila, serait propriétaire de LRPS. Cette même source affirme que Mme Wangoi est allée aux EAU en juin 2015 afin de finaliser le transfert des parts de LRPS à son nom. Des documents relatifs à ce voyage et au transfert des parts montrent que Mme Wangoi détient LRPS, mais les preuves ne sont pas concluantes.

image: http://s1.lemde.fr/image/2017/04/13/768x0/5110930_3_3092_le-passeport-biometrique-congolais-l-un-des_47b095aec8d44613266ac1d448c506b7.jpg

Reuters a envoyé ses questions à propos de LRPS directement à Mme Wangoi par e-mail, mais elles sont restées sans réponse. La présidence congolaise n’a pas répondu non plus aux sollicitations à propos du montage sur les passeports et de l’identité du propriétaire de LRPS. De son côté, la société Semlex n’a pas souhaité faire de commentaire.

A la suite des différentes requêtes envoyées, un haut responsable de la sécurité congolaise a contacté Reuters et a affirmé qu’il communiquerait des réponses au nom de Joseph Kabila, de Makie Makolo Wangoi et des autres personnes déjà contactées. Il s’est ensuite ravisé et a préconisé d’envoyer toutes les questions au PDG de Semlex, Albert Karaziwan, sans donner plus d’informations.

Albert Karaziwan n’a pas répondu aux e-mails ni aux SMS qui lui ont été adressés. Ses avocats se sont refusé à tout commentaire, invoquant d’éventuelles poursuites judiciaires contre toute personne qui chercherait à diffuser des informations trompeuses dans l’affaire des passeports.

Reuters a donné la possibilité à Joseph Kabila et aux autres protagonistes présumés de l’affaire de réagir aux informations recueillies. Ils ne l’ont pas fait.

Des centaines de millions de dollars

Le prix étonnamment élevé du passeport congolais est pourtant démontré par une offre concurrente d’une entreprise belge sans rapport avec Semlex, Zetes. Dans ce document dont Reuters a pu prendre connaissance, Zetes souligne qu’en 2014, le plan gouvernemental de mise en place des passeports biométriques allait coûter 28,50 dollars pièce. Zetes a confirmé avoir fait cette offre.

Au fil du temps, les passeports biométriques à 185 dollars pourraient rapporter des centaines de millions de dollars aux sociétés LRPS et Semlex, détournant ces ressources d’un Etat instable et miné par la pauvreté. D’après l’ONU, le revenu annuel moyen en RDC n’excède pas 680 dollars par habitant.

L’État congolais a donc besoin de tous les fonds que le pays est capable de mobiliser, mais il s’est déjà privé dans le passé de ressources au profit de grandes entreprises. Un rapport publié par l’Africa Progress Panel en 2013 montre que la RDC aurait perdu près de 1,3 milliard de dollars de recettes dans cinq contrats miniers depuis 2010, car les entreprises publiques ont « systématiquement » sous-évalué des actifs lors de la vente de concessions à des investisseurs. Ces contrats impliquent des transactions complexes entre grandes entreprises, mais dans l’affaire des passeports, l’État se prive de revenus prélevés directement sur des citoyens congolais.

Lire aussi :   Joseph Kabila, roi du silence et du Congo-Kinshasa

Durant le règne de Kabila, certains de ses plus proches collaborateurs se sont beaucoup enrichis grâce aux intérêts détenus dans de nombreuses affaires dans le pays, d’après l’ONG anticorruption Global Witness. En décembre, Bloomberg avait dévoilé une liste de 70 entreprises – dont LRPS ne faisait pas partie – qui avaient, selon l’agence de presse, des liens avec les membres de la famille de Kabila, dont Mme Wangoi.

Joseph Kabila n’a pas réagi à ces révélations, mais certains de ses proches collaborateurs ont nié le fait que la RDC ait pu avantager certains fonctionnaires ou hommes d’affaires réputés proches du président. Ils ont aussi justifié l’implication de membres de sa famille dans les affaires, expliquant qu’ils sont des citoyens comme les autres, en droit d’avoir des activités commerciales.

Joseph Kabila aurait dû quitter le pouvoir au mois de décembre dernier, mais les élections ont été retardées et ses opposants lui dénient toute autorité.

Des courriers directement adressés à M. Kabila

Au cours des vingt dernières années, Semlex est devenu le principal fournisseur de pièces d’identité et de passeports pour de nombreux pays africains. Depuis son siège social, un bâtiment situé sur l’avenue Brugmann, à Bruxelles, l’entreprise a servi des clients aussi bien en Guinée-Bissau qu’au Kenya ou à Madagascar. La signature d’un contrat avec la RDC – l’un des pays les plus peuplés du continent, avec quelque 70 millions d’habitants – était particulièrement intéressante pour l’entreprise.

Les documents consultés par Reuters – dont ceux concernant les accords entre Semlex et le gouvernement, ainsi que les accords entre des individus et des entreprises impliqués dans l’opération – montrent comment la signature d’un tel contrat a été organisée. L’un des personnages clés dans cette affaire est le PDG de Semlex, Albert Karaziwan, qui a fondé l’entreprise en 1992 et qui la contrôle avec sa famille quasi intégralement.

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Albert Karaziwan est un Belge d’origine arménienne, né à Alep, en Syrie. Il possède un château en Belgique et des intérêts dans l’immobilier et l’hôtellerie. Il intervient principalement dans les domaines des technologies et de la sécurité pour des gouvernements, en particulier en Afrique. Entre octobre 2014 et juin 2015, M. Karaziwan a eu divers échanges avec les autorités congolaises, y compris à travers des courriers directement adressés à M. Kabila, d’après les documents consultés par Reuters.

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Le 16 octobre 2014, M. Karaziwan a envoyé une première expertise de ce que pouvait coûter un passeport biométrique : entre 21,50 euros et 43 euros, précisant que sa société pouvait même les faire fabriquer dans sa propre usine, en Lituanie. Cinq jours plus tard, M. Karaziwan a envoyé une autre lettre à M. Kabila. Cette fois-ci, il a invité deux hauts dirigeants proches du président congolais, Moïse Ekanga Lushyma et Emmanuel Adrupiako, à Dubaï pour discuter des termes du contrat.

M. Ekanga a dirigé l’organe gouvernemental chargé du programme de coopération sino-congolais portant sur plusieurs milliards de dollars. M. Adrupiako est, lui, un important conseiller financier qui travaille avec Joseph Kabila depuis 2001. Un responsable au fait de l’organisation de la présidence de M. Kabila décrit Adrupiako comme son « trésorier » officieux.

« Le contrat aurait dû être rendu public »

Au début du mois de novembre 2014, Semlex a affirmé qu’il pouvait fournir des passeports pour 50 dollars pièce, d’après des documents consultés par Reuters. Dans une lettre envoyée à M. Kabila le 13 novembre, le prix est pourtant passé à 120 dollars.

En mars 2015, M. Karaziwan était invité à Kinshasa par le ministre des affaires étrangères afin de finaliser l’accord. A la fin du mois de mai, Semlex s’est vu proposer un contrat pour cinq ans par le ministère du budget. En juin 2015, M. Karaziwan, le ministre congolais des affaires étrangères, Raymond Tshibanda, et le ministre des finances, Yav Mulang, ont finalisé l’accord.

Semlex a accepté d’investir 222 millions de dollars dans le projet. Le gouvernement congolais prévoyait de facturer 185 dollars le passeport à ses citoyens, une forte augmentation par rapport au prix de 100 dollars du précédent passeport.

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Le jour de la mise en service de ce nouveau passeport, M. Karaziwan, M. Tshibanda et des employés de Semlex ont pris la pose pour une photo que Reuters a pu voir : au milieu trône le président Kabila, esquissant un large sourire.

Quelques semaines plus tard, le premier ministre congolais de l’époque, Mapon Matata Ponyo, a écrit au ministre des affaires étrangères afin de se plaindre d’avoir appris la signature du contrat pour les passeports à travers la presse. Dans ce courrier – dont Reuters a pu prendre connaissance –, M. Matata Ponyo réclame plus de détails sur le contrat afin de vérifier s’il respecte les exigences de transparence. Il n’a jamais eu de réponse, a dit l’un de ses porte-parole.

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Un haut fonctionnaire de l’Autorité congolaise de régulation des marchés publics affirme que le contrat pour les passeports aurait dû passer par un appel d’offres. « Cela ne s’est pas produit, a-t-il dit. C’était directement géré par le ministère des affaires étrangères. Le contrat aurait dû être rendu public. »

A chacun sa part

Le contrat signé le 11 juin 2015 mentionne que 65 dollars sur les 185 dollars que coûte un passeport seront reversés à l’Etat congolais. Les 120 dollars restants seront reversés à un consortium – dont font partie Semlex Europe, basé à Bruxelles, Semlex Monde, installé aux EAU, l’imprimerie Semlex en Lituanie et l’entité enregistrée aux EAU, LRPS.

Ces 120 dollars ont été de nouveau répartis, selon les termes de deux autres contrats également datés du 11 juin. D’après l’un de ces contrats, une entreprise basée à Kinshasa – Mantenga Contacto Trading Limited – s’est vu attribuer 12 dollars pour chaque passeport délivré, en échange de la mise à disposition du personnel nécessaire pour la mise en œuvre du projet. Mantenga a pris acte des enquêtes de Reuters mais s’est refusé à tout commentaire.

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Les trois entreprises Semlex qui ont signé ces accords ont, elles, reçu 48 dollars pour chaque passeport délivré. Les 60 dollars restants sont allés dans les caisses du consortium. D’après un document consulté par Reuters, cet argent a été perçu par LRPS. En échange, l’entreprise devait contribuer aux tâches administratives, logistiques et aux relations avec le gouvernement congolais. Lors des négociations, LRPS était représenté par M. Karaziwan, le patron de Semlex, d’après le contrat conclu entre Semlex et le gouvernement congolais.

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Reuters n’a pas été en mesure de vérifier les statuts actuels de la société LRPS. Mais les statuts déposés devant les autorités de Ras al-Khaïmah, aux EAU, montrent que l’entreprise a été créée le 14 janvier 2015, pendant que Semlex était en pleine négociation avec les représentants de M. Kabila sur les passeports biométriques. Le document ne dit pas qui était le propriétaire de l’entreprise au moment de sa création.

Mais un second document – relatif au transfert des actions – indique qu’au cours de l’année 2015, LRPS appartenait à un Français installé à Dubaï, Cédric Fevre, un partenaire en affaires de M. Karaziwan. Ce document informatisé n’est pas signé, mais les métadonnées qu’il contient montrent qu’il a été créé aux EAU en 2015 et imprimé le 25 juin de la même année. Le jour même où Cédric Fevre a transféré l’intégralité des 10 000 parts de LRPS à Mme Wangoi, d’après une source au fait du dossier.

Mme Wangoi, une proche de la famille Kabila

Une deuxième source, qui était au courant du contrat sur les passeports sans en avoir une connaissance de première main, a confirmé que Mme Wangoi était devenue la propriétaire de LRPS après cette transaction.

La première personne, qui était en lien direct avec le dossier des passeports biométriques, affirme que les seules copies signées du transfert d’actions de LRPS sont entre les mains de M. Fevre et de Mme Wangoi. Reuters n’a pas pu voir une copie signée. M. Fevre et Mme Wangoi n’ont pas répondu aux sollicitations de l’agence.

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Le nom de Makie Makolo Wangoi n’est pas très connu en dehors de la famille de Joseph Kabila. Des registres de société montrent qu’elle est actionnaire de plusieurs sociétés, avec d’autres membres de la famille Kabila. Dans deux de ces sociétés basées en RDC – Shaba Impex SPRL et Shaboil SPRL –, Mme Wangoi utilise un autre nom, celui de Makolo wa Ngoy Kabila, d’après les registres.

Deux proches du président Kabila affirment que Mme Wangoi est l’une des nombreuses sœurs du président congolais. Elle a été présentée comme telle dans l’enquête de Bloomberg sur les intérêts économiques de la famille du président. Une autre source – spécialiste de la RDC et de la famille Kabila – a dit que Mme Wangoi pourrait aussi être une nièce du président.

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Le contrat pour les passeports a une durée de cinq ans. Il ne stipule pas combien de passeports seront délivrés, mais, ces dernières années, la RDC a délivré environ 2,5 millions de ses anciens modèles de passeport par an.

Une source en prise directe avec les opérations de Semlex a affirmé que l’entreprise belge avait produit environ 145 000 nouveaux passeports biométriques à la fin janvier 2017, ce qui permettrait à LRPS d’empocher près de 9 millions de dollars.

Dans un autre document consulté par Reuters, Semlex reconnaît qu’elle pourrait fournir à la RDC près de 2 millions de passeports par an en rythme de croisière. Ce qui signifie que l’entreprise belge pourrait recevoir jusqu’à 100 millions de dollars par an, et LRPS 120 millions de dollars.

Joseph Kabila s’accroche au pouvoir

La RDC se trouve dans une impasse politique depuis le 19 décembre 2016, date à laquelle le président Joseph Kabila a achevé son mandat mais a décidé de se maintenir au pouvoir. L’élection présidentielle a été repoussée, officiellement en raison de difficultés logistiques et financières, et la Cour constitutionnelle a validé la décision de Kabila.

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L’opposition congolaise se trouve grandement affaiblie depuis le décès de son chef de file, Etienne Tshisekedi, qui devait présider un conseil de transition chargé de veiller à ce que M. Kabila quitte effectivement ses fonctions avant la fin de l’année. La formation de ce conseil avait été approuvée dans un accord conclu le 31 décembre sous l’égide de l’Eglise catholique.

Joseph Kabila a nommé la semaine dernière l’opposant Bruno Tshibala à la tête d’un gouvernement de transition chargé d’organiser une élection présidentielle à la fin de cette année. Cette décision pourrait raviver les tensions au sein de l’opposition au chef de l’Etat, après l’échec d’une médiation visant à mettre en œuvre l’accord du 31 décembre dernier sur les modalités de son départ.

Que M. Kabila reste ou non à la tête du pays, cela n’empêchera pas LRPS de poursuivre son enrichissement grâce aux passeports délivrés par la RDC. L’article 14 du contrat mentionne que l’accord ne deviendra pas caduc, même en cas de « changement institutionnel » dans le pays.

Une enquête de David Lewis (Reuters)


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/04/13/rdc-la-piste-du-scandale-des-passeports-biometriques-mene-au-clan-kabila_5110933_3212.html#Em5pVP51uehIOhlf.99

 

 

Annexe 4

 

Reportage

En RDC, la crise est aussi économique

Derrière une situation politique instable se dessine un horizon financier sombre. Tous les indicateurs congolais annoncent l’effondrement.

Par Xavier Monnier (contributeur Le Monde Afrique, Kinshasa) et Joan Tilouine (Kinshasa, Lubumbashi, envoyé spécial)

LE MONDE Le 04.01.2017 à 12h44 • Mis à jour le 04.01.2017 à 23h37

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Chaque matin, à l’aube, les vendeurs à la sauvette comme les hommes d’affaires de Kinshasa, Lubumbashi et d’ailleurs consultent deux indicateurs. Le premier s’affiche sur leur smartphone : le cours du cuivre. Le second sur les tableaux noirs qui sont légion dans les centres-ville : le taux de change du franc congolais en dollar. Dans l’économie congolaise, jungle majoritairement informelle, dépourvue de suivi statistique précis et soumise à la volatilité des prix, ces deux chiffres constituent les seules balises.

Au sud-est du pays, lovée dans les monts verdoyants et les terrils, Lubumbashi, capitale de la province minière du Haut-Katanga, désespère. Le cœur économique du plus grand pays d’Afrique francophone bat au ralenti. Le prix de la tonne de cuivre a dégringolé sous la barre des 5 000 dollars (4 800 euros) en 2015, contre près de 8 000 dollars trois ans plus tôt, et remonte péniblement. Nombreux sont ceux qui, comme le géant anglo-suisse Glencore, ont suspendu leurs activités.

La soif du cuivre

« Le cours du cuivre a atteint sa valeur la plus basse depuis six ans ! », s’alarme la Fédération des entreprises du Congo dans son dernier rapport, pointant la perte récente de plus de 13 000 emplois dans le secteur minier qui, avec le pétrole, représente 95 % des recettes d’exportation du pays. De plus en plus de chômeurs errent dans les rues proprettes de l’ancienne Elisabethville, leur destin suspendu aux marchés des matières premières.

Au bout d’une avenue boueuse parsemée de barrages de policiers ivres et avides d’argent, l’une des dernières mines de la Gécamines se débat comme elle peut. A 25 km de Likasi (ex-Jadotville), Simon Tshirang, directeur du site minier de Kambove, est un survivant aussi usé que les installations datant du début du XXe siècle. « L’année a mal démarré et on ne produit plus que 20 000 tonnes de cuivre contre 450 000 tonnes à la fin des années 1980 », soupire-t-il.

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Société mythique et centenaire, la Gécamines désormais propriété de l’Etat, n’est plus qu’un « cadavre qui bouge encore un peu », selon l’un de ses cadres. Autrefois, elle faisait vivre toute la région, assurait les logements, la nourriture, les loisirs. Puis, ces dernières années, cette « vache à lait du régime » a été dépecée, cédant ses actifs miniers à des groupes opaques établis dans des paradis fiscaux et souvent détenus par des proches du président Joseph Kabila.

Parmi eux, un certain Dan Gertler, homme d’affaires israélien de 42 ans dont le nom figure dans les « Panama Papers ». Cet intime du chef d’Etat est soupçonné d’avoir bénéficié des largesses de la Gécamines à travers ses complexes circuits financiers offshore qui pourraient dissimuler des détournements de fonds.

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« Ce monsieur est arrivé avec rien ici, sinon quelques fonds que lui avait confiés son ami diamantaire Benny Steinmetz, et voilà qu’il a fondé un empire virtuel », déplore un homme d’affaires qui souffre de ne pas être en cour auprès du président. Car Joseph Kabila, avec ses proches, possède 70 entreprises actives dans les mines, la banque ou les hydrocarbures, selon une enquête de Bloomberg publiée en décembre.

L’emprise d’un clan

Plus qu’ailleurs, affaires et politique s’entremêlent en République démocratique du Congo (RDC). « Pour d’importants investissements, il faut l’accord du président ou de son entourage, ce qui n’était pas le cas autrefois, car les ministres avaient du pouvoir », confie un entrepreneur kinois très actif dans les mines.

Seuls les Chinois, qui consomment près de 40 % de la production cuprifère mondiale, continuent d’occuper le terrain. Leur drapeau flotte sur des terrils et des installations d’un autre âge. Ils achètent à bas prix les trouvailles de jeunes creuseurs illégaux qui risquent leur vie dans les entrailles du Katanga et les prises de receleurs de minerais volés dans les mines de la Gécamines par exemple. Ils investissent massivement à travers des sociétés opaques, mais ne créent pas d’emplois, constate un responsable local. « Tout investissement est le bienvenu, mais il est vrai qu’on apprécie les Chinois qui posent peu de conditions et font la distinction entre politique et business », lâche, conquis, un responsable politique de la province.

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« L’économie sombre. Ces dix dernières années, tout a changé et la confiance des investisseurs s’est dégradée. il y a eu trop de changements de lois et de nouvelles taxes », constate George Forrest, riche entrepreneur né au Congo il y a 76 ans. Celui que l’on surnomme le « vice-roi du Katanga » se prend à rêver de relancer une économie atone. Pour tenter de réduire la dépendance aux matières premières, il faut d’urgence développer le secteur agricole, dit-il. Un avis partagé par le nouveau gouverneur du Haut-Katanga, Jean-Claude Kazembe, nommé par le pouvoir pour faire oublier son prédécesseur, le riche et populaire Moïse Katumbi, candidat de l’opposition à l’élection présidentielle censée se tenir fin 2017.

« Je veux miser sur l’agriculture qui a un potentiel inexploité considérable, dit le nouveau gouverneur, qui a pour l’instant privilégié les travaux au gouvernorat. Quatre villages agricoles ont déjà été créés sur 4 000 hectares et je compte développer une industrie agroalimentaire. Ce n’est plus tolérable que le cuivre coûte moins cher que la viande. »

Navigation à vue

Mais les caisses du gouvernorat du Haut-Katanga sont vides. De même que celles de l’Etat central, dont le budget a fondu, passant de 9 milliards de dollars en 2015 à 6 milliards l’année suivante. Pour l’exercice 2017, le budget de l’Etat du plus grand pays d’Afrique francophone s’élève à 4,5 milliards de dollars, soit moins que ce dont dispose la région Ile-de-France. Et les devises viennent à manquer dans ce pays continent qui a la singularité d’être fortement « dollarisé » depuis le début des années 1990, marquées par le déclin de Mobutu Sese Seko et une inflation de 2 000 %.

Aujourd’hui, les billets froissés de francs congolais ne valent plus grand-chose, comme le déplore Marie, désespérée face à son stand décharné de vente de biscuits et de farine dans un quartier populaire de Kinshasa. « Je vends autant, mais mes revenus ont baissé d’un tiers et les prix augmentent », explique cette mère esseulée de six enfants.

Depuis juin, le franc congolais a perdu plus de 30 % de sa valeur face au billet vert, l’inflation guette. Elle devrait atteindre 5 % en 2017 selon les estimations de la Banque centrale du Congo qui tente, en vain, d’endiguer la tendance. La vente de devises a échoué comme la tentative, en mars 2016, de faire payer aux sociétés minières leurs taxes en dollars… Deux ans après leur avoir demandé l’inverse. Une navigation à vue pour éviter le récif qui s’approche. Les réserves de change s’amenuisent, assurant seulement quatre semaines d’importations, selon le gouvernement.

Au sein de la communauté des banquiers, on ne parle que de « trois à quatre jours d’échanges commerciaux ». Ce qui augure une nouvelle période de disette dans un pays qui importe tout ou presque et n’exporte rien d’autres que ses matières premières.

Tas de cendre

Tous les indicateurs sont au rouge. La croissance de 7,7 % en moyenne entre 2010 et 2015 s’est effondrée et devrait n’être que de 2,5 % en 2016, selon la Banque centrale du Congo. Et l’impéritie politique aggrave une situation économique dramatique. Investi en novembre 2016, son gouvernement nommé le 20 décembre, date de la fin du second et dernier mandat du président Kabila, le sort du premier ministre Samy Badibanga est déjà scellé.

Après trois semaines interminables de dialogue sous l’égide de l’église catholique, l’accord entre la majorité présidentielle et l’opposition a enfin été signé le 31 décembre. Joseph Kabila demeure président le temps de la transition d’un an censée permettre d’organiser des élections fin 2017. Et le poste du chef de gouvernement doit échoir à l’opposition. « C’est comme si tout était asphyxié et qu’il fallait attendre que l’orage politique passe, sauf que la situation économique est préoccupante et ce ne sont pas les politiques qui vont la redresser », analyse un banquier influent de Kinshasa.

Lire aussi :   En RDC, le clan Kabila accepte la transition « sous réserve »

Au début des années 2000, le secteur bancaire congolais n’était qu’un tas de cendres, à l’image du pays ravagé par les guerres civiles, l’occupation étrangère et les pillages. Quinze ans après, le secteur bancaire est encore largement dominé par les cinq établissements locaux (BIAC, BCDC, Rawbank, Sofibank, Pro Credit, TMB), mais les banques régionales et internationales se sont multipliées et dix-huit acteurs majeurs y agissent désormais.

« Pour illustration, au cours de ces quinze dernières années, le total bilantaire des banques a été multiplié par près de treize fois, de même que les dépôts collectés ainsi que les crédits octroyés », souligne un rapport du cabinet Deloitte de décembre 2015. Le total des actifs bancaires en RDC s’élevait à 4,3 milliards de dollars fin 2014, le taux de pénétration bancaire à 6 % dans le pays (une agence pour 270 000 habitants), la paie du million de fonctionnaires, étant assurée par les banques depuis un accord de 2013 entre l’Association congolaise des banques (ACB) et le gouvernement. « La croissance a été très rapide, mais on avait touché le fond de la piscine et on est reparti avec une chiquenaude, résume Michel Losembe, ancien président de l’ACB qui a aussi fait fonction de directeur général de la Banque internationale pour l’Afrique au Congo (BIAC). Désormais les banques doivent affronter la réalité économique. Le plus dur commence. »

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L’un des premiers obstacles à surmonter demeure la formation aux métiers bancaires. En croissance rapide, le secteur a dû embaucher beaucoup de monde. Sur les 4 500 employés du secteur à fin 2014 (en progression de 19 % par rapport à 2013), « peu sont préparés à la gestion du risque », souligne M. Losembe. Ainsi les créances douteuses au sein des établissements s’accumulent-elles sans que leur direction ne les signale. Selon l’estimation d’un banquier local, « 30 % à 35 % des fonds devraient être provisionnés pour assurer les créances douteuses qui existent ». Dit autrement, sur les 2 milliards de dollars de crédit en portefeuille, 800 millions de dollars sont des actifs pourris. Des pertes que ne pourraient supporter les banques, dont les fonds propres cumulés ne dépassent pas le millier de dollars.

Elus bancaires

La mauvaise gouvernance ravage le secteur. Evasion fiscale, surfacturation du commerce extérieur, investissements dans l’immobilier pour blanchir des commissions, détournements de fonds publics… Du blanchiment à grande échelle que « les banques couvrent pour faire leur chiffre », selon un haut cadre d’une banque congolaise.

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Mais le risque d’effondrement est bien réel. En mai 2016, la BIAC, propriété de la famille Blattner via une holding basée au Luxembourg, a évité de justesse la faillite. Des 320 millions de créances clientèles à fin 2015, 22 % étaient considérées comme douteuses. Et 60 % ont été accordées à des « personnalités particulièrement exposées » (PPE). « Il faut comprendre que 60 % de l’économie congolaise est liée à l’Etat ou à des entreprises d’Etat, pointe Michel Losembe. Or il n’existe jamais d’appel d’offres pour désigner quelles banques vont gérer les comptes. »

Les établissements ont pris l’habitude de rétribuer comme apporteur d’affaires les ministres, directeurs ou députés qui leur donnent accès à ces volumes d’argent. « Ou leur octroient des prêts qui ne seront jamais remboursés », souffle un haut dirigeant d’une banque internationale implantée à Kinshasa.

Pèse enfin sur la RDC l’épée de Damoclès du dollar. Toutes les transactions sont en effet compensées par des banques américaines qui pourraient bloquer 80 % du chiffre d’affaires des banques, une mesure proposée par le Sénat américain pour faire plier le régime de Kabila.

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Dans ce contexte de crise économique aggravée, une denrée fait florès à Kinshasa et partout dans le pays : le pain « kanga journée » (« fermer la journée », en lingala) tant il permet aux populations défavorisées de compenser l’absence de repas pour moins de 100 francs congolais (0,09 euro). Son concepteur, l’entreprise Congo Futur, a été placé sur la liste noire du Trésor américain, qui le soupçonne de financer le Hezbollah libanais. En RDC, les investisseurs savent s’adapter à la réalité économique que les hommes politiques ignorent, exploitent ou perpétuent. Au prix d’un pari fou : que la trop grande pauvreté empêche la longue mobilisation d’un peuple affamé.

Xavier Monnier contributeur Le Monde Afrique, Kinshasa

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Joan Tilouine Kinshasa, Lubumbashi, envoyé spécial

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Annexe 5

 

Enquête

« Panama papers » : Dan Gertler, roi du Congo et de l’offshore

La fortune de l’homme d’affaires israélien est dans les paradis fiscaux, mais ses intérêts sont en République démocratique du Congo, où il a prospéré à l’ombre des Kabila père et fils.

Par Joan Tilouine

LE MONDE Le 07.04.2016 à 15h16 • Mis à jour le 08.04.2016 à 08h21

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Dan Gertler fait partie de ces clients dont même la sulfureuse société de domiciliation fiscale offshore Mossack Fonseca ne veut pas. L’homme d’affaires israélien de 42 ans, à la tête d’un empire minier aussi vaste qu’opaque en République démocratique du Congo (RDC), est dans le viseur du Fonds monétaire international depuis 2012. Des ONG et le think tank de Koffi Annan, Africa Progress Panel, l’accusent de « pillage » et de corruption. Mais si la firme panaméenne tique alors qu’elle compte parmi ses clients des personnalités politiques contestées et des sociétés visées par les sanctions de l’ONU, c’est qu’elle s’est sentie flouée par le milliardaire.

Les « Panama papers » en trois points

  • Le Monde et 108 autres rédactions dans 76 pays, coordonnées par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), ont eu accès à une masse d’informations inédites qui jettent une lumière crue sur le monde opaque de la finance offshore et des paradis fiscaux.

  • Les 11,5 millions de fichiers proviennent des archives du cabinet panaméen Mossack Fonseca, spécialiste de la domiciliation de sociétés offshore, entre 1977 et 2015. Il s’agit de la plus grosse fuite d’informations jamais exploitée par des médias.

  • Les « Panama papers » révèlent qu’outre des milliers d’anonymes de nombreux chefs d’Etat, des milliardaires, des grands noms du sport, des célébrités ou des personnalités sous le coup de sanctions internationales ont recouru à des montages offshore pour dissimuler leurs actifs.

L’ire de Mossack Fonseca remonte à 2010. Un de ses bons clients, avocat à Gibraltar, lui a demandé de créer en urgence deux sociétés aux îles Vierges britanniques. Elle s’y prête de bonne grâce sans réaliser le contrôle habituel. Ce n’est qu’un an plus tard, après des dizaines de relance par courriel restées sans réponse, et à la suite d’une enquête des autorités financières des îles Vierges britanniques, que les Panaméens découvrent l’identité du bénéficiaire effectif de Foxwhelp Ltd et Caprikat Ltd : Dan Gertler.

Opacité bien ordonnée commence par soi-même. Les deux sociétés étaient dissimulées derrière un montage étourdissant qui a servi à masquer leur véritable propriétaire. Foxwhelp Ltd et Caprikat Ltd étaient détenues par un fonds d’investissement domicilié aux îles Caïmans, African Ressources Investment Fund, lui-même contrôlé par deux fondations au Liechtenstein, qui sont à leur tour possédées par deux trusts discrétionnaires à Gibraltar. Un système d’écluses presque impossible à remonter sans les documents des Panama papers. Seuls deux noms apparaissaient : l’avocat suisse Marc Bonnant et Khulubuse Clive Zuma, neveu affairiste du président sud-africain Jacob Zuma. Qui n’ont pas voulu commenter ce sujet.

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Furieuse, Jennifer Mossack, la fille du fondateur de la société panaméenne, ordonne la fermeture de toute entité liée à Dan Gertler qu’elle qualifie le 2 juin 2011 de « marchand de diamants du sang » dans un message interne consulté par Le Monde. Le 11 juillet à 12 h 08, Marc Bonnant, impavide, transfère ces sociétés chez Morgan & Morgan, le principal concurrent de Mossack Fonseca, également établi à Panama City.

Les premiers pas d’un aventurier

Dan Gertler a bâti sa fortune, estimée à 1,26 milliard de dollars par le magazine Forbes en 2015, sur un coup de poker. Petit-fils d’un diamantaire, il a débarqué en 1997, à l’âge de 23 ans, à Kinshasa, capitale d’un pays alors en guerre et dirigé pour quelques mois encore par Mobutu Sese Seko. Le chef rebelle Laurent Désiré Kabila a besoin d’argent et d’armes pour lancer l’assaut sur la capitale. Le jeune Israélien lorgne les gisements de diamants de l’est du pays. Les deux hommes s’entendent. « Dan » lève 20 millions de dollars pour financer la rébellion. En échange, il obtient de Laurent Désiré Kabila, devenu président, un quasi-monopole sur les diamants.

A la mort du « Vieux », assassiné au janvier 2001 par l’un de ses gardes, c’est son fils, Joseph Kabila, alors âgé de 30 ans, qui prend le pouvoir. Dan Gertler courtise ce jeune président taiseux et inexpérimenté qu’il a croisé sur la ligne de front au Katanga lors de la seconde guerre en RDC (1998-2003). L’homme d’affaire israélien devient son émissaire spécial avec mission de lui négocier le soutien des Etats-Unis. Il lui aurait aussi mis à disposition son jet privé.

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De fait, leur amitié semble perdurer au-delà de la rupture brutale du monopole sur le diamant cette année 2001. Dan Gertler est même invité au mariage de Joseph Kabila cinq ans plus tard. Il se rapproche surtout du plus proche conseiller du président : Augustin Katumba Mwanke. L’homme a la haute main sur la gestion des matières première congolais. Au début des années 2000, c’est lui qui remet à Dan Gertler les clés du coffre de la RDC.

Mines et pétrole

Selon les Nations unies, le pays recèle dans son sous-sol de ressources inexploitées estimées entre 18 000 milliards et 24 000 milliards de dollars. Au-delà du diamant, l’homme d’affaires israélien va se lancer dans le cobalt, le fer, l’or, le manganèse et surtout le cuivre. Il profite du démembrement de la Gécamines, la société publique d’exploitation minière et vache à lait du régime.

A l’époque de la brouille avec la firme panaméenne Mossack Fonseca, Dan Gertler franchit un nouveau cap en obtenant des permis d’exploitation pétrolière. Et non des moindres : après l’éviction des britanniques de Tullow Oil, le pouvoir lui octroie les blocs I et II de la partie congolaise du Lac Albert. Ses sociétés Foxwhelp Ltd et Caprikat Ltd sont intégrées dans Oil of DR Congo, une filiale de son groupe Fleurette constitué à Gibraltar et imposable aux Pays-Bas.

La région est instable. A la lisière du parc naturel des Virunga rodent des groupes armés. Dan Gertler n’en a cure. Cowboy rodé par ses aventures minières, il finance les forces de l’ordre et multiplie les investissements sociaux dans les villages. Après avoir claironné en 2014 la découverte d’une réserve de trois milliards de barils, il annonce le démarrage de l’exploitation de ces gisements pour 2016.

Sauf qu’à Kinshasa, nul n’y croit vraiment. Car Dan Gertler a la réputation d’acquérir les permis miniers et pétroliers mais de ne pas les exploiter. « Nous avons investi 100 millions de dollars dans ces projets du lac Albert depuis 2010, et 1,8 milliard de dollars pour exploiter des mines de cuivre dans le Katanga avec [le géant helvético-britannique du négoce de matières premières] Glencore », se défend un représentant de son groupe Fleurette.

Fraude au fisc congolais

Le nom de Dan Gertler est apparu sur des comptes en Suisse chez HSBC. Les domiciliations exotiques de ses sociétés, elles, lui permettent de ne payer qu’un minimum d’impôts en République démocratique du Congo, où les experts estiment que l’homme d’affaires israélien a fait perdre des milliards de dollars de revenus à l’Etat. En 2014, il a revendu au gouvernement les droits pétroliers détenus à travers une obscure société offshore, Nessergy, trois cent fois plus cher que leur prix d’achat.

« Dan Gertler fait partie des gens qui paralysent l’économie congolaise », constate un diplomate occidental à Kinshasa. « Les autorités congolaises n’ont pas la capacité d’enquêter sur les circuits financiers offshore, déplore de son côté le député congolais Samy Badibanga. La RDC est devenue une plateforme importante de blanchiment d’argent, de fraude fiscale et d’évasion illégale de capitaux ». Une fois encore, le groupe Fleurette conteste. « Nous employons 30 000 personnes (en RDC) nous sommes la plus grande source privée de recettes fiscales pour le gouvernement congolais », martèle Pieter Deboutte, le bras-droit de Dan Gertler à Kinshasa.

Pour la plupart des Congolais, Dan Gertler, notoirement proche de Joseph Kabila et du riche entrepreneur et ancien gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, reste une énigme. La RDC, pourtant, est sa « seconde patrie », dit-il. Naturalisé en 2003, il y débarque chaque semaine ou presque en jet privé, rend visite au rabbin de Kinshasa et reçoit ses interlocuteurs dans sa fastueuse villa du centre-ville, ou, plus rarement, dans celle qu’il loue au cœur des mines du Katanga.

Il a « tout compris à la politique des négros »

En plus des hôpitaux et des dispensaires, Dan Gertler le philanthrope a rénové le zoo de Lubumbashi mais aussi l’école française de cette ville, au plus grand embarras de Paris qui ne sait que penser de lui. Le vendredi, en général, il repart en Israël pour passer le shabat en famille dans sa demeure de Bnei Brak, cité connue pour abriter une communauté juive ultra-orthodoxe dans la banlieue de Tel-Aviv. Celui que ses partenaires décrivent comme « un joueur de poker agressif et prêt à tout pour gagner » se vante aussi d’avoir « tout compris à la politique des négros », selon un de ses anciens collaborateurs interrogé par la justice israélienne en 2010.

L’Israélien sait aussi se jouer de ses détracteurs. Chassé de Mossack Fonseca en 2011, il est réapparu quatre ans plus tard dans les fichiers de la firme panaméenne à travers un contrat passé avec la société Callery Ressources Ltd, domiciliée au Panama, qui fait valoir des prestations de conseil à hauteur de 10 millions de dollars sur le site minier de Mutanda. Ce gisement, situé non loin de Kolwezi, au Katanga, est opéré par Glencore en partenariat avec Dan Gertler. Là encore, les actifs et les revenus de la mine irriguent des sociétés établies dans des paradis fiscaux.

Des circuits offshore qui commencent à inquiéter Kinshasa. Pour des raisons politiques. Moïse Katumbi, l’ancien gouverneur du Katanga, a rallié la principale coalition de l’opposition qui l’a désigné, le 30 mars 2016, comme candidat à la présidence. Il apparaît comme la menace la plus sérieuse pour le chef de l’Etat, Joseph Kabila, qui se méfie désormais de son « ami » Dan Gertler. « Le président n’a pas d’amis, tranche un de ses conseillers. Dan [Gertler] est beaucoup trop proche de Moïse [Katumbi]. Le président sait bien qu’il peut trahir et le tient à distance. » Ce qui fait sourire l’entourage de M. Katumbi, qui nie tout lien financier avec Dan Gertler : « Dan doit tout à Kabila, qui lui doit une bonne partie de sa fortune ».

De fait, le chef de l’Etat redoute désormais que la fortune qu’il a autorisé Dan Gertler à accumuler s’en aille financer la campagne d’un adversaire pour l’élection présidentielle, prévue fin 2016.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/04/07/panama-papers-dan-gertler-roi-du-congo-et-de-l-offshore_4898097_3212.html#7HlUf5Fhqx9S5Svo.99

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Annexe 6

 

Portrait

Jean-Jacques Lumumba, banquier congolais exilé et dénonciateur du système Kabila

En s’opposant à des manipulations bancaires, ce descendant du premier ministre assassiné, Patrice Lumumba, s’était attiré les foudres du pouvoir à Kinshasa.

Par Xavier Monnier (Contributeur Le Monde Afrique)

LE MONDE Le 22.12.2016 à 16h47 • Mis à jour le 23.12.2016 à 09h24

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En ce mois de décembre, le train de banlieue fend le brouillard et stoppe dans une gare sans âme de la banlieue d’une grande ville du cœur de l’Europe. Température négative, ciel bas et lourd, une ambiance grise d’où émerge une silhouette élancée qui requiert de ne pas citer le lieu où nous le rencontrons. C’est la prudence d’un banquier contraint, en juin, de fuir son pays, la République démocratique du Congo, après avoir refusé de couvrir ce qu’il dénonce comme des malversations financières dans l’entourage du président Joseph Kabila.

Lire aussi :   Le « Macron congolais », lui, reste fidèle à son président Joseph Kabila

Quelques semaines auparavant, il avait en effet découvert d’étranges opérations bancaires au sein de la filiale congolaise de la BGFI. Jean-Jacques Lumumba avait intégré cet établissement en 2012, avec enthousiasme. La réputation de la banque, son implantation internationale et son réseau semblaient alors des gages de sérieux. En 2016, à peine trentenaire, il avait été promu directeur des engagements avec un confortable salaire à la clé. Son parcours suit l’évolution de l’établissement. En quelques années, la BGFI s’est fait une place dans la jungle bancaire congolaise, pointant dans le top 6 des établissements locaux. Au Congo, son directeur n’est autre que Francis Selemani Mtwale, un intime de Joseph Kabila dont la rumeur assure qu’il est son frère adoptif. Gloria Mteyu, la sœur cadette du chef de l’Etat, créatrice de mode et femmes d’affaires, porte 40 % des parts de la BGFI RDC.

Une ascendance prestigieuse

Jean-Jacques Lumumba n’est pas, non plus, un Congolais comme les autres. La légère dépigmentation qui barre le côté droit de son visage, blanchit son bouc et ses cils, donne au trentenaire d’un bon mètre quatre-vingt-dix, un aspect mystique. Mais c’est son patronyme qui le distingue. Patrice Lumumba, icône africaine de la décolonisation, premier premier ministre du Zaïre indépendant, assassiné en 1961, était son grand-oncle maternel. « Sa famille m’a élevé, entre Limete et Matonge, sourit Jean-Jacques Lumumba. Et du côté de mon père, nous avons des liens avec Simon Kimbangu [fondateur et prophète de la religion Kimbanguiste, une église chrétienne congolaise née au début du XXe siècle], je suis son arrière-petit-neveu ».

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Un double patronage qui a guidé une enfance kinoise marquée par les descentes de police, le harcèlement des militaires de Mobutu Sese Seko, et le pillage des maisons familiales par des miliciens de Laurent-Désiré Kabila, craignant l’aura qui entoure encore le nom de Lumumba. Malgré cela, l’exil n’avait jamais fait partie de l’horizon de l’ancien élève de l’institut Jésuite Boboto, au cœur du quartier de la Gombe.

Ce sont finalement ses fonctions professionnelles qui le contraindront de s’enfuir. La BGFI est en effet une banque très politique qui héberge notamment les comptes de la Commission électorale nationale et indépendante (CENI). C’est cette institution qui, faute de moyens pour recenser l’électorat, a demandé au président de reporter l’élection présidentielle aux calendes grecques et fournit à la majorité présidentielle l’argumentaire pour que Joseph Kabila se maintienne au pouvoir après l’expiration de son mandat, ce 19 décembre.

L’étrange prêt de la CENI

Bien que disposant de moyens financiers non négligeables - au moins 55 millions de dollars en mai 2016, selon les documents consultés par Le Monde Afrique - la CENI a obtenu, en mai toujours, un prêt à la BGFI de 25 millions de dollars, au taux de 8,5 % par an, agrémenté d’une commission d’arrangement de 0,5 %, d’une commission de notification de 2,5 % et de frais de dossier de 1 %. L’opération est d’autant plus étonnante que la CENI est mise à l’index par la banque centrale congolaise pour des impayées auprès de fournisseurs. Cela devrait lui interdire le recours à des prêts et à des décaissements. Pourtant, dès la mi-mai, 2 millions de dollars sont prélevés par la banque. Entre mai et septembre, 7,5 millions de dollars sont retirés par trois questeurs de la CENI pour payer leurs agents.

Lire aussi :   L’art de retarder les élections en RDC, raconté par l’un de ses stratèges

Directeur du recouvrement, Jean-Jacques Lumumba assure s’être opposé à ce prêt et aux décaissements qui ont suivi. « Cela a été le début de mes problèmes. Ces prêts et ces retraits étaient illégaux, en raison de la mise à l’index. C’est l’argent du peuple destiné aux élections qu’on me demandait de laisser passer ! J’ai alerté, en interne, mais le directeur général et son adjoint ont forcé l’opération et m’ont dit de l’assumer. »

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Les pressions ont alors commencé. Francis Selemani et son adjoint lui demandent des explications sur cette opération et sur de précédentes remarques qu’il avait transmises au cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC), auditeur de la banque. MM. Selemani et Diop n’ont pas répondu à nos sollicitations. « J’avais dénoncé l’étrange fonctionnement des comptes de certains clients, se rappelle Jean-Jacques Lumumba. Au moment où elles ne pouvaient plus honorer des prêts, le directeur général leur trouvait des fonds pour régler leurs engagements. Les prêts devenaient une façon de blanchir des fonds et de détourner de l’argent. J’ai compris qu’ils voulaient me faireporter le chapeau au cas où ces opérations deviendraient publiques. Alors comme j’avais des soucis de santé, je me suis mis en congé maladie. »

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Une convalescence loin du pays, en Europe, où sa femme et ses jeunes enfants l’ont rejoint. Mais la pression ne retombe pas. « Les bruits qui me parvenaient de la banque étaient mauvais », raconte-t-il.Pour se protéger, Jean-Jacques Lumumba s’est donc ouvert à la presse. Celle de l’ancien colonisateur belge d’abord, le quotidien Le Soir, puis auprès des médias anglo-saxons, déclenchant en novembre un premier tourbillon médiatique.

Atteinte au secret défense

Au-delà de la CENI, d’autres opérations suspectes apparaissent. Les comptes de la Gécamines, l’ancien conglomérat minier public, ont été prélevés en deux fois de 2,7 millions de dollars pour des commissions portant sur le même emprunt. Autre exemple, un virement de la Banque centrale du Congo, sur un compte de la société de produits surgelés Egal, provoque un tweet rageur du directeur de cabinet adjoint du président Kabila. « Divulguer un des moyens du financement de la défense de son pays est une trahison. Le nom du héros national a été sali ». Est-ce à dire que la BGFI financerait, via un compte fictif, des achats d’armes alors que le pays est encore sous embargo de l’ONU ? (2) Contacté, M. Kambila n’a pas répondu à nos sollicitations. « Quand j’ai vu les réactions j’ai réellement pris la mesure de ce que j’avais découvert, souffle Jean-Jacques Lumumba. Et j’ai compris que je ne pourrais pas rentrer. »

Depuis, d’autres scandales ont explosé dans la presse anglo-saxonne. L’agence de presse Bloomberg a recensé les 77 sociétés, dont la BGFI, dans lesquelles la famille du président a des intérêts. Le New York Times lui a emboîté le pas. L’ancien banquier les suit depuis son exil, où il a repris des études de finances. « C’est une déferlante assez terrible, soupire un diplomate congolais, qui dénote l’état du système bancaire et judiciaire du pays ». Aucune enquête n’a été ouverte après les révélations de Jean-Jacques Lumumba, ni aucune procédure à son encontre depuis sa démission de la BGFI.

Xavier Monnier Contributeur Le Monde Afrique
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/12/22/jean-jacques-lumumba-banquier-congolais-exile-et-denonciateur-du-systeme-kabila_5053068_3212.html#Sk7QPe9hMjgexVC3.99

 

Enquête

En RDC, l’industrialisation freinée par la corruption

Des dizaines de millions de dollars d’argent public destinés à soutenir l’industrie ont été détournés par des hommes politiques.

Par Joan Tilouine et Xavier Monnier (contributeur Le Monde Afrique)

LE MONDE Le 13.02.2017 à 10h25 • Mis à jour le 13.02.2017 à 20h37

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Pour expliquer que l’Afrique reste le continent le moins industrialisé de la planète, les experts avancent souvent un manque d’électricité, des infrastructures défaillantes et une difficulté d’accès aux capitaux. En République démocratique du Congo (RDC), s’ajoute à cela une corruption à grande échelle.

Pourtant, l’industrialisation du plus grand pays d’Afrique francophone constitue une priorité, une urgence même tant la situation économique, aggravée par la volatilité des cours des matières premières, se dégrade sur fond de crise politique.

D’autant que quatre à neuf millions d’emplois stables pourraient être créés en Afrique grâce à l’industrialisation d’ici à 2025, selon McKinsey. Un bond en avant industriel pour le continent, qui n’a contribué en 2013 qu’à 2 % de la production mondiale et un horizon de développement pour la population. Mais les politiciens congolais pourraient tenir leur pays à l’écart de cette tendance.

Lire aussi :   Economie : où en sont les « lions » d’Afrique ?

A Kinshasa, la capitale, une institution discrète tente de relever le défi. Le Fonds pour la promotion de l’industrie (FPI), créé en 1989, a traversé deux guerres avant de devenir vingt ans plus tard un établissement public et commercial. Certes, le site Internet est en dérangement et peu de communiqués sont diffusés par ce fonds stratégique alimenté par la collecte de la taxe pour la promotion de l’industrie ou encore l’impôt sur les importations, quelques-uns des innombrables prélèvements qui font rugir de colère tout entrepreneur.

Le FPI n’en a cure, a collecté plus de 393 millions de dollars entre 1989 et 2012 et continue de bénéficier de dizaines de millions de dollars chaque année. De quoi pouvoirmener à bien sa mission de soutenir et accompagner un essor industriel tant attendu dans ce pays qui importe tout ou presque et n’exporte rien d’autre que des ressources naturelles.

« En clair, il y a détournement de fonds »

Sauf que le FPI s’est mué en une incroyable machine à détournement de fonds public, selon Fidèle Likinda Bolom’Elenge. Ce député du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD, au pouvoir) a osé à dénoncer publiquement les manigances prévaricatrices de cette institution en pleine Assemblée nationale, en décembre 2014.

Ce partisan du chef de l’Etat Joseph Kabila pointe avec force détails la responsabilité de l’administrateur directeur général du FPI qu’il accuse d’avoir perçu des rétrocommissions et détourné 140 millions de dollars entre 2008 et 2014. De quoi déclencher l’ouverture d’une enquête parlementaire en janvier 2015 qui rendra ses conclusions dix mois plus tard au président de l’Assemblée nationale. Le destin industriel de la RDC est en jeu.

Lire aussi :   L’Afrique subsaharienne peut-elle converger sans usines ?

« Nous avons voulu épuiser la voie parlementaire pour régler le problème », dit Germain Kambinga, alors ministre de l’industrie, qui dispose de la tutelle sur le FPI. Le rapport d’enquête a longtemps été tenu au secret. Il a été débattu à huis clos en juin 2016 devant l’Assemblée nationale présidée par Aubin Minaku, un proche de Joseph Kabila, à qui l’on prête une ambition de lui succéder.

Pour tenter d’étouffer le scandale, M. Minaku a chargé un comité d’évaluation et de suivi de s’occuper du recouvrement des créances, d’éventuelles poursuites judiciaires contre les souscripteurs insolvables, comme le préconise le rapport.

Lire aussi :   En RDC, la crise est aussi économique

C’est un document de 66 pages que Le Monde Afrique a pu consulter. Une enquête rigoureuse qui met à mal l’ambition industrielle du pays et révèle, preuves à l’appui, les pratiques corruptives de la classe politique.

Les députés devenus limiers sont parvenus à confirmer les détournements au prix de descentes à l’improviste dans les locaux du FPI et de visites des projets industriels qui ont bénéficié d’un appui à Kinshasa et à Lubumbashi, la capitale de la province minière du Haut-Katanga. Respectivement 70 et 78 % des projets n’y ont pas été réalisés. « Et les fonds perçus ne sont pas remboursés par les promoteurs ; le financement de ces projets n’a pas tenu compte des études de rentabilité et de la capacité financière des promoteurs ; les efforts de recouvrement ne sont pas perceptibles », peut-on lire dans le rapport. Les enquêteurs concluent sans ambages : « En clair, il y a détournement de fonds par les promoteurs des projets et laxisme du chef du FPI ».

Des fonds confisqués par des politiques

Selon le rapport d’enquête parlementaire, les pertes ou plutôt les détournements s’élèvent à 138 838 100 francs congolais, 98 millions de dollars. Parmi les bénéficiaires se trouvent nombre de députés et sénateurs congolais – parmi les mieux payés de la planète. Des gouverneurs, des ministres en exercice… Il y a aussi d’anciens membres du gouvernement et leurs proches.

Il en va ainsi de Tryphon Kin-Kiey Mulumba, ministre des relations avec le Parlement de 2014 à 2016, qui s’est vu octroyer un prêt de 450 000 dollars pour équiper et pérenniser l’imprimerie de son groupe de presse. Sauf que cette somme n’a pas servi à contribuer à l’industrialisation du pays. Le ministre a plutôt remboursé un précédent crédit contracté auprès d’une banque plus à cheval sur les traites. Une inteprétation que conteste Tryphon Kin-Kiey Mulumba qui assure être en procès avec le FPI depuis sept ans sur ce litige. « La machine et les intrants ont fini par être acquis par les moyens propres de mon groupe de presse, notification en a été faite au FPI, dit-il. Si détournement il y a, c’est mon groupe de presse qui en a pâti du fait du FPI. »

Lire aussi :   L’industrialisation de l’Afrique nécessite un idéal commun

Son collègue, l’ancien gouverneur du Katanga (de 2001 à 2004) devenu ministre de la défense puis des hydrocarbures, Aimé Ngoy Mukena Lusa Diese, s’est vu verser 300 000 dollars. A côté de la politique, ce n’est pas l’industrie qui passionne ce professeur de philosophie à l’université de Lubumbashi qui a pourtant présenté un projet d’achat de minoterie et de camions pour sa société agricole. Sauf qu’il a investi le prêt du FPI dans la construction d’un immeuble sur une parcelle qu’il détient pour le mettre en location.

Plus au nord, dans la province du Haut-Lomami, le gouverneur Célestin Mbuyu Kabango a bénéficié de 931 528 dollars de la part du FPI pour la modernisation de sa savonnerie. Interrogé par la commission d’enquête, il a louvoyé puis a assuré que ses machines ont bel et bien été achetées mais qu’elles seraient bloquées par les douanes en Turquie. Aucune des traites de son prêt n’a été honorée.

Une liste à rallonge où affleure l’épouse d’un ministre régalien, des proches de l’ancien ministre de l’intérieur Evariste Boshab, le vice-président de la Commission électorale indépendante en charge de l’organisation des élections ou des intimes de l’administrateur délégué général lui-même Constantin Mbengele.

Coups de feu et tentatives de recouvrer les fonds

Devant la commission d’enquête, ce dernier a indiqué son peu d’emprise sur les hommes politiques. « S’ils ne réalisent pas les projets, ne remboursent pas les prêts ou ne justifient pas les subventions reçues, le FPI se trouve limité dans ces cas par l’environnement politique. Dans l’exercice des activités du FPI, il y a des décisions prises par le gouvernement que le FPI ne peut qu’exécuter », s’est-il défendu.

Au siège du FPI, quelques scènes surréalistes ont émaillé l’été 2016. En juin, le responsable de ce fonds corrompu s’est enfermé pendant trois heures pour éviter que les militaires du conseiller spécial du président Kabila pour la bonne gouvernance, contre la corruption et le blanchiment des capitaux, Luzolo Bambi, ne l’arrêtent. Fin août, son escorte n’a pas hésité à ouvrir le feu sur ces mêmes militaires venus l’interpeller. Depuis, Constantin Mbengele a été démis de ses fonctions, sans pour l’heure être officiellement poursuivi, ce qui renforce encore un peu plus le sentiment d’impunité.

Lire aussi :   Didier Acouetey : « Le secteur privé africain se débat dans un écosystème peu favorable »

Et un projet de loi a été déposé en décembre 2016 à l’Assemblée nationale, pour que le FPI bénéficie du privilège du Trésor, « soit la possibilité de saisir des biens et des comptes en banque », précise l’ex-ministre de l’industrie Germain Kambinga. Le texte doit encore être ratifié par le Parlement, dont la prochaine session est suspendue aux interminables négociations entre la majorité et l’opposition sur le partage du pouvoir et l’organisation de nouvelles élections. Un « glissement » qui ne paralyse pas seulement la vie politique.

Depuis la fin de la commission d’enquête parlementaire, les impayés ont gonflé. Ce sont 260 millions de dollars qui manquent aux caisses du FPI. Une manne largement dispersée par les élus, au détriment d’une industrialisation de la RDC qui n’a pas encore démarré.

Xavier Monnier contributeur Le Monde Afrique

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Joan Tilouine

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Annexe 7

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Boys mine for copper in a pit about 20 kilometers (12.4 miles) outside Lubumbashi, Democratic Republic of Congo. 

Photographer: Per-Anders Pettersson/Getty Images

With His Family’s Fortune at Stake, President Kabila Digs In

Joseph Kabila and his relatives have built a network of businesses that reaches into every corner of Congo’s economy. Is that why he won’t step down?

by Michael Kavanagh, Thomas Wilson and Franz Wild 15 décembre 2016 à 06:01 UTC+1

In his only public speech this year, Joseph Kabila, president of the Democratic Republic of Congo, was defiant about his refusal to hand over power when his final term ends on Dec. 19. “I cannot allow the republic to be taken hostage by a fringe of the political class,” he told parliament last month as members cheered.

His presidency had brought peace and economic growth to Congo, the 45-year-old said, outlining reforms he’d made in telecommunications, mining, energy and banking. What he didn’t say is how some of his own family members are among the biggest beneficiaries of those changes—including his sister Jaynet and brother Zoe, who both listened from the front row as elected members of parliament. 

Together the Kabilas have built a network of businesses that reaches into every corner of Congo’s economy and has brought hundreds of millions of dollars to the family, a Bloomberg News investigation has found. The sprawling network may help explain why the president is ignoring pleas by the U.S., the European Union and a majority of the Congolese people to hand over power next week, though his advisers dispute this.

Kabila at parliament for his only public speech of the year on Nov. 15, 2016, in Kinshasa.

Photographer: Junior D. Kannah/AFP via Getty Images

Kabila’s refusal to step down threatens to thrust his country back into the kind of chaos that cost millions of lives after his father took power nearly two decades ago. It could also destroy the tenuous stability that attracted international investment—mainly from mining giants like Freeport-McMoRan Inc. and Glencore Plc—and turned Congo into Africa’s biggest producer of copper, tin and cobalt.

In February, S&P Global Ratings lowered Congo’s investment outlook to negative amid rising political tensions. It affirmed that view in August. The last civil war destroyed the country’s copper industry, cutting production more than 96 percent by the time the conflict ended in 2003.

Since then, foreign investment has helped generate more than 100,000 jobs in mining and oil alone, tripled the size of the economy—and allowed the family’s empire to flourish. Over that period, Kabila and his siblings have assembled an international business network stretching across at least 70 companies, according to a Bloomberg News analysis of thousands of company documents and court filings as well as dozens of interviews with bankers, businessmen, miners, farmers and former government officials.

While Congolese law doesn’t prohibit politicians or their families from having business interests, the scope of that empire has only recently become visible, in publicly available corporate and government records that Congolese regulators have computerized and made searchable in just the past few years. Bloomberg News, with support from the Pulitzer Center on Crisis Reporting, traced the Kabilas’ interests by amassing an archive of hundreds of thousands of pages of corporate documents that shows his wife, two children and eight of his siblings control more than 120 permits to dig gold, diamonds, copper, cobalt and other minerals. 

Two of the family’s businesses alone own diamond permits that stretch more than 450 miles across Congo’s southwestern border with Angola. Family members also have stakes in banks, farms, fuel distributors, airline operators, a road builder, hotels, a pharmaceutical supplier, travel agencies, boutiques and nightclubs. Another venture even tried to launch a rat into space on a rocket. 

In Congo’s largely informal, cash-based economy where the family stakes are almost all in privately held companies, the exact value of the businesses isn’t known. The few figures available in publicly accessible documents show investments worth more than $30 million in just two companies. Estimated revenue for another company exceeds $350 million over four years—in a country where World Bank data show that nearly two-thirds of the 77 million people live on less than $1.90 per day

While some of the businesses are owned directly, the family also has dozens of joint ventures and shell corporations through which it holds stakes to varying degrees in all manner of industries. That creates a system so pervasive that even seemingly innocuous payments—such as rent paid by the UN for a police station—end up finding their way to the Kabila family, an analysis of the network shows. It can be a ham-handed operation: Perhaps in its eagerness to tap the country’s resource wealth, the family has sometimes driven away outside investment that would have made some of its members even more money.

Government spokesman Lambert Mende said he couldn’t comment on issues concerning the president's family, which he considered a private matter. When asked how Bloomberg News could direct questions to Kabila, he said the president does not talk to Western media. Theodore Mugalu, who handles the family’s personal affairs, didn't respond to a series of phone calls and text messages requesting comment. 

Kabila’s second term as president ends on Dec. 19, and the constitution bars him from running again. But the country’s electoral commission has delayed elections until at least April 2018, and a constitutional court that Kabila created last year has ruled he should stay on until a vote is held.

Publicly, Kabila says the delay has nothing to do with him and that an election will be called once voter-registration rolls are complete. Privately, he tells associates he’s staying put, says Francis Kalombo, one of his closest allies until he broke ranks last year. “He’s not going to do all that he’s doing, make all this effort, for one more year,” Kalombo said. “For him, it’s for life.”

Kabila’s chief diplomatic adviser, Barnabe Kikaya Bin Karubi, called the accusation false. “To say that he wants to stay in power because he wants to protect all these business deals, I think, is not proper,” Kikaya said in an interview in Paris. “He has said time and again what he wants to leave as a legacy to the Congo: a democratic process.”

Kikaya, who said he couldn’t comment on behalf of the president about his family’s affairs, nevertheless defended their right to conduct business. “The Congo is their country—they have to live, they have to have an income,” he said. “Whether their position as the first family makes things easy for them I think is normal. It’s normal, provided no laws are broken.”

For most Congolese, the economy isn’t booming anymore. The government has had to revise down its growth forecast three times this year due to weak commodity prices. It’s now at 4.3 percent from an initial goal of 9 percent in the 2016 budget. 

Flares launched by police forces during a demonstration in Goma on Sept. 19, 2016. More than 40 people were killed in the Democratic Republic of Congo when clashes erupted ahead of a planned opposition rally.

Photographer: Mustafa Mulopwe/AFP via Getty Images

In September, Kabila’s security forces shot, hacked and burned pro-democracy protesters in Kinshasa, the capital, killing more than 40, a UN investigation into the events found. They poured gasoline onto the headquarters of the main opposition party, set it alight and threw fleeing civilians into the flames, the UN said.

On Dec. 12, the U.S. sanctioned Congo’s interior minister and its national intelligence agency administrator, saying that the Congolese government was undermining democratic processes and putting the long-term stability and prosperity of the country at risk. On the same day, the European Union imposed sanctions on seven police and military officials for their role in September’s violence and for “allegedly trying to obstruct a peaceful and consensual solution to the crisis in the DRC.”

Further violence and unrest could spill over Congo’s nine borders, drawing in neighboring countries as it did in wars between 1996 and 2003. And it would squander the $40 billion that international donors, led by the U.S., have spent in Congo in the last 16 years, mostly on a UN mission, humanitarian and development assistance, and debt relief. 

We’re heading for a big, slow-motion crisis,” said Jean-Marie Guehenno, head of the International Crisis Group think tank, who knows Kabila from his eight years as the UN’s head of peacekeeping. “Why is he refusing to go? For the sake of power? To protect the family business? Probably a bit of both.”

Joseph Kabila grew up with his siblings in exile in Tanzania, the children of Laurent-Desire Kabila. Their childhood was modest but full of intrigue, as their heavyset, charismatic rebel father moved from country to country using fake passports and trying to gin up support for his fight against the U.S.-backed dictator Mobutu Sese Seko.

Laurent-Desire fathered at least 25 children with seven different women, according to a biography published by Belgian researcher Erik Kennes in 2003. Joseph, Jaynet and younger sister Sissy were born in Congo; Zoe, sisters Cecylia and Josephine in Tanzania; and younger brother Masengo and sister Gloria in Uganda, according to their declarations in corporate filings. Another brother, Francis Selemani Mtwale, was adopted as a child.

After their father became president in 1997 by overthrowing Mobutu with the help of a coalition of African governments, he immediately set about making money for his government—and for family and friends, according to Kennes’s biography. 

The places he’d fought in the bush as a young rebel became the names of commercial interests. Hewa Bora, the rebel base where his twins Jaynet and Joseph were born, became an airline, a fuel station, a farm and a mining site. Wimbi Dira, another rear base, gave its name to a second airline. 

But Laurent-Desire’s shakeup of the old economic and political order made enemies, and in 2001 he was assassinated by his own bodyguard. Within weeks, Joseph, Congo’s army chief at the time, was chosen as his successor. He was only 29.

A Republican Guard soldier patrols the streets of Kinshasa, Democratic Republic of Congo.

Photographer: Junior D. Kannah/AFP via Getty Images

Since then, the Kabila family’s businesses have grown with Congo’s developing economy.  And they now enjoy a perk of presidential power: the protection of the Republican Guard, an elite army unit that is supposed to protect Kabila himself. In July 2015, guard members accompanied his wife, Olive, after she had bought a cattle farm in the grassy hills of North Kivu. According to three laborers who were displaced, she demanded they remove their makeshift homes or watch soldiers destroy them. Olive didn’t respond to multiple phone calls and text messages sent to her assistant.

Many of the companies are run by Jaynet, Joseph Kabila’s twin sister. After their father’s death, documents show, she set up companies across Congo, as well as in the U.S., Panama, Tanzania and on the South Pacific island of Niue. Company filings show she is or has been a shareholder or director in at least 28 companies. In some, she controlled a majority of shares while in others she held minority stakes, the filings show. It’s unclear how many of those companies are still active.

The lack of transparency in some of the family’s dealings has hurt Congo’s economy. In 2012, the International Monetary Fund cut its half-billion dollar loan program with Congo after the government declined to publish contracts related to a 2011 deal for a copper mine known as Comide. One of the companies involved in the deal, Goma Mining, was at least 10 percent owned by the family and chaired by Kabila’s sister, Josephine, according to court records from 2013.

The family’s involvement in mining—diamonds, cobalt and copper—comes in part through a company called Acacia, which was majority-owned by Jaynet; younger brother Masengo; Joseph Kabila’s 16-year-old daughter, Sifa; and his financial assistant, Emmanuel Adrupiako, based on corporate records from September 2014. 

In the remote southern town of Tembo, people haven’t heard of Acacia or another family-controlled company called Kwango Mines that together hold 96 mining permits. But they seem to know who controls the diamonds in the river. “All the documents for this project are now in the hands of Jaynet Kabila, the twin sister,” said diamond trader Jauvin Manzaza, pointing to the wide Kwango River that tracks the border with Angola.

Kabila-controlled companies first arrived here in 1998, Manzaza said, armed with tractors and machinery to dig for diamonds 15 miles south of the town. In 2003, a company controlled by Selemani and Kabila’s younger brothers Zoe and Masengo sold more than $12 million of gems, export data show. Diamonds accounted for three-quarters of Congo’s export revenue that year, which also marked the end of the country’s civil war, attracting international diamond companies.

Once there, those firms found they had no choice but to negotiate with the Kabila clan, said Mike De Wit, head of exploration in Congo from 2003 to 2007 for the world’s largest diamond producer, De Beers. In 2006, De Beers signed an agreement to explore with permits belonging to a company controlled by Olive Lembe, a few months before she married the new president, De Wit said. That company is now called Olive Sifa Laurent, or Osifal for short, named after its shareholders: Olive, the couple’s daughter, Sifa, and 8-year-old son, Laurent-Desire. 

Incorporation documents for a company known as Osifal, owned by Kabila's wife and their two children. It has had interests from fuel to mining. Click to enlarge

When Kabila came to power, he looked like an honest guy and business was actually doable, so that’s why De Beers went into there,” De Wit said in an interview. “With time, it became obvious that that wasn’t the case.“

De Beers confirmed the arrangement with Osifal in an e-mail, adding that it was terminated in 2008 because “there was no potential.” De Beers left Congo entirely in 2009 after it “concluded that the business operating environment was not one in which De Beers would be comfortable to operate in.”

Later, as the head of exploration for Toronto-listed Delrand Resources Ltd. (then known as BRC Diamond Core), De Wit had to negotiate with the family again. BRC had an option to pay approximately $350,000 for 55 percent of the rights to develop six Acacia licenses along the Kwango River and farther west. Then, according to De Wit, Jaynet decided to renegotiate.

In one meeting they said, ‘Maybe we want $2 million’ and in the following meeting said, ‘Well, actually it’s worth $10 million,’ ” De Wit said of the negotiations.

Jaynet made it clear that she set the rules in Congo and wanted a contract where she was earning “big dollars,” De Wit recalled. “It was never enough,” he said. Delrand walked away from the agreement in 2014, recording a $3.1 million loss over the project.

Jaynet didn’t respond to multiple telephone calls and text messages requesting a response. Delrand Chief Executive Arnold Kondrat didn’t reply to voicemail messages requesting comment. 

Adrupriako, Kabila’s financial assistant, said in a telephone interview that Acacia couldn’t agree with Delrand over the ownership of the mining venture, and the project was abandoned. He said he hasn’t been involved with Acacia since 2005.

Today near Tembo, hulking machinery rusts in the tropical heat. Without major mining company investment, artisanal miners instead dig in the riverbed in search of diamonds.

We stopped working the concession but we still control it,” said Major Freddy Kakudji, the ranking officer in the small group of Republican Guard soldiers left behind to patrol the river.

Men dive for diamonds in the Kwango River, south of Tembo, Democratic Republic of Congo, on Oct. 29, 2016.

Photographer: Thomas Wilson

Thirty miles to the south, men in restitched wetsuits dive for diamonds off the edge of a flotilla of 20 multicolored dinghies, scraping gravel from the riverbed. When Republican Guard soldiers come by, the divers hand over buckets of potentially gem-filled gravel as an informal tax. 

It’s unclear how much revenue diamonds generate for Kabila family businesses today. Congo’s diamond production has halved since 2005, overtaken by copper, cobalt and gold. 

Acacia turned its attention some 500 miles southeast of Tembo in 2010, when the prices of copper and cobalt, now Congo’s biggest exports, surged. The region, known as Katanga, is bursting with copper and other metals. Hundreds of thousands of men, desperate for work, use spades, picks and hammers to scrape ore out of the bottom of tunnels that at times descend more than 130 feet below ground.

Near the town of Luisha, about 4,500 diggers work an area of six mines that officially belong to state-owned miner Gecamines. Teams of four diggers each produce an average of about half a ton of copper and cobalt ore per day, according to a 2014 World Bank-funded report. 

Three of the mines are run by Acacia, the 2014 report said, even though Gecamines has never announced any partnership with the company. Soldiers on the sites force diggers to sell their minerals only to Acacia at below-market prices, according to the report, which was written by French consulting firm Sofreco for a World Bank program on improving governance in Congo’s mining sector. A Gecamines spokesman declined to comment for this story.

Inside a one-room, concrete tavern near one of the sites, two skinny diggers drank Kung Fu energy drinks and talked about the mines where they say they’ve worked for the presidential family under the supervision of Republican Guard soldiers. They asked that their full names not be used, for fear of retribution.

Kansonga, Kateketa, Kanshinshi, Lupoto, Wisky,” said William, 37, recalling the names of mine sites. He snapped his fingers at the last name. “It was so dangerous there.”

At Wisky alone, more than 100 diggers died in cave-ins during a six-week period in late 2015, according to a report by Belgian magazine Moustique. William, who was drawn to the site by rumors the ore was nearly 25 percent cobalt, said the total number of dead was many multiples of that.

In the Congolese capital of Kinshasa, behind the reflecting windows of the BGFI bank, the Kabila family has built its most sophisticated investment: the country branch of a Gabon-based banking group.

BGFI in Congo is dominated by the presidential family. When the lender set up in the country in 2010, Kabila’s sister Gloria Mteyu took a 40 percent stake, then worth $10 million, according to company registration documents from that year. Gabon-based Groupe BGFI Bank SA, which has ventures in 11 countries, holds 60 percent.

In 2014, BGFI in Congo recapitalized, raising its share capital to $38 million, and Gloria maintained her 40 percent shareholding, according to corporate records from that year, the most recent available. Last December, the bank had $374 million in assets, making it Congo’s sixth-biggest lender. Gloria also has a stake in a new banking venture via a stake in Kwanza Capital, shareholding records show. BGFI loaned Kwanza $3.45 million in April, according to a term sheet reviewed by Bloomberg.

Models parade on the catwalk on July 26, 2013, on the first of three days of the first Fashion Week in Kinshasa.

Photographer: Aziz Tutondele/AFP via Getty Images

A 32-year-old fashion designer, Gloria said in a telephone interview that she returned to Congo in 2012 to launch Kinshasa Fashion Week after studying in New York, Milan and Paris.

Asked about her businesses, she said she was a private person and didn’t want to talk about ventures that weren’t related to fashion. She said she didn’t have a stake in BGFI. 

At a November press conference in Kinshasa, though, Abdel Kader Diop, deputy managing director of the Congo unit, said Gloria was a shareholder. An outside spokesman for BGFI in Gabon said the chief executive officer of the bank was too busy to comment for this story. 

BGFI’s Gabonese parent hired PricewaterhouseCoopers to audit BGFI in 2015. The audit found that the Congolese bank had failed to follow internal controls 19 times and paid middlemen for business without knowing who would ultimately receive the funds.

Jean-Jacques Lumumba, head of credit at the bank, found suspicious transactions soon after he started working there in 2014.

Lumumba discovered that the nation’s central bank—which isn’t allowed to make commercial loans—had lent a food distribution company $43 million and transferred the money to an account at BGFI. The food company’s incorporation documents show that it’s run by business partners of President Kabila, whose brother Selemani is the bank’s CEO.

Lumumba said he confronted Selemani in his boss’s office, where he found him sitting in front of a photo of Kabila and another of Selemani with some of the men involved in the transaction.

Selemani stared at him for a moment, then leaned back in his chair, allowing his jacket to fall behind the dark hilt of a pistol protruding from his pants. “Are you making problems for me?” Lumumba recalled him yelling. “You know I will deal with you if I have to. Just do as I tell you.” 

BGFI said in a statement that it has extended credit to the company but that the central bank never made such a loan. Reached on his mobile phone, Selemani hung up before he could be asked any questions. The central bank and the trading company also said no such loan was made, even though a record of the transfer is reflected in the bank statements that Lumumba, 30, took with him when he later fled Congo with his wife and children.

Reflecting on the U.S. penalties against Congolese military leaders, Lumumba contends they won’t hit those who are really keeping Kabila in power: the network of people running the private businesses of the family. “The U.S. is putting sanctions on the generals,” he says. “That won’t make a difference. If you want Kabila to pay attention, you have to target the financiers.”

Franz Wild is a Bloomberg News reporter in London, Thomas Wilson reports for Bloomberg News in Kinshasa. Michael Kavanagh’s reporting was funded in part by the Pulitzer Center on Crisis Reporting and in part by New York University’s Congo Research Group.

 

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