Au Luxembourg, la diaspora exerce son droit d'inventaire sur les 55 ans de l'indépendance congolaise

20. juil., 2015

Comment, de son piédestal de l’une des plus riches colonies au monde, le Congo-belge est-il devenu l’un des pays les plus pauvres de la planète après l’indépendance ? Au Colloque de Luxembourg sur le bilan de 55 ans de gestion congolaise, Anicet Mobe a cristallisé ses griefs sur l’égoïsme et l’incurie des universitaires fossoyeurs de la res publica. Il les a opposés aux intellectuels qui, à l’instar du spirituel Kimbangu ou du bouillant Lumumba, ont contribué à l’éveil politique et patriotique dans la colonie-modèle : le Congo-belge. Toujours porté par des intellectuels déterminés, le mouvement déboucha avec panache sur l’une des références de l’histoire de la décolonisation. D’où viennent alors les errements, qui ont anéanti le Congo, à qui Lumumba promettait l’inflexible prospérité, dans une sempiternelle agonie ?

20. juil., 2015

Jadis, en pareilles circonstances, ce sont les figures plutôt paternalistes et tutélaires de Mudimbe, M’Bokolo, Ndaywel et autres Tshiyembe… qui dominaient la scène, avec des exposés aux allures de sermon. Au Luxembourg et sur un thème aussi alléchant que de brûlante actualité sur l’inventaire de 55 ans de la gouvernance congolaise postcoloniale, ce sont des trentenaires flottants et des quadras rougissants qui tenaient avec assiduité la vedette dans une dynamique profondément studieuse. A commencer par l’accueillante et charmante omniprésence d’une super Présidente, Séverine Tshimini Mbuyi, brillamment dans sa peau de superviseuse. Omniprésente, certes, mais à aucun moment encombrante ni gênante ! A relever ensuite le brio avec lequel Pat Patoma a su tenir son rôle de maître de cérémonies. Certes, M. Patoma a-t-il parfois opéré de manière cavalière des rocades dans le programme pour rattraper du temps ou surmonter les écueils imposés par des intervenants absents ; il reste néanmoins le principal artisan de la réussite des assises. A magnifier, enfin, la virtuosité avec laquelle le reporteur audiovisuel, Daniel Wa Nzambi qui, par sa manière si particulière de poser l’objectif de sa caméra sur les gens, a transformé de simples participants au colloque en de véritables personnages d’un métrage qui ne manquera pas de séduire.L’avenir nous en dira !

20. juil., 2015

Récusant au détour d’une brillante démonstration la non-urgence de la décentralisation territoriale en RDC, M. Mboyo interpelle la Convention des Congolais de l’Etranger, CCE en sigle, et l’invite à s’appesantir sur l’explosion des violences dont la communauté congolaise est victime dans bon nombre des pays africains, en Afrique du Sud et chez les voisins directs notamment. Estimant, à l’instar et à la lumière du rapport d’Amnesty international, que le phénomène a atteint, au Congo-Brazzaville, les proportions de crimes contre l’humanité, M. Mboyo demande à la structure faîtière de la diaspora congolaise de constituer un dossier d’accusation et d’engager un avocat pour instruire une plainte, avec constitution de partie civile, auprès d’un tribunal à compétence universelle afin que la justice se saisisse du délit, certes, mais aussi et surtout pour enrayer au plus vite ces pogroms anachroniques et d’ailleurs. D’ores et déjà, M. Mboyo a promis son expertise à une éventuelle commission chargée de suivre ce dossier et s’est dit prêt à en faire partie en cas de besoin. Se sentant légitime, en tant que société civile, pour représenter et défendre les intérêts des Congolais de l’étranger, surtout lorsque l’Etat congolais affiche ses défaillances ou ses mépris, la CCE a déjà répondu favorablement à cette interpellation et a affirmé sa détermination à aller le plus loin possible avec ce dossier. En fait, par société civile, la CCE entend ce qui reste d'une société lorsque l'État se désengage. Et pour la diaspora congolaise, le phénomène est plus que récurrent.

 

 

Lwakale Mubengay Bafwa

20. juil., 2015

D’ordinaire, même dans une période hautement critique, les Congolais ont constamment cette tragique faiblesse de se livrer à des divergences sur des broutilles et à pousser parfois la niaiserie à l’extrême. Ainsi, des brouilles de clocher peuvent-elles aller jusqu’aux anathèmes, aux facétieuses diabolisations et, finalement, prendre allègrement des tournures inconciliables. Au Colloque de Luxembourg, en dépit des caractères explosifs des sujets abordés, malgré la conjoncture de vives turbulences, aux relents de décolonisation, rappelant l’atmosphère chargée de la fin des années « 50 » du dernier siècle, l’inventaire sur la gouvernance congolaise postcoloniale et la réflexion prospective se sont développés dans la sérénité. Diplômé d’université, fier d’être juriste et se réclamant du mouvement des « Combattants », Wilkens Alhongo a tenu à ce que ce courant du patriotisme soit reconnu comme tel et relié à la lignée des intellectuels bâtisseurs du patriotisme constitutionnel (Jürgen Habermas) dont le Congo a forcément besoin pour sa survie, sa prospérité et son expansion.

20. juil., 2015

Tenu à l’extérieur du Congo et par la diaspora, le Colloque de Luxembourg a néanmoins bénéficié des apports plus qu’honorables des Congolais de l’intérieur du pays. Pour Philomène Mukendi, par exemple, le Congo est trop gangrené par la corruption pour envisager son décollage économique par des filières gouvernementales. Statuant sur l’urgence pour combattre la pauvreté et les inégalités sociales, Mme Mukendi a préconisé la coopération par la voie des Organisations Non Gouvernementales (ONG) réellement issues de la société civile, ayant des ancrages internationaux avérés et mobilisées par les mêmes valeurs que la diaspora. Quant à Adolphe-Matthieu Ngalamulume Tshilumbayi, ce sont les infrastructures qui constituent la clef de développement d’un vaste pays tel que le Congo. Et parmi ces infrastructures, il a donné sa primauté aux voies et moyens de communication ; au transport notamment, en s’inspirant du projet colonial. Considérant la diaspora comme un acteur à la fois principal et spécifique de redressement du pays, Dominique Bafwa Ngeleka s’est appuyé sur les paroles inspirées de l’hymne national pour rappeler aux Congolais de l’étranger le devoir qui leur incombe en ces moments cruciaux qu’affronte le Congo. Le 30 juin 1960, les Congolais entonnaient fièrement : «Nous bâtirons un pays plus beau qu’avant, dans la paix … ». Le 12 juillet 2015, la plupart des expatriés congolais dans une salle de Luxembourg ont fui la précarité au Congo et laissé les mercenaires étrangers profiter des ressources de leur pays. Trouver l’erreur ! Si Israël est aujourd’hui une puissance économique incontestable, martèle M. Ngeleka, il le doit à sa diaspora. Comment la diaspora congolaise peut-elle aussi éviter au Congo de sombrer dans le KO ? S’interroge le chercheur congolais ; avant de conclure : « Pire que de n’avoir pas réussi disait Roosevelt, c’est de n’avoir jamais essayé ! ».