Par un consortium vers un gouvernement en exil pour forcer l’alternance

Par un consortium vers un gouvernement en exil pour forcer l’alternance

 

Au Congo comme ailleurs, des Belges aux Tutsi, en passant par les Libanais, quiconque a approché le « brave » peuple congolais, est vite frappé, même sans effort d’observation, par ses nettes difficultés à se forger une conscience collective et à se projeter sur le long terme. Partant, Belges, Libanais ou Tutsi ont su faire, tour à tour ou en synergies aujourd’hui, ce qu’ils voulaient du Congo et des Congolais en les désunissant à foison, en les opposant allégrement les uns aux autres, en les utilisant aisément. Aussi, alors que toutes les analyses concluent à l’impératif et à l’urgence de l’union et de la cohésion pour sortir le pays de l’impasse, c’est paradoxalement dans la diaspora, loin des tensions du quotidien, où on trouve le plus d’ineptes thèses et postures de division. Dans les rangs, déjà bien clairsemés, de ceux qui se préoccupent et se mobilisent encore pour le sort du Congo, on se jette des anathèmes tous azimuts, on se diabolise mutuellement ; semant d’infinis clivages. Et lorsque certains réussissent à se réunir soit disant pour réfléchir, le débat se noie, bien loin des solutions idoines concrètes, que requiert la gravité de la situation, facétieusement dans l’académisme, l’angélisme, l’utopie et l’ingénuité, dont d’aucuns se servent pour les manipuler. Le 20 mai 2017, à Bruxelles, l’illustration fut à nouveau bien affligeante !

 

Pourtant, le contexte stimulait un passionnant débat contradictoire

 

Face à la tragédie vécue au Congo suite à l’incurie, la prévarication et l’égoïsme outré de sa classe politique, une conférence sur l’apport de la diaspora pour y remédier ne pouvait que stimuler un réel intérêt et aviver un débat captivant. Ainsi, même si l’affluence escomptée n’était pas au rendez-vous, la vitalité des échanges a bien été à la hauteur de la gravité de la situation. D’ordinaire bien sévère à l’égard de la classe politique congolaise, la diaspora s’est globalement montrée indulgente envers les négociateurs de l’Accord de la Saint-Sylvestre ; notamment avec la CENCO, le Front pour le Respect de la Constitution et le Rassemblement. Elle leur a trouvé des circonstances atténuantes dans les âpres négociations de l’Accord. Mais, signe des temps ou contexte politique ad hoc, le sujet devient vite clivant lorsqu’on se place dans les perspectives. Pour la plupart des Congolais de l'étranger, l’Accord de la Saint-Sylvestre a vécu. Ils sont plutôt ouverts à d’autres alternatives pour sortir le Congo de l’impasse et veulent en être acteurs.

 

Emergence d’une nette convergence dans l’analyse de la situation

 

Facile à poser, le diagnostic de départ fait l’unanimité. Qui est le responsable de la tragédie congolaise aujourd’hui ? Pour les intervenants, le régime régnant, les partis affiliés et les médias, qui les servent, ont réussi un incroyable tour de force ; celui de faire croire au grand public qu’il y a des groupes armés incontrôlés ; qui sèment la mort pour accéder aux richesses naturelles du pays. Tous les exposés liminaires du jour ont été unanimes pour accuser le régime de fomenter et d’entretenir les forces négatives qui massacrent les Congolais ; si ce n’est pas les forces nationales de sécurité elles-mêmes. De part en part, les faits sont criminels et font pied de nez aux institutions internationales sur le terrain et censées y promouvoir la paix et le droit. Le débat a mis en exergue la supercherie ; démontrant en particulier que le régime n’est pas une partie du problème, mais bien la tumeur qui a gangréné tout le pays et dont il urge de se débarrasser pour prévenir des métastases, l’implosion de toute la région et l’insécurité internationale. Mais, comment casser un système où les citoyens ne jouissent d’aucun recours contre l’injustice et le crime dont ils sont victimes ? Que peut-on attendre des élections qui y reconduiront les mêmes prévaricateurs à la tête des institutions de l’Etat ? Si la majorité trouve dans le soulèvement populaire non seulement une possibilité, mais la priorité ; sa concrétisation clive sensiblement.

 

Une pléthore de propositions sur la sortie de la crise politique congolaise

 

En effet, le débat du 20 mai a démontré à satiété qu’en face de la détermination de la dictature pour se maintenir au Congo, régnait corrélativement dans la diaspora congolaise une intrépide résolution d’en finir par tous les moyens. D’où une pléthore de propositions sur la sortie de la crise. Un peu moucheté de marxisme et manifestement enraciné dans l’expérience biblique du peuple juif extirpé de l’esclavage par ses propres moyens, l’Abbé Mbelu a prôné le retour à la base, à la conscientisation du peuple pour qu’il prenne en main son destin. Alors que Professeur Bob Kabamba a préconisé trois scenarii de sortie du blocage politique : la révolte populaire suite à la misère et au ras-le-bol, l’éventualité d’une intervention coercitive de la communauté internationale ou l’incidence d’un « accident » de parcours politique. Intervenant en tant que sympathisant du Rassemblement, l’Abbé Faustin Kwakwa, de l’Ecidé, a privilégié le retour à l’application de l’Accord de la Saint-Sylvestre comme voie d’issue. Probablement soucieux de justifier la position du Front pour le Respect de la Constitution, Justin Wabi, Représentant-adjoint du MLC-Benelux, n’a vu la solution que dans le respect des textes légaux existants.

 

Dans le thème du jour, des propositions plus alléchantes ont été émises par le journaliste Cheik Fita et la Convention des Congolais de l’Etranger, CCE en sigle, organisatrice de la rencontre. Pour compter parmi les protagonistes politiques congolais, Cheik FITA propose à la diaspora de mieux s'organiser structurellement et financièrement. Structurellement, il invite les Congolais de l’étranger à éviter des querelles de clocher pour se rassembler sans état d’âme en une seule structure faîtière pour se faire mieux entendre et être prise en considération. Financièrement, il propose à ceux qui veulent agir de souscrire au projet de l’« Antenne Monde de la Société Civile de la RD Congo » consistant, pour chacun, à cotiser cent euros (€ 100.-) par mois et à recruter autour de soi d’autres candidats à même de faire pareil. Enfin, s’appuyant sur les massacres en cours dans divers coins du Congo, au Kasaï, au Kivu et dans la Bas-Congo notamment, sur la conjoncture politique internationale acquise au principe de l’alternance démocratique et consciente des manœuvres dilatoires du régime en place, la CCE croit les conditions réunies pour obtenir du Conseil de sécurité une mission spéciale d’imposition de la paix comme étape vers la réorganisation institutionnelle du pays et l’organisation des élections démocratiques crédibles.

 

Cristallisation sur l’utopisme, académisme, angélisme et superficialité

 

En dépit de ces multiples propositions sur l’apport de la diaspora pour sortir le Congo de la crise, difficulté de la modération à orienter le débat vers ses enjeux impartis ou manque global de lucidité et de pragmatisme chez les Congolais, les échanges, s’ils ne faisaient pas l’œuvre d’un académisme stérile, ils s’enlisaient plutôt, et avec passion, dans des alternatives les plus utopistes pour des gens si éloignés du terrain des opérations directes. Ainsi, cette cristallisation enflammée sur le soulèvement populaire énoncée comme le recours idéal, la voie royale que toutes affaires cessantes, il conviendrait désormais d’emprunter pour se débarrasser du régime. Mais comment amener à la révolte une population assiégée depuis des mois et victime des tueries d’échelle depuis des lustres ; entraînant la précarité à la limite de la survie, l’errance et des migrations par millions dans plus d’une région du pays ? Dans un élan d’académisme éthéré, certains se sont même montrés persuasifs qu’ils avaient des recettes pour préparer le peuple congolais à cette révolution populaire afin de canaliser celle-ci vers des résultats irréversibles. Facile à déclarer dans une salle climatisée de Bruxelles qu’à concrétiser dans un pays où les manifestations publiques sont interdites et les portes des prisons ouvertes aux contrevenants !

 

Les deux alternatives pragmatiques pour sortir le Congo de l’impasse

 

Même si leurs fonds respectifs n’ont pu faire objet d’un débat à la hauteur des enjeux, les deux dernières propositions, celle relative à l’organisation de la diaspora comme le nouveau fer de lance de la mobilisation pour l’alternance démocratique au Congo et celle préconisant une mission coercitive de l’ONU pour imposer la paix, invitent à un éclairage supplementaire. En effet, s’ajoutant à la neutralisation pour longtemps du bouillant Jean-Pierre Bemba à la Haye, le décès d’Étienne Tshisekedi enlève à la lutte démocratique congolaise son dernier homme des situations difficiles. Face aux divisions et à la corruptibilité dont l’opposition a tristement fait la démonstration, personne n’est aujourd’hui à même de pousser le peuple congolais à la révolte généralisée sur un simple mot d’ordre. L’UDPS et le MLC, autant que le Rassemblement, le Front pour le Respect de la Constitution et la dynamique de l’oppositionont ont vécu, démontré les limites de leur réel engagement et déçu plus d’un. Ils n’ont plus ni crédibilité suffisante, ni assez d’aura pour remobiliser une population désappointée et assommée par des illusions inassouvies et trop d’échecs ! Rassemblée et à dessein organisée, la diaspora peut servir de fer de lance autour duquel articuler de nouvelles stratégies d’éradication du cynique régime de Kabila. Si l’on admet que le processus garde un caractère ponctuel, il devrait alors déboucher sur un consortium réunissant ce qui reste du Rassemblement, du Front pour le Respect de la Constitution et des mouvements citoyens Filimbi, Lucha etc. Ce consortium politique serait ainsi habileté à récolter des fonds, à constituer un gouvernement en exil pour contester plus efficacement la légitimité de Kabila, exiger une force coercitive pour rétablir la paix et, éventuellement, concevoir une administration mixte transitoire avec l’ONU pour préparer les élections démocratiques.

 

Des débats sans issue ou la grande faiblesse des colloques de la CCE

 

Par issue, entendons la manière de sortir d’une difficulté, de résoudre un problème posé. La CCE organise ses colloques au prix d’or, imposant à ses membres des sacrifices suicidaires ; parce qu’il y a des questions majeures auxquelles elle voudrait imprimer des réponses collectives à l’issue des débats contradictoires. Elle devrait éviter l’académisme et la superficialité. Mais, à ce jour, la conduite de ces débats n’a jamais été à la hauteur des enjeux. Les modérateurs s’acharnent plus sur la police de débat, étouffant même les échanges pertinents, que sur la finalité prévue : conclusion, solution, décision ou résolution à laquelle la majorité de participants adhèrent. Ce à quoi modérateurs et maîtres de cérémonies sont toujours bien loin de donner satisfaction. C’est pourtant à dessein qu’ils sont minutieusement choisis. Il importe de cerner les fondamentaux assujettis à la réussite de la bonne conduite d’un débat à résolution pour les rappeler à dessein.

 

Eclairage, chronique de
Lwakale Mubengay BAFWA